Le potentiel infini de la luzerne

Vous avez réalisé trois coupes de foin et vous êtes satisfait des cinq tonnes à l’hectare de matière sèche obtenues en une saison? C’est pourtant peu!

« Le potentiel de la luzerne est énorme », lance l’agronome et consultant Pierre Fournier. Aux États-Unis, au Nevada, on a déjà produit plus de 50 tonnes de luzerne à l’hectare, en 10 coupes. C’est dire tout le potentiel génétique de cette plante fourragère!

Au Québec, le climat est plus frais et les étés sont plus courts qu’au Nevada. N’empêche, nous avons ce qu’il faut pour atteindre la moyenne des rendements en luzerne aux États-Unis, qui s’établit à 7,5 tm/ha (USDA – 2011), croit Pierre Fournier.

« Nous devrions viser au moins 7 tm/ha. C’est un objectif tout à fait atteignable », affirme l’agronome.

À la Financière agricole, les rendements de référence pour le foin varient de région en région et de station en station. Cela va de 2,5 à 3,5 tm/ha dans les régions les plus froides à 7,5 tm/ha dans le sud-ouest du Québec. À l’échelle de la province, la moyenne s’établit autour de 5 à 5,5 tm/ha de foin.

Notre climat n’est pas très différent de celui du Wisconsin, où en 2006, des chercheurs de la Michigan State University ont établi des records sur des parcelles, avec des rendements oscillant autour des 22 tm/ha. Le chercheur Richard Leep attribue ces rendements à de la meilleure génétique, à des précipitations au moment opportun et à des épisodes de chaleur pendant l’été.

D’après Pierre Fournier, les rendements de luzerne au Québec sont carrément en régression. « Dans les années 1980, on voyait des 8 et 9 tm/ha. On mettait plus de chaux et d’engrais et on désherbait comme il faut », rapporte-t-il.

Que s’est-il passé? L’engouement pour les grandes cultures – maïs et soya en tête – fait en sorte qu’on consacre moins d’attention aux plantes fourragères. Pourtant, elles sont à la base du succès de notre industrie laitière.

Selon Pierre Fournier, plusieurs experts en plantes fourragères ont pris leur retraite et n’ont pas été remplacés. De plus, les gouvernements et les entreprises privées semblent concentrer leurs efforts de recherche et de développement sur le maïs et le soya.

Autre problème : la dégradation des sols. Avec l’augmentation de la taille de la machinerie et les techniques d’épandage de fumier actuelles, les sols souffrent de compaction. D’après Pierre Fournier, plusieurs champs de plantes fourragères n’ont encore pas le bon pH et sont sous-fertilisés.

« Battre les moyennes au Québec, ce n’est pas un gros défi », déplore Pierre Fournier. Pourtant, le Québec offre un climat idéal à la production de foin de qualité et la génétique des semences dont nous disposons est capable d’en livrer beaucoup plus. « Avec la luzerne, on ne sait pas où s’arrête le potentiel génétique! »

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