OGM : pas de risque prouvé mais pas d’intérêt non plus pour le consommateur

Paris (France), 19 mai 2004 – Les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne présentent pas de risque avéré pour la santé, mais n’apportent pas non plus de bénéfice au consommateur, estiment les experts interrogés par l’AFP.

Alors que la Commission européenne a levé un moratoire de 5 ans sur les autorisations de nouveaux OGM, le consommateur européen reste majoritairement opposé à leur introduction.

« Il y a plutôt moins d’incertitudes sur le risque que lors de l’entrée en vigueur du moratoire », considère Martin Hirsch, qui dirige l’une des deux instances d’expertise des OGM en France, l’Agence française pour la sécurité sanitaire des aliments. « Sur aucun des dossiers qui nous a été présenté, nous n’avons trouvé un risque avéré pour la santé », précise-t-il.

Mais en termes de bénéfice, l’intérêt est purement « théorique », ajoute-t-il. Plus de 95% des OGM actuels sont conçus pour résister aux insectes ou pour tolérer un herbicide « total », ce qui facilite la vie de l’agriculteur, mais ne concerne guère le consommateur final.

Les firmes de biotechnologies promettent des OGM de « deuxième génération », offrant un intérêt pour la nutrition et la santé. « Pour l’instant, il n’y a rien dans les tuyaux de très probant », estime Gérard Pascal, nutritionniste et toxicologue, membre de l’autre instance française, la Commission du génie biomoléculaire.

Et de citer certains projets, comme cette tomate OGM à laquelle on tente d’ajouter un édulcorant, ou ces tentatives pour produire de la vanille en passant par d’autres plantes, ce qui tuerait à coup sûr la vanille naturelle de Madagascar. Les Etats-Unis expérimentent une huile de soja aux qualités équivalentes à l’huile d’olive, qui pourrait affecter les pays du Sud, gros producteurs d’huile d’olive.

Aujourd’hui, le principal avantage des OGM serait de limiter l’usage des pesticides qui polluent l’eau, affectent à coup sûr la santé des agriculteurs et peut-être celle du consommateur à long terme.

« Les données ne sont pas concluantes », déclare Gérard Pascal. « Elles ne me permettent pas de dire si, dans nos conditions de culture, il y a la moindre utilité aux OGM », poursuit-il.

« Il ne s’agit pas seulement des quantités de pesticides, mais de la qualité des produits utilisés, qui sont différents de ceux que nous connaissons », remarque-t-il.

La plus vaste étude conduite à ce jour sur l’impact environnemental des OGM, commandée par le gouvernement britannique, a conclu à un impact négatif pour deux des trois OGM étudiés. Les champs semés avec du colza et de la betterave OGM abritaient moins de papillons et d’insectes que des parcelles conventionnelles. Ceux semés en maïs OGM se révélaient plus favorables à la biodiversité.

Mais les résultats reflétaient davantage l’efficacité des herbicides que les conséquences de la modification génétique, notent les experts. Dans les deux premiers cas, l’herbicide associé à l’OGM avait éradiqué toute « mauvaise herbe », rendant le champ stérile pour la flore et la faune.

Pour mesurer convenablement l’impact des OGM, il faudrait donc renforcer l’étude des pesticides qui leur sont associés.

Un autre enjeu concerne la dissémination des OGM, et la contamination de cultures non-OGM, voire de plantes sauvages. « Le risque est réel », selon Gérard Pascal. « Il n’y a pas de risque zéro, quelles que soient les distances imposées entre les champs », dit-il.

Dés lors, la mise en culture d’OGM à grande échelle, comme aux Etats-Unis, conduira forcément à tolérer une petite quantité d’OGM dans les autres cultures, une notion vivement contestée par l’agriculture biologique.

Source : AFP

Commentaires