Lutter contre les mauvaises herbes à l’aide d’engrais verts

Les cultures implantées entre les rangs d’une culture principale ou après la récolte occupent le terrain au détriment des mauvaises herbes. Leur emploi judicieux permettrait donc de réduire les doses d’herbicides.

« Quand on laisse un sol inoccupé, c’est certain que les mauvaises herbes en profitent pour s’établir », lance Louis Pérusse, agronome consultant chez SCV Agrologie. Au lendemain d’une récolte, les mauvaises herbes ont le champ libre. Si une culture de couverture est implantée, c’est déjà une application automnale de glyphosate qui est éliminée.

Fêves azuki sous du maïs. PHOTO : Gilles Leroux, Université Laval

Fêves azuki sous du maïs. PHOTO : Gilles Leroux, Université Laval

Au Québec, mis à part les céréales, peu de cultures sont récoltées assez tôt pour qu’un semis automnal d’engrais vert offre un bon couvert végétal. C’est pour cela que de plus en plus de producteurs se tournent vers les cultures intercalaires, comme le ray-grass semé dans le maïs au stade de six à huit feuilles. D’autres, plus audacieux, vont jusqu’à semer du blé d’automne dans du soya encore sur pied.

Une culture intercalaire ou de couverture qui survit à l’hiver peut avoir besoin d’être détruite par une application d’herbicide, qui aurait été nécessaire de toute façon pour semer sur un champ propre. Par contre, cette culture peut avoir grandement contribué à diminuer la pression des mauvaises herbes.

En occupant le terrain tout l’automne, une culture de couverture empêche la production de nouvelles graines de mauvaises herbes. « Après quelques années, il y a réduction de la banque de semence de mauvaises herbes dans le sol, confirme Gilles Leroux, malherbologiste à l’Université Laval. Dans les champs qui sont déjà assez propres avant d’entreprendre une telle régie, il y aura un impact positif. »

Certaines espèces aux vertus allélopathique ont carrément un effet d’herbicide, pendant leur croissance et lors de leur décomposition. Grâce à leurs toxines allélopathiques, ces espèces pourraient même remplacer une application d’herbicide en préémergence. Gilles Leroux rapporte des essais sur une ferme biologique de la Montérégie, où le seigle était rabattu avec un rouleau crêpeur avant de semer du soya. Le champ était demeuré très propre, mis à part des repousses de seigle.

Combiner les méthodes de lutte

Dans ses essais à la station agronomique de l’Université Laval, Gilles Leroux a combiné le sarclage, l’application d’herbicide et l’implantation de cultures intercalaires, dans le but de développer des méthodes de lutte intégrée aux mauvaises herbes. Après le semis de la culture principale, on peut sarcler avec une houe rotative ou une herse peigne, suggère-t-il. On peut sarcler de nouveau lors du passage qui servira à ensemencer une culture intercalaire, ce qui aura l’avantage d’enfouir la semence et favoriser sa germination.

Une autre idée de Gilles Leroux : appliquer de l’herbicide en bande sur le rang de maïs, tout en sarclant l’entre-rang et l’ensemençant d’une culture intercalaire. « On fait un traitement chimique sur le rang de maïs et mécanique entre les rangs. Avec la vesce velue semée en même temps, nous avons obtenu de bons résultats. »

Dans le maïs, le semis d’une intercalaire se fait à partir du stade quatre feuilles. Le temps que cette culture germe, le maïs atteint les huit feuilles et la période critique pendant laquelle il aurait pu souffrir de compétition se termine.

Il importe cependant de bien choisir ses cultures intercalaires et de couverture, en fonction des besoins du champ et bienfaits désirés. Un agronome ou un producteur expérimenté pourra vous conseiller.

Cet article est un extrait de l’article Plus de verdure, moins de ravageurs, publié dans Le Bulletin des agriculteurs d’octobre 2013.

À lire aussi : Un outil pour choisir les cultures de couverture

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