Nouveau cas de fièvre aphteuse en Angleterre

Londres (Angleterre), 23 février 2001 – Les autorités britanniques ont découvert vendredi un sixième cas de fièvre aphteuse dans le Northumbria, dans le nord-est de l’Angleterre, à quelques kilomètres d’une ferme du comté de Tyne and Wear où avait été enregistré le dernier cas connu.

Cette découverte a été suivie de l’annonce par le ministre de l’Agriculture, Nick Brown, de l’interdiction de tous les mouvements pendant une semaine en Grande-Bretagne de tous les animaux de ferme (porcins, bovins, ovins et caprins), à l’exception des volailles, des chevaux et des produits laitiers.

Ces mesures semblent en tout cas confirmer les craintes d’une propagation rapide de cette maladie très contagieuse, qui a désormais atteint l’Ecosse où un cas suspect a été décelé dans un élévage porcin des environs d’Aberdeen, le grand port pétrolier sur la côte est. Tous les déplacements ont été interdits dans un rayon de huit km autour de la ferme incriminée.

En République d’Irlande, plus de 300 militaires ont été mobilisés pour aider les policiers à assurer 24 heures sur 24 l’étanchéité de la frontière avec la province britannique de l’Irlande du Nord.

Les premiers cas de fièvre aphteuse avaient été découverts mardi chez des porcs dans un abattoir et une ferme près de Brentwood (Essex), dans le sud-est de l’Angleterre.

La Grande-Bretagne, qui redoute des effets dévastateurs de la fièvre aphteuse pour les filières agricoles, a intensifié vendredi sa lutte contre l’épizootie en transformant ses campagnes en zones sous surveillance.

Des panneaux « Défense d’entrer » ont été placés dans de nombreuses régions, les facteurs ayant pour consigne de laisser le courrier aux entrées de fermes et les randonneurs de rester à l’écart des champs.

La maladie, qui peut être mortelle pour les animaux mais ne présente guère de danger pour l’homme, peut facilement être propagé par ce dernier.

Scénario-catastrophe

Le gouvernement redoute que la fièvre aphteuse ne ruine l’agriculture britannique déjà frappée de façon dramatique par la crise de la « vache folle ». Lors de la dernière épizootie en 1967 en Grande-Bretagne, 440.000 animaux avaient dû être abattus.

Des mesures d’embargo internationales sur les importations de porc et autres produits sont en place. Les autorités ont limité la circulation et ordonné des contrôles systématiques dans toutes les zones affectées, en faisant savoir que les animaux contaminés étaient en cours de destruction.

Le monde agricole britannique, qui a subi de fortes pertes pendant des années à cause de l’ESB, s’est dit menacé d’une catastrophe si l’épizootie n’était pas enrayée rapidement.

Entre décembre 1999 et novembre 2000, la Grande-Bretagne a exporté 160.414 tonnes de porc vers l’Union européenne, ce qui a représenté près de 111 millions de livres. La filière estime que l’embargo sur la production britannique va lui coûter huit millions de livres par jour.

La Commission européenne a suspendu mercredi les exportations de viande et de produits laitiers britanniques vers le reste de l’UE. Après les Etats-Unis, le Canada, l’Australie, la Corée du Sud, Singapour, la Russie et Chypre, la Chine et la Malaisie ont annoncé des mesures analogues vendredi.

Les experts européens craignent que le virus ne s’étende à tout le continent, un scénario-catastrophe qui pourrait mettre les producteurs de viande à genoux.

Les organisations agricoles commencent à manifester leur inquiétude.

Le rôle du vent
Le syndicat des agriculteurs britanniques (NUF) a révélé vendredi que la filière examinait de nouvelles mesures, y compris l’interdiction pendant une semaine des mouvements de tous les animaux.

« Compte-tenu de la manière dont s’étend la maladie, il est clair que de nouvelles mesures draconiennes seront nécessaires en plus des zones frappées actuellement par des restrictions », a déclaré Ben Gill, président de l’influente NFU.

En France, la FNSEA a exhorté vendredi les Britanniques à prendre rapidement toutes les mesures nécessaires pour éviter la propagation de l’épizootie de fièvre aphteuse qui sévit outre-Manche.

« Nous espérons que cette fois-ci, les Anglais prendront toutes les décisions nécessaires, rapidement, pour éviter la propagation de la maladie », a dit à Reuters une porte-parole de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles. « Nous espérons qu’ils prendont conscience de l’ampleur du problème ».

« C’est une maladie redoutable. Elle se transmet entre espèces », a-t-elle expliqué. « Il faut agir très vite ».

La porte-parole s’est félicitée du dispositif d’alerte mis en place, dès cette semaine, par le gouvernement français pour prévenir une éventuelle contamination du bétail par des animaux importés du Royaume-Uni. « C’est rassurant pour les éleveurs », a-t-elle dit, tout en relevant le risque lié à une contamination par le vent.

Selon Météo-France, la France a, en effet, été exposée à des vents qui ont pu propager sur ses côtes normandes et bretonnes la fièvre aphteuse.

« Nous avons été saisis par le ministère de l’Agriculture pour savoir si depuis le 1er février, la France a pu être concernée par une propagation aérienne de la fièvre aphteuse », a expliqué à Reuters le responsable de Météo France à Rennes

Météo-France a identifié deux périodes de propagation possible (11 au 20 février, et 20 au 23 février).

« En termes de propagation, depuis deux jours on est exposé », a poursuivi le responsable de Météo, qui s’est félicité que l’environnement soit pris en compte dans cette épizootie.

Les derniers propos du ministre britannique de l’Agriculture ne sont guère rassurants à cet égard. Nick Brown a affirmé vendredi que l’épizootie existait déjà en fait en Grande-Bretagne une semaine avant l’annonce de la découverte du premier cas.

Source : Reuters

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Commentaires