Les agriculteurs, les grands ignorés dans la lutte aux GES

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a signé « l’accord historique de Paris » sur la lutte aux changements climatiques vendredi dernier aux Nations unies à New York. Date symbolique puisque le 22 avril était le jour de la Terre. Doit-on s’en réjouir?

Non. Les dirigeants du monde n’ont rien prévu pour que les agriculteurs fassent partie de la solution. Comment? En participant à un marché du carbone. Une myopie absurde qui risque de saboter l’objectif de limiter la hausse de température du monde de 2 degrés C et torpiller la sécurité alimentaire de l’humanité.

Un tel marché permettrait aux grands pollueurs de rémunérer les producteurs agricoles pour leurs bonnes pratiques culturales, en piégeant les émissions de CO2 dans le sol. Ce dernier s’avère un formidable puits de carbone. Au lieu de faire payer les grands émetteurs pour assainir le climat, ces mêmes dirigeants ont plutôt choisi de faire payer les contribuables en injectant 100 G $ de fonds public dans un plan de lutte aux GES nébuleux.

Description du marché du carbone

Description du marché du carbone

À Paris, le rôle de l’agriculture a malheureusement été évincé, à l’exception d’une initiative française parallèle appelée « 4/1000 : les sols pour la sécurité alimentaire et le climat ». Le ratio 4/1000, si minime qu’il soit, représente le taux de croissance annuelle de matière organique, cruciale à la fertilité des sols pour nourrir 9,5 milliards d’habitants d’ici 2050, et au potentiel d’empêcher la planète de cuire.

Dans l’Ouest canadien, les producteurs de la Saskatchewan Soil Conservation Association (SSCA) ont démontré scientifiquement que le semis direct peut « décarboniser » l’économie. Et que la valeur de ce service environnemental oscille entre 260 et 420 millions $, selon le prix de la tonne de polluant. Au Québec, plus de 2 G $ dorment dans le Fonds vert sans être mis à contribution pour permettre aux agriculteurs de faire leur part et d’être rémunérés pour leurs bonnes pratiques. Pour les intéressés, un article de fond sur le sujet est disponible dans l’édition du Bulletin des agriculteurs d’avril 2016.

 

à propos de l'auteur

Journaliste, photographe et agroéconomiste

Nicolas Mesly

Nicolas Mesly est agroéconomiste, journaliste et photographe spécialisé dans les enjeux agroalimentaires. Il couvre les grandes cultures pour Le Bulletin des agriculteurs.

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