Le point sur la fusariose des céréales et les semences certifiées

Longueuil (Québec), 1er décembre 2003 – Le Syndicat des producteurs de semences pedigree du Québec (SPSPQ) et la Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec (FPCCQ) tiennent à faire le point sur l’état sanitaire des semences certifiées de céréale québécoises. Cette mise au point devient nécessaire dans un contexte où certains producteurs de grandes cultures du Québec craignent que la semence certifiée soit la principale voie de transmission du pathogène.

« Nous invitons tous les intervenants du secteur des grandes cultures à sensibiliser les producteurs à la garantie de qualité que représente, encore et toujours, la semence certifiée, soutient M. Paul Adam, président du SPSPQ. La semence certifiée offre des garanties vérifiables quant à la pureté génétique et le taux de germination. De plus, les chercheurs et les spécialistes en pathologie des céréales confirment que l’on ne peut pas pointer la semence comme facteur principal de transmission de l’agent pathogène de la fusariose (Fusarium graminearum). »

À cet effet, le Dr Sylvie Rioux, phytopathologiste au Centre de recherche sur les grains CÉROM, offre un éclairage intéressant. « Il faut savoir que l’agent pathogène ne se transmet pas de la semence à l’épi. Ce sont les résidus de culture contaminés de l’année précédente qui sont restés à la surface du sol qui sont la source principale d’inoculum. Si la semence est affectée par Fusarium graminearum, ce dernier peut attaquer la plantule lors de la levée causant ainsi la maladie des plantules appelée la fonte des semis; le peuplement sera alors diminué. Pour se prémunir contre la fusariose de l’épi, les producteurs peuvent adopter des pratiques qui minimiseront les risques. D’abord, une rotation avec une plante oléagineuse ou une fourragère qui restera plus d’une année est fortement conseillée. Lorsque les céréales reviendront dans le plan de rotation, le producteur devrait choisir un cultivar dont la résistance à la fusariose est démontrée dans les publications des résultats d’essais du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ). Si la rotation vers des plantes autres que céréalières s’avère impossible, alors le labour pourra réduire les risques puisque l’enfouissement des résidus de cultures éliminera une grande partie de l’inoculum. Enfin, les producteurs de cultures commerciales doivent aussi savoir que l’analyse de vomitoxine n’est pas une mesure qui détermine si le Fusarium graminearum est viable ou non. En effet le champignon peut être mort même si la toxine est présente. »

Pour sa part, M. Adam est convaincu que les producteurs ont tous les moyens de prévenir des infestations graves. En plus d’adopter les pratiques recommandées, ceux-ci tireront avantage à utiliser de la semence certifiée conditionnée et traitée. « Il faut garder à l’esprit que l’utilisation de semence non certifiée, même si on la savait exempte de fusariose, ne garantirait en rien que la récolte sera protégée d’une infestation par cette maladie, ajoute M. Adam. » En effet, on sait que les spores du champignon Fusarium graminearum se transportent par le vent et peuvent ainsi contaminer un champ à proximité ensemencé avec des semences exemptes de fusariose. « Le producteur qui ferait ce choix compromettrait sa récolte en qualité et en quantité sans s’être donné la certitude que la fusariose n’affectera pas ses champs. Dans ces circonstances, exiger aux producteurs de semences de fournir des tests de contenu en mycotoxines n’offre pas une protection contre tout risque au producteur de grains. » M. Adam tient aussi à rassurer les producteurs de cultures commerciales sur les efforts des producteurs de semences pedigree pour améliorer constamment la qualité de leur produit. « En 2001, nous avons mis sur pied le Comité technique sur la qualité des semences qui rassemble tous les intervenants du secteur, soit les chercheurs comme les producteurs, les marchands et les conditionneurs de semences. Le comité est à élaborer un manuel de production qui présentera les bonnes pratiques de production de semences en plus d’offrir une fiche de contrôle de la qualité. Nous espérons rendre ces outils disponibles aux producteurs dès 2004. »

Pour sa part, M. Denis Couture, président de la FPCCQ, tient à rassurer les membres de la Fédération. « Les producteurs de cultures commerciales peuvent avoir confiance à la semence certifiée produite au Québec. Il est vrai que la fusariose cause des pertes très importantes et l’inquiétude de nos membres est tout à fait compréhensible. Cependant, il n’est absolument pas raisonnable de pointer du doigt la semence certifiée comme une cause des infestations. À la lumière des renseignements qui nous sont fournis par les spécialistes, nous croyons que les producteurs de cultures commerciales ont peu à gagner à exiger des producteurs de semence certifiée des tests de contenu en mycotoxines de leur produit. Comme le mentionne le président du SPSPQ, ajoute M. Couture, les producteurs de grains mettent toutes les chances de leur côté en utilisant de la semence certifiée et ce, en considérant en plus les exigences des programmes d’assurances agricoles. » La FPCCQ consacre d’ailleurs toutes les ressources nécessaires dont elle est capable pour combattre la fusariose dans les céréales au Québec. Depuis 1998, la FPCCQ a contribué pour près de 700 000 $ dans des projets de recherche et de transfert technologique ayant trait à la fusariose et aux rotations de cultures par le biais de son fonds de recherche.

Le SPSPQ représente quelque 450 producteurs de semences pedigree au Québec, lesquels produisent surtout des semences certifiées d’avoine, de blé, d’orge et de soya. Le SPSPQ est affilié à la FPCCQ qui, pour sa part, regroupe dix autres syndicats affiliés répartis dans toutes les régions du Québec. Elle compte près de 11 000 membres qui cultivent et commercialisent plus de 900 000 hectares, principalement d’avoine, de blé, de canola, de maïs, d’orge et de soya.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec
http://www.fpccq.qc.ca/

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