Méligèthes des crucifères dans le canola

D’après le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP), le méligèthe des crucifères a atteint la semaine dernière des niveaux de population très élevés au Bas-Saint-Laurent, particulièrement dans la MRC des Basques et de Kamouraska, à Saint-Éloi, Saint-Onésime et Saint-Arsène.

Des décomptes élevés ont également été rapportés dans la région du Lac-Saint-Jean, notamment à Normandin et Saint-Bruno.

Le RAP recommande donc le dépistage dans le Bas-Saint-Laurent et au Lac-Saint-Jean.

Le méligèthe des crucifères (Brassicogethes viridescens) est une espèce exotique envahissante qui a été observée pour la première fois au Québec en 2001. Ce petit coléoptère noir aux reflets métalliques verts bleutés connait une génération par année et hiberne sous les haies, en bordure des champs.

Les méligèthes recherchent le pollen et le nectar présents dans les boutons floraux, causant par le fait même des dégâts de morsures. Les boutons floraux sont détruits de manière aléatoire, ceux-ci finissant par tomber, laissant seulement le pédoncule. Les plantes présentent alors des inflorescences et des siliques irrégulières. Les dommages sont surtout attribuables aux adultes, les larves causant nettement moins de dégâts.

Le stade critique de la culture se situe au stade début floraison, soit le stade auquel les adultes pondent et les larves se nourrissent à l’intérieur des boutons floraux, et se poursuit jusqu’au stade 50 % floraison.

Ainsi, le méligèthe peut causer des dommages importants si l’attaque est précoce, soit au stade bouton floral, ou si le développement du canola est ralenti avant la floraison.

Aucun seuil économique d’intervention n’a encore été établi au Québec. En Europe, un seuil de deux à trois méligèthes/plant, au stade bouton floral, est suggéré.

Les dommages causés par les méligèthes dépendraient davantage de la vigueur des plants que de leur nombre. Des plants sains et vigoureux sur un bon sol pourraient tolérer jusqu’à 10 méligèthes par plant sans perte de rendement. Ces données restent toutefois à être validées pour le Québec, car à la différence de l’Europe où plusieurs ennemis naturels s’attaquent à cette espèce, aucun parasitoïde du méligèthe des crucifères n’a encore été rapporté au Québec. Un projet est d’ailleurs actuellement en cours au CÉROM pour mieux connaître la biologie, la dispersion et les ennemis naturels de ce nouveau ravageur.

Il n’existe encore aucun insecticide homologué au Canada contre le méligèthe des crucifères. Des démarches sont toutefois envisagées afin de permettre une homologation d’urgence d’un insecticide.

Puisqu’il n’existe aucun moyen de lutte contre cet insecte, des éléments de régie sont recommandés pour diminuer l’impact du ravageur. Par exemple :

-Favoriser une implantation rapide du canola par de bonnes conditions de croissance et des cultivars à floraison hâtive.

-Implanter une culture piège. Cette technique, largement utilisée dans l’Ouest canadien, consiste à semer en bordure du champ une variété de canola plus hâtive ou à semer cette section plus tôt. Ainsi, en concentrant les ravageurs en périphérie du champ, ceci permet de traiter uniquement cette zone si le seuil d’intervention est atteint. On diminue alors significativement l’impact sur l’environnement ainsi que sur les ennemis naturels.

-Détruire les volontaires de canola et les mauvaises herbes de la famille des crucifères (moutardes, barbarée vulgaire, bourse-à-pasteur, radis sauvage, etc.). Elles servent de plantes-hôtes et de réservoir pour le méligèthe des crucifères.

-Finalement, la date de semis aurait un effet important comme mesure pour prévenir les dommages, tout comme la teneur en soufre, qui réduirait le nombre de méligèthes. Des essais en ce sens ont également cours actuellement, en plus du projet que réalise présentement le CÉROM pour mieux connaître la biologie, la dispersion et les ennemis naturels de ce nouveau ravageur.

Lisez l’avertissement du RAP avec photo pour l’identification

à propos de l'auteur

Articles récents de André Dumont

Commentaires