OGM : risques d’allergie avérés et bénéfices hypothétiques

Paris (France), 17 décembre 2001 – Les aliments obtenus à partir d’organismes génétiquement modifiés présentent des risques d’allergie, tandis que les bénéfices d’OGM spécifiquement conçus pour minimiser les allergies sont « davantage attendus que réels », a estimé lundi Denise-Anne Moneret Vautrin, allergologue à l’hôpital Central de Nancy.

Deux types de risques peuvent se présenter, a-t-elle expliqué devant les scientifiques réunis lundi et mardi à Paris par l’Agence Française de Sécurité sanitaire des aliments (AFSSA).

La protéine génétiquement modifiée peut provoquer une réaction « croisée » avec d’autres allergènes (autres produits) chez une personne déjà sensibilisée. « Il faut donc tester avant toute commercialisation d’OGM les réactions possibles sur des sérums de personnes allergiques », a expliqué Mme Moneret Vautrin. « Si on trouve un indice d’allergie, on ne va pas plus loin dans le développement de cet OGM », ajoute-t-elle.

Mais l’aliment génétiquement modifié peut aussi susciter, y compris des années plus tard, des allergies chez une personne qui n’en développait pas auparavant. « Pour parer à ce risque, nous devons mettre en place un réseau de vigilance sur l’ensemble du territoire avec les allergologues », souligne Mme Moneret Vautrin.

Le colloque organisé lundi et mardi par l’AFSSA sur les OGM, la santé et l’alimentation, vise également à nourrir un avis que doit rendre l’agence au gouvernement en janvier sur les méthodes d’évaluation des risques. Les OGM ne sont plus autorisés en France depuis le moratoire européen décidé en 1999, jusqu’à l’élaboration d’une directive (loi) européenne sur leur traçabilité et leur étiquetage.

Le risque allergique figure en bonne place, avec la contamination de l’environnement, dans les raisons de méfiance des consommateurs européens vis à vis des OGM, ont souligné les intervenants au colloque.

Les allergies (au pollen…) touchent 15 à 30% de la population et 3,24% souffrent d’allergies alimentaires parfois très graves. Un doublement des cas a été observé au cours des dix dernières années, a souligné Gabriel Peltre, directeur du groupe « Allergie et environnement » à l’Institut Pasteur.

Le risque d’allergie lié aux OGM a éclaté aux Etats-Unis en 2000 avec le scandale soulevé par la présence de maïs Starlink destiné à l’alimentation animale dans des chips (tacos).

« La Federal Drug Administration a demandé une étude précise à la suite des nombreux témoignages d’allergies », rappelle Mme Moneret Vautrin. 28 cas ont été étudiés à partir de prélèvements sanguins et aucune preuve d’allergie n’a été apportée.

Cependant l’étude présentait un manque : des tests cutanés directement avec le produit en cause, très utiles dans les recherches de causes d’allergies, n’ont pas été effectués, critique Mme Moneret Vautrin.

Source : AFP

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