L’UE et les USA: un interêt commun à défendre leur agriculture à Doha

Bruxelles (Belgique), 30 octobre 2001 – L’Union européenne et les États Unis, qui soutiennent fortement leur agriculture respective, ont un intérêt commun à défendre leur politique agricole lors la conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) du 9 au 13 novembre à Doha.

Les Etats-Unis comme les Quinze sont régulièrement critiqués pour leurs soutiens faramineux au secteur agricole, qu’il s’agisse d’aides directes ou de subventions aux exportations plus ou moins déguisées.

Les pays du Groupe de Cairns (18 pays) défendent l’objectif d’une suppression totale de tous les types d’aide. Ce groupe avait été créé justement pour lutter contre les subventions agricoles lors du lancement de l’Uruguay round en 1987 et n’a depuis cessé de prôner un niveau zéro des aides.

Le premier projet de déclaration ministérielle de l’OMC pour Doha stipulait une « réductions de toutes formes de subventions à l’exportation, avec l’objectif de les supprimer graduellement », un objectif impensable pour l’UE comme les USA.

L’UE a consacré plus de 44 milliards d’euros à la politique agricole en 2000. Aux Etats-Unis, la Chambre des représentants a récemment voté un projet de loi agricole (Farm bill) prévoyant sur les dix prochaines années d’accorder près de 175 milliards de dollars de subventions agricoles.

Sur cette question des aides, les pays en développement sont aussi mécontents que le groupe de Cairns. Mais c’est sur un autre terrain qu’ils entendent combattre les subventions, en demandant à l’OMC des règles nouvelles qui leur permettraient de se protéger des exportations subventionnées par les pays riches.

« L’Union européenne ne dit pas non à d’autres réductions des subventions » mais « à condition qu’il y ait une discipline équivalente sur les autres mesures qui constituent une entrave au commerce et à la concurrence », explique-t-on la direction générale Commerce de la Commission européenne.

Le mandat donné par les Quinze au négociateur Pascal Lamy, commissaire européen au Commerce, ne prévoit pas la suppression des soutiens à l’agriculture. Toutefois l’UE s’est engagé, dans sa réforme de la politique agricoles commune (PAC) engagée à Berlin en 1999, à réduire substantiellement les aides au secteur agricole, certains des mécanismes actuels étant justement passibles de sanctions devant l’OMC.

« Pour les pays de l’OMC, l’agriculture, comme d’autres dossiers, est une fusée à deux étages: d’abord il y a le lancement du cycle, ensuite la négociation proprement dite », explique un diplomate européen.

« Tout le problème est savoir si les engagements de tel ou tel pays ou groupe de pays pour le lancement du cycle préfigurent réellement leur attitude dans la négociation qui sera ouverte ensuite », ajoute-t-il.

L’actuel projet de déclaration ministérielle devra donc être sérieusement aménagé pour parvenir à un consensus satisfaisant à la fois les « poids lourds agricoles » que sont les Etats-Unis et l’Union européenne, mais aussi les gros exportateurs du groupe de Cairns (Australie, Nouvelle-Zélande, Argentine) et les nombreux pays émergents.

Réunis mi-octobre à Singapour, 22 ministres du commerce sur les 142 que compte l’OMC, ont planché sur un texte soumis par le président du conseil général de l’OMC, le négociateur de Hong Kong Stuart Harbinson. Cette mouture prévoit un traitement particulier pour les agricultures des pays en voie de développement.

« Cette formulation devrait permettre aux Européens, comme aux Américains de continuer à traiter leur agriculture comme un secteur commercial à part », selon un haut-fonctionnaire européen.

Source : AFP

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