Le protectionnisme des riches sabote les efforts des pauvres

Washington (États-Unis), 10 janvier 2005 – Le protectionnisme des pays riches sabote les efforts des pauvres pour libéraliser leur production agricole, secteur crucial pour ces pays où 70% de la population vivent à la campagne, a dénoncé l’économiste en chef de la Banque mondiale, le Français François Bourguignon.

« A cause de leurs droits de douane et de leurs subventions, les pays riches sabotent les efforts et les progrès réalisés par les pays pauvres », a lancé le responsable devant la presse, en présentant un rapport sur le commerce des produits agricoles dans le monde.

Depuis le début des années 1980, les pays en développement ont considérablement amélioré leur productivité et ont, lors de la dernière décennie, abaissé le niveau moyen des droits de douanes sur les importations de produits agricoles de 30% à 18%, souligne le rapport. Il note également la dévaluation des monnaies, l’abandon des systèmes de taux de change multiples et abolition de pratiquement toutes les taxes à l’exportation.

En revanche, les Américains et les Européens, premiers négociants en produits agricoles au monde, continuent de subventionner amplement leurs agriculteurs.

Pour le seul marché du coton, d’une valeur de 20 milliards de dollars, les producteurs européens ont touché en 2001-2002 un total de 3,7 milliards de dollars d’aides officielles, et leurs collègues américains un milliard de dollars, au détriment des petits producteurs pauvres d’Afrique.

« Si l’on abolissait les subventions aux producteurs américains de coton, les revenus des agriculteurs en Afrique centrale et de l’Ouest augmenteraient de 250 millions de dollars », affirment les auteurs du rapport pour qui la libéralisation du commerce agricole est un élément clé pour la réduction de la pauvreté dans le monde.

« Le message n’est pas nouveau », note M. Bourguignon, « mais ce rapport examine la situation en détail comme cela n’a jamais été fait auparavant ».

Entre 2000 et 2002, malgré les accords multilatéraux dit de l’Uruguay round sur la libéralisation du commerce, les accès aux marchés et les aides, les pays de l’OCDE ont versé un total de 230 milliards de dollars de subventions à leurs agriculteurs, dont 63% par le biais de soutiens aux prix et 37% d’aides directes à la production.

Ces soutiens financiers ont représenté 46% de la valeur de la production agricole dans l’OCDE.

« Si les murs du protectionnisme ne tombent pas, alors l’accroissement de la productivité (des pays pauvres) se traduira par plus de production, des prix en baisse, ce qui heurtera les efforts des pays pauvres à étendre leurs exportations et améliorer leurs revenus dans le secteur agricole », a encore estimé M. Bourguignon.

Autre grief noté par le rapport, le coût exhorbitant du système d’accès préférentiel mis en place par l’Union européenne et les Etats-Unis auxquels il en coûte plus de 5 dollars pour chaque dollar de produits agricoles importés de cette façon. Ce système garantit l’importation à certains pays d’un quota de leur production.

Après avoir identifié les perdants et les gagnants, variant selon les marchés examinés, le rapport préconise « une libéralisation des politiques coordonnées au plan mondial (…) permettant également aux pays de compenser les pertes subies dans certains produits de base par des gains réalisés dans d’autres ».

Le rapport examine en détail la situation d’une série de produits agricoles de base: sucre, coton, blé, riz, produits laitiers, fruits et légumes, arachides, fruits de mer et café, secteurs pour lesquels les pays riches continuent de verser des milliards de dollars pour protéger leurs producteurs.

Source : AFP

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