Le gouvernement cède au lobby de l’industrie forestière

Longueuil (Québec), le 4 avril 2000 – À la suite de l’annonce de la nouvelle tarification gouvernementale imposée aux industries forestières pour l’utilisation des ressources forestières du domaine public, l’Union des producteurs agricoles (UPA) et la Fédération des producteurs de bois du Québec (FPBQ) dénoncent vivement la vente à bas prix des ressources naturelles du Québec qui résulte du non-respect de la méthode de parité avec la forêt privée prévue dans la Loi sur les forêts.







« Alors que le bois constitue la plus grande richesse naturelle du Québec, déclare M. Laurent Pellerin, président général de l’UPA, le gouvernement ne retire que des miettes des 70 millions d’hectares qui appartiennent à l’ensemble des Québécois. »


« Alors que le bois constitue la plus grande richesse naturelle du Québec, déclare M. Laurent Pellerin, président général de l’UPA, le gouvernement ne retire que des miettes des 70 millions d’hectares qui appartiennent à l’ensemble des Québécois. » Après subventions et crédits à l’industrie et après avoir pris en compte les frais d’opération du ministère des Ressources naturelles, responsable de la gestion des forêts publiques, le gouvernement ne retire des forêts publiques que 35 millions de dollars en droits de coupe. « Ce système est pour le moins scandaleux en matière de gestion de nos ressources forestières et de fonds publics », déclare le président de l’UPA, qui souligne que ce système ne rapporte qu’un revenu dérisoire net de 0,50 $ par hectare, par année.

M. Jean-Claude Nadeau, président de la Fédération, renchérit avec l’exemple suivant: « Un producteur forestier qui louerait sa terre de 40 hectares sur cette même base tarifaire en retirerait un revenu annuel moyen de… 20 $, par année ! ».

Le ministre Jacques Brassard a annoncé il y a quelques jours une hausse moyenne de 3,6 % du taux de référence des redevances forestières pour 2000-2001 sans rappeler toutefois qu’il avait accepté une réduction de 50 millions de dollars en 1999. « La légère hausse de cette année ne permet donc même pas de rejoindre les bas prix qu’exigeait le gouvernement au début de 1999, précise M. Nadeau. Le Québec continue donc de vendre sa forêt à des coûts moindres que l’Ontario et les Etats américains. »

L’UPA et la Fédération qualifient de discrétionnaire la décision de M. Brassard parce qu’elle fait fi du système objectif de calcul auquel le ministre prétend pourtant souscrire. Selon cette technique de la parité, le prix du bois en forêt publique devrait être basé sur celui obtenu par les propriétaires de boisés privés. Or, le nouveau règlement fixe à un prix moyen de 11,80 $/ m3 la valeur du bois en forêt publique alors qu’elle est de 20 $ / m3 en forêt privée.

En décidant de ne pas hausser à leur juste valeur les redevances forestières exigées pour la coupe de bois dans la forêt publique, le ministre des Ressources naturelles incite les industries à s’approvisionner dans la forêt publique. Créant une disparité et une iniquité entre les forêts privée et publique, le gouvernement se place en position de compétition déloyale.

« De plus, ajoute M. Jean-Claude Nadeau, compte tenu de la concentration dans le secteur forestier, les mesures annoncées servent des intérêts majoritairement américains au détriment des 120 000 propriétaires québécois de boisés privés qui contribuent pourtant à l’économie et à la création d’emplois au Québec. » On sait que pour les 1375 usines de transformation primaire du bois établies au Québec, 70 % du volume de production est détenu par des multinationales dominées par des Américains.

Avec des marges de profits fort réduites attribuables à un système défavorable et à des décisions gouvernementales arbitraires, les propriétaires de boisés privés n’auront vraisemblablement plus la capacité économique de réinvestir dans leur forêt, d’aménager et de reboiser massivement, de manière à répondre aux besoins futurs de l’industrie.

Enfin, en subventionnant de la sorte l’industrie forestière, le gouvernement du Québec s’expose à de vives critiques en matière de commerce international et au renouvellement des politiques américaines de droits compensatoires.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Union des producteurs agricoles (UPA)

http://www.upa.qc.ca/

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