« Le moment est venu de réviser la stratégie d’assainissement agricole » – Laurent Pellerin

Saint-Hyacinthe (Québec), 18 octobre 2001 – « Ce Rendez-vous des décideurs doit déborder le simple exercice de mise à jour du plan d’action actuel en agroenvironnement. Le moment est venu pour l’Etat de renouveler et de “prioriser” un engagement à long terme qui soit à la mesure du défi, ainsi qu’il l’a fait à l’époque pour l’assainissement des eaux usées municipales et industrielles. »

C’est en ces termes que le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), M. Laurent Pellerin, a présenté l’ensemble des plans d’action que l’UPA, ses fédérations régionales et spécialisées se sont donnés pour aller de l’avant avec leurs efforts en agroenvironnement.

Ce faisant, il a souligné à quel point ce cadre global d’intervention en agroenvironnement fait ressortir la nécessité d’intensifier les efforts d’assainissement de l’environnement en milieu agricole. Les six axes d’intervention prioritaires, qui s’appuient tous sur des objectifs quantifiables et mesurables, témoignent d’ailleurs clairement de l’ampleur du défi auquel le monde agricole et les gouvernements sont conviés, à savoir :

  1. la réduction de la pollution diffuse (azote et phosphore);
  2. le traitement des lisiers et la réduction des rejets d’azote et de phosphore dans les fumiers;
  3. la réduction de la pollution localisée (azote et phosphore);
  4. la réduction de l’érosion hydrique des sols;
  5. la réduction des odeurs à l’épandage des lisiers et des fumiers;
  6. la réduction de la pollution diffuse par les pesticides.

M. Pellerin a d’autre part tenu à rappeler que, depuis 1998, les gouvernements ont investi près de 356 millions de dollars dans les différents programmes en agroenvironnement. Les producteurs, pour leur part, ont engagé quelque 416 millions. Près de 80 % des investissements réalisés par l’Etat ont visé le contrôle de la pollution ponctuelle, responsable d’environ 20 % de la problématique de la pollution agricole en environnement.

L’essentiel de ces efforts, de préciser le président de l’UPA, a porté sur l’entreposage étanche des déjections animales, considéré comme prioritaire. C’est ainsi qu’au terme du programme Prime-Vert (MAPAQ), en 2003, la quasi-totalité des mesures pour contrôler les sources de pollution ponctuelle auront été complétées.

Selon l’UPA, le temps est venu d’entamer une seconde phase : le contrôle de la pollution diffuse. Les problèmes occasionnés par ce phénomène sont beaucoup plus complexes, s’entendent pour dire les spécialistes, et ils vont nécessiter beaucoup de temps pour leur résolution de même que des changements majeurs quant aux modes d’intervention à privilégier.

L’ampleur de la tâche implique par ailleurs des investissements importants et récurrents, lesquels ne pourront être entièrement assumés par les producteurs et productrices agricoles. Le gouvernement se trouve donc interpellé à un double titre : réviser sa stratégie agroenvironnementale, d’une part, et y consacrer des ressources qui soient à la hauteur de la tâche à accomplir, d’autre part.

L’an dernier, rappelons-le, la Commission sur la gestion de l’eau au Québec en arrivait au même constat. Dans l’optique de la mise en place d’une future politique québécoise sur la gestion de l’eau, la Commission soulignait que le gouvernement se devait de « revoir de fond en comble sa stratégie d’assainissement agricole et de soutenir fortement le milieu agricole dans ses efforts de dépollution ponctuelle et diffuse. »

La Commission attirait également l’attention sur le fait que le secteur agricole avait été le parent pauvre de l’assainissement des eaux au Québec par rapport aux secteurs urbain et industriel et que ce vaste chantier serait enfin complété quand on aurait permis au secteur agricole d’accomplir pleinement ses efforts agroenvironnementaux.

Il est clair pour l’UPA que ce passage « en deuxième vitesse » du virage agroenvironnemental doit s’appuyer sur une prise en charge du défi environnemental à l’échelle de la ferme. Depuis dix ans, en effet, l’UPA préconise une telle approche d’accompagnement des producteurs et des productrices agricoles dans leur démarche agroenvironnementale, plutôt qu’une approche contraignante et dissuasive, à plus forte raison que la réglementation québécoise compte parmi les plus contraignantes en Amérique du Nord.

Les producteurs agricoles doivent cependant pouvoir compter sur une aide non équivoque, aussi bien « logistique » que financier, à toutes les étapes d’un processus qui exigera du temps et des efforts soutenus, admettent unanimement les spécialistes. Signalons que les Québécois se rangent massivement derrière les agriculteurs à cet égard, puisqu’ils sont 94 % à penser que le gouvernement doit les appuyer dans cette voie, d’après un sondage Léger Marketing réalisé entre les 18 et 24 septembre derniers.

« En mettant de l’avant un tel chantier, de conclure M. Pellerin, le gouvernement démontrerait à la population et aux producteurs agricoles l’importance qu’il accorde à l’agroenvironnement. Et nul doute qu’il poserait ainsi un des jalons importants de sa future politique sur la gestion de l’eau. »

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Léger & Léger Recherche et Stratégie Marketing Inc.

http://www.leger-leger.qc.ca/

Ministère de l’agriculture des pêcheries et de l’alimentation du Québec (MAPAQ)

http://www.agr.gouv.qc.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)

http://www.upa.qc.ca/

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