OGM : quand la justice défend les intérêts des multinationales de l’agrobusiness

Montréal, le 4 février 2001 – Le 14 février aura lieu à la Cour municipale de Montréal (775 Gosford, métro Champs-de-Mars, salle 1.60 à 9h00) le procès d’un citoyen accusé d’avoir apposé des étiquettes sur des produits susceptibles de contenir des organismes génétiquement modifiés (OGM) dans un supermarché de Montréal.

« Méfait » et « Voie de fait par intrusion » (le fait de ne pas avoir quitté les lieux lorsque le gérant l’a demandé) sont les chefs d’accusation retenus contre lui.

Le 22 mai dernier, pas moins d’une quinzaine de voitures du Service de police de la CUM avaient été retenues afin d’empêcher les « dangereux » étiqueteurs de sensibiliser la population sur les problèmes liés aux OGM. Le SPCUM a même utilisé les services d’un infiltrateur afin de bien organiser les représailles contre des citoyennes et citoyens réclamant pacifiquement un réel débat démocratique sur le sujet.

Conscients que ce débat n’a pas eu lieu, les membres du groupe Étiquetage-Volontaire-Collectif-Citoyen (EVCC) ont organisé cette action qui a permis de démontrer clairement que le gouvernement fera tout en son pouvoir pour museler toute forme de résistance. Leur message était pourtant clair et purement informatif : « Attention : Ce produit peut contenir des organismes génétiquement modifiés (OGM). Ceux-ci n’ont pas été adéquatement testés et pourraient être dangereux pour votre santé et pour l’environnement. » Il n’était donc pas question de semer la peur ou pire, la confusion comme le gouvernement s’obstine à le faire.

Puisque le gouvernement se fait le porte-parole de l’industrie biotechnologique en appuyant financièrement des campagnes médiatiques en faveur des OGM, sur qui pouvons-nous compter pour poser les réels enjeux sinon sur la citoyenneté ? Laissant de côté son rôle de protection de la santé publique, l’Agence canadienne d’inspection des aliments persiste à n’utiliser que les études de l’industrie dans le processus d’approbation des produits génétiquement modifiés, industrie littéralement aveuglée par l’énorme potentiel économique du génie génétique. Ces produits se retrouvent dans la nature et dans notre alimentation sans qu’il n’y ait eu d’études indépendantes à long terme, sans qu’on n’ait pu les prouver hors de tout doute sans danger.

Et que dire des problèmes socio-économiques occasionnés par les biotechnologies ? En septembre 1997, la compagnie texane RiceTec Inc. obtenait le brevet étasunien #5 663 484 sur 22 variétés de riz basmati dérivées de cultivars semés depuis plus de 12 000 ans en Asie. Des groupes de fermières et fermiers parmi les plus pauvres de la planète ont dû ajouter à leurs préoccupations une lutte devenue nécessaire afin de forcer l’abandon du brevet par la compagnie. Heureusement, celle-ci a retiré son ” droit de propriété ” sur ces variétés. Dans plusieurs autres cas, la bio-piraterie – le brevetage de plantes de pays étrangers par des firmes américaines ou européennes – dépossède des populations entières de la richesse végétale qui les entoure et assure leur alimentation depuis des milliers d’années. Plus de 1,4 milliards de gens les plus pauvres de la Terre dépendent de leurs récoltes pour leur survie; en gardant des semences pour leur prochaine saison, ils agissent à l’encontre de la logique marchande des brevets qui les dépossèdent du droit d’échanger et préserver le fruit de leur labeur.

Et quand avons-nous largement débattu de la question des brevets sur la vie ? Désormais, la Loi reconnaît des titres de propriété sur des organismes vivants en similarité frappante avec les titres de propriété que les riches blancs du sud possédaient sur leurs esclaves. Cette forme de néo-colonialisme soumet la citoyenneté et la liberté aux diktats du marché. L’industrie biotechnologique dit vouloir nourrir le Tiers-Monde alors que leurs agissements nous indiquent tout le contraire.

Afin d’appuyer la défense du citoyen arrêté le 22 mai dernier, ÉVCC, Biotech Action Montréal (affilié au GRIP-UQÀM) et Food Not Lawns! (affilié au GRIP-McGill) organisent un Party de cuisine bénéfice le 12 février prochain au Lion d’Or (1676, Ontario est) à compter de 20h00. Seront au menu : Daniel Pinard, Louise Vandelac, Jérôme Minière, Les Chiens, Gauthier – Myron, Les Psynoportuns, The Vendettas, Les Abdigradationnistes, Les Séquelles, Skarazula, Harold, Vincent Peak et Martin Dupuis. Art en direct sur place. Animateur : François Patenaude. Coût : 7$ en pré-vente et 9$ à la porte.

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