Liens étroits entre protection des droits de l’homme et environnement

Genève (Suisse), 18 janvier 2002 – Quand les POPs, les 12 Polluants Organiques Persistants les plus toxiques du monde, essaiment dans les territoires des Inuits du Grand Nord, ce n’est pas seulement la nature qui est mise en péril, mais également les droits de l’homme.

Cette interaction croissante entre les droits de l’homme et la protection de l’environnement a été relevée par vingt-sept experts, réunis cette semaine à Genève sous l’égide du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et du Haut Commissariat aux droits de l’homme.

Dix ans après le sommet de la Terre à Rio, ce séminaire, présidé par le Ghanéen Thomas Mansah, juge du Tribunal international de la Mer des Nations Unies à Hambourg, entre dans le cadre de la préparation du prochain sommet mondial sur le développement durable, qui débutera le 26 août à Johannesburg.

« Il est temps de reconnaître que ceux qui polluent ou détruisent l’environnement naturel ne commettent pas seulement un crime contre la nature, mais violent les droits de l’homme également », a indiqué Klaus Toepfer, directeur du PNUE, se faisant l’écho des travaux du séminaire.

« Depuis le sommet de Rio, beaucoup de choses se sont passées. C’est le moment de faire le point (…) sur une nouvelle façon de considérer l’impact environnemental sur les droits de l’homme », a renchéri Mary Robinson, Haut Commissaire aux droits de l’homme, en mettant l’accent sur l’importance de l’accès à l’information et à la justice, dans la défense des causes environnementales.

Selon M. Toepfer, ce lien étroit entre les deux secteurs est parfaitement illustré par la longue lutte des Inuits, répartis dans quatre pays –Canada, Danemark (Groënland), Etats-Unis (Alaska) et Russie (Tchoukotka)–, contre les POPs qui polluent sol, air, rivières et mers.

Transportés par des courants atmosphériques et océaniques, ils affectent particulièrement les régions arctiques où le froid les empêche de se volatiliser, s’introduisant dans la chaîne alimentaire et provoquant chez l’animal et l’homme cancers, anomalies dans l’appareil reproducteur et lésions des systèmes nerveux et immunitaire.

Ainsi, les plus hautes concentrations de ces substances ont été découvertes dans le lait maternel des Inuits, a noté M. Toepfer.

« Ces 12 substances chimiques, que l’on désigne à présent comme +Les Douze salopards+ et qui voyagent sans passeports, ont les conséquences les plus négatives dans des régions où ils n’avaient jamais été produits ou utilisés », a-t-il ajouté.

La mobilisation des associations Inuits a permis d’aboutir à un accord, signé en décembre 2000 à Johannesburg, sur une convention interdisant ou limitant grandement l’usage de ces POPs, comme les dioxines.

« Les POPs sont principalement utilisés dans les pays développés, mais ils causent des problèmes dans les pays en développement (PVD) », a relevé M. Toepfer, notant que les problèmes environnementaux dans les PVD sont souvent générés par les pays riches.

C’est le cas des exportations de pesticides « plus ou moins périmés » des pays développés qui affectent directement les conditions de vie des pays pauvres.

Ces produits toxiques n’ont pas été exportés pour être utilisés, mais pour éviter les coûts importants de retaitement dans les pays d’origine, a souligné le directeur du PNUE, citant l’exemple de l’Ethiopie où des stocks importants de pesticides viennent d’être réexpédiés à l’envoyeur.

C’est pour éviter de nouvelles situations de ce genre qu’a été élaborée la Convention de Rotterdam. Adoptée en 1998 sous l’égide du PNUE et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), elle prévoit une procédure spéciale concernant l’importation de 22 pesticides et de 5 produits chimiques industriels afin d’aider les Etats à décider « en connaissance de cause » s’ils acceptent ou non l’entrée sur leur territoire de ces substances.

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

http://www.fao.org

Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE)

http://www.unep.org/

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