Lendemain d’élection

Le nouveau gouvernement conservateur devrait continuer à défendre la gestion de l’offre. Pour le reste des enjeux chers aux agriculteurs du Québec, il vaut mieux ne pas se faire d’attentes. Une analyse de Sylvain Charlebois, agroéconomiste à l’Université de Guelph.

Depuis les dernières élections fédérales, c’est la consternation chez l’élite libérale, les bloquistes vivent des moments de crise existentielle, c’est la fête chez Jack et les Harper festoient au 24, promenade Sussex. Cependant, il n’y aura aucune lune de miel pour le 41e gouvernement canadien.

Avec une majorité au Parlement, on doit s’attendre à quelques changements majeurs de la part du gouvernement Harper, tout particulièrement en ce qui concerne les politiques en matière agroalimentaire. L’alimentation n’a pas soulevé les passions des électeurs durant les élections printanières, mais on risque d’en entendre parler abondamment au cours des quatre prochaines années.

D’abord, la Commission canadienne du blé (CCB), une cible de prédilection de l’ancien gouvernement minoritaire, verra sûrement son monopole menacé. Depuis 70 ans, elle est le comptoir unique de vente de céréales (blé et orge) au Canada et les agriculteurs de l’Ouest qui veulent exporter leur grain doivent passer par cet organisme. Avec une majorité, les producteurs de l’Ouest s’attendent à une réforme, et ce, dès cette année.

D’autre part, la disparition du Bloc québécois ne menacera pas l’existence de la gestion de l’offre au Canada. Les conservateurs doivent leur majorité parlementaire à l’Ontario, une province qui défend les vertus de ce mécanisme. Le gouvernement Harper ne l’oubliera sûrement pas et même si plusieurs pourfendeurs croient que la gestion de l’offre est un mécanisme vétuste et obsolète, ils devront se tenir tranquilles pendant encore un moment.

Depuis le 2 mai, l’Ontario a rejoint l’Ouest au détriment du Québec. Vraisemblablement, le commerce agricole et ses politiques miseront davantage sur la région de l’Asie-Pacifique, et non l’Europe, car cette fois, contrairement aux élections passées, plusieurs Asiatiques ont voté pour les conservateurs.

Durant ces dernières années, les conservateurs ont compris que le Canada change, s’urbanise et se transforme peu à peu. L’agriculture canadienne mute vers quelque chose de nouveau, mais demeure tout de même mal comprise par les urbains. Aujourd’hui, la base du pouvoir conservateur englobe Vancouver, Calgary, Ottawa et Toronto. La grande majorité de la députation conservatrice provient de ces régions.

D’ailleurs, le gouvernement Harper, qui favorise le commerce international et le libre marché, a obtenu l’électorat nécessaire afin d’éliminer le clivage qui existe entre les régions urbaines et rurales au pays. Pour le Canada, une nouvelle vision agroalimentaire peut potentiellement joindre ces deux univers. Hélas, tout cela peut se faire sans le Québec.

Une politique agroalimentaire doit surtout miser sur l’innovation. Par exemple, Santé Canada, reconnu par l’industrie pour avoir une bureaucratie lourde, devra s’ajuster. L’industrie agroalimentaire devra innover et introduire de nouveaux produits pour croître, car la population canadienne vieillit et mange moins.

De plus, avec l’augmentation des prix des aliments et le coût de l’énergie qui explose, plusieurs forces macroéconomiques suggèrent de faire les choses autrement. Ainsi, un cadre réglementaire flexible et efficace s’impose, mais présentement, Santé Canada ne l’offre aucunement. Or, le gouvernement Harper en est conscient et sait que tout cela doit changer afin d’offrir aux consommateurs d’ici ce qu’ils désirent et ce qu’ils méritent.

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