OGM: l’UE cherche à gagner du temps face à la menace américaine

Bruxelles (Belgique), 10 janvier 2003 – Soumise à la pression accrue des États Unis qui menacent de porter plainte devant l’OMC, l’Union européenne cherche à gagner du temps dans l’espoir de parvenir d’ici la fin de l’année à une levée effective de son moratoire contesté sur les aliments génétiquement modifiés.

Le représentant américain pour le Commerce Robert Zoellick a affirmé qu’il était « personnellement d’avis » qu’il fallait porter plainte devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contre l’embargo observé de facto par certains Européens sur les importations de produits alimentaires contenant des organismes génétiquement modifiés (OGM).

Les Etats-Unis estiment que cet embargo, appliqué depuis 1999 par sept pays de l’UE — France, Italie, Belgique, Grèce, Danemark, Luxembourg, Autriche–, nuit à leurs exportations notamment de maïs, de coton et de soja.

Washington ouvrirait ainsi un nouveau front dans la guerre commerciale qui l’oppose à l’Europe sur de nombreux dossiers, comme l’acier et l’agriculture.

« Nous allons attendre de voir si les Américains vont passer à l’acte et sur la base de quels arguments », a indiqué vendredi Arancha Gonzalez, porte-parole du commissaire européen au Commerce Pascal Lamy.

« Si l’argument employé, comme l’a laissé entendre M. Zoellick, est de prétexter le récent refus de pays africains d’accepter l’aide alimentaire américaine comportant des OGM, Washington n’a aucune chance de gagner, car l’Europe n’est pour rien dans ce refus », a souligné Mme Gonzalez.

M. Zoellick avait lié sa menace au refus en novembre dernier par la Zambie, frappée par la crise alimentaire, d’une aide américaine de 15 000 tonnes de maïs génétiquement modifié. Visant les Européens, il avait jugé « immoral » qu’on ne puisse fournir de la nourriture à l’Afrique « parce que certains ont inventé les dangers de la biotechnologie ».

« Il est scandaleux d’utiliser la grave situation de l’Afrique pour justifier une quelconque plainte sur les OGM », a affirmé Mme Gonzalez.

Mais le dossier OGM ne serait pas facile à défendre pour l’UE en cas de plainte américaine, d’autant que les dernières études scientifiques n’ont pas conclu au danger des OGM pour la santé. En France, l’Académie de Médecine a ainsi recommandé le mois dernier la levée de l’embargo.

« Si les Etats-Unis portent plainte, l’Europe va probablement perdre », estime Dan Leskien, conseiller des Verts au Parlement européen. Mais, selon lui, « ils ne vont probablement pas le faire », car « la procédure est très longue et l’embargo peut être levé d’ici là » et « il n’est pas dans leur intérêt de donner l’impression de forcer les citoyens européens très réticents à consommer des OGM ».

La Commission européenne espère pour sa part que le moratoire sera levé d’ici la fin de l’année. Les ministres de l’Agriculture et de l’Environnement des Quinze ont adopté fin 2002 des accords sur les règles d’étiquetage et de traçabilité des aliments contenant au-delà de 0,9% d’OGM, ouvrant la voie à une levée de l’embargo.

Mais ces textes doivent être approuvés par le Parlement européen cette année et des oppositions risquent de surgir. Selon le député européen Vert Paul Lannoye, membre de la Commission environnement et développement du Parlement, « le seuil de 0,9% n’est pas suffisant » pour protéger les consommateurs.

Les pays qui appliquent le moratoire conditionnent sa levée à l’application effective de l’étiquetage. La ministre française de l’Ecologie, Roselyne Bachelot, avait le mois dernier estimé possible sa levée dans « à peu près un an », mais avait assuré que des « précautions » doivent être prises.

Source : AFP

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