OMC : Lamy entrevoit un accord à Doha

Bruxelles (Belgique), 28 octobre 2001 – La cohésion retrouvée des Quinze, le choc du 11 septembre et la bonne entente entre l’UE et les Etats-Unis devraient assurer le succès de la conférence de Doha sur la libéralisation du commerce mondial, estime le commissaire européen chargé du dossier, Pascal Lamy.

« Ca se présente mieux, mais on n’y est pas encore », a-t-il déclaré dans une interview à Reuters une dizaine de jours avant l’ouverture de la conférence de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui se tiendra du 9 au 13 novembre au Qatar.

Deux ans après le retentissant échec de Seattle, Pascal Lamy aura l’occasion lundi de mesurer le degré de cohésion de l’Union lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères des Quinze, qui lui donneront leurs ultimes instructions pour cette réunion qui fixera le programme de la négociation.

Il avait eu des frayeurs début septembre à Bruges, lorsque le ministre français du Commerce extérieur, François Huwaert, avait demandé que l’UE se prépare à un échec à Doha.

Cela avait été interprété comme un signal que le gouvernement socialiste ne voulait pas d’un accord difficilement « vendable » en France avant les élections de 2002.

« Je n’ai eu aucun débat sérieux avec les Quinze en dehors de l’escarmouche avec les Français à Bruges », dit le commissaire, pour qui l’incident est désormais clos. « Je pense que les choses sont maintenant rentrées dans l’ordre ».

De source française, on confirme d’ailleurs ce jugement.

C’est que les attentats du 11 septembre et les risques de récession qu’ils pourraient entraîner sont passés par là.

Un état d’esprit positif

« Je crois que le 11 septembre, qui a été une espèce de choc chirurgical pour tout le monde, a plutôt concentré les esprits sur les choses importantes », dit Pascal Lamy, en soulignant que « l’économie mondiale a besoin de quelques bonnes nouvelles ».

« Le commerce peut tirer la croissance », ajoute-t-il tout en estimant que « c’est nécessaire, mais pas suffisant ».

Mais la prise de conscience provoquée par les attentats se greffe sur un optimisme qui existait déjà auparavant.

« Avant le 11 septembre, ça se présentait déjà mieux qu’avant Seattle à la même époque », explique le négociateur en chef de l’UE, qui parle d’un « état d’esprit plus positif ».

L’échec de Seattle était dû à la fois à l’affrontement entre Américains et Européens, les premiers refusant l’ordre du jour très étendu que les seconds voulaient imposer, et à la rébellion des pays du Tiers Monde contre les diktats des deux « éléphants ».

L’arrivée au pouvoir de George Bush a modifié la donne.

« Il y a quelque chose de changé », estime Pascal Lamy, selon lequel l’administration républicaine a très vite compris qu’il fallait de nouvelles règles commerciales mondiales.

La bonne relation personnelle entre le commissaire français et son homologue américain Robert Zoellick a également joué.

« Cela aide de travailler avec quelqu’un que vous connaissez bien, quelqu’un avec lequel vous avez déjà fait des tas de choses et qui est un ami personnel », a-t-il déclaré.

« C’est comme aux échecs. Je sais comment il joue et il sait comment je joue, on peut faire l’économie du début », a-t-il ajouté, tout en avertissant qu’on ne « peut pas en faire un papier rosy pour la presse people ».

L’évolution est également plus profonde.

L’ère du soupçon est révolue

« Les sujets ont mûri », souligne le responsable européen. « C’est moins l’ère du soupçon et pas seulement entre les Etats-Unis et l’Europe, mais aussi avec les autres ».

Le succès n’est pas pour autant garanti.

« Il y aura évidemment des négociations difficiles à Doha », estime Pascal Lamy. « Tout peut être une cause d’échec ».

Ainsi, l’UE « n’acceptera pas » l’affichage d’un objectif d’élimination totale des subventions à l’agriculture, ce qui est pourtant exigé par des pays comme le Canada et l’Argentine.

La volonté de l’UE d’édicter des règles à l’OMC permettant de garantir la concurrence et de sécuriser les investissements pose également problème, même si les Quinze sont désormais prêts à assouplir leur position sur ces dossiers.

Si la réduction des obstacles au commerce des marchandises et des services fait peu débat, les pays du Tiers Monde exigent des concessions sur le rythme de la mise en oeuvre de la libéralisation, y compris pour les décisions déjà prises.

« On est quand même allés dans leur direction pour un certain nombre de leurs sujets favoris », fait remarquer Pascal Lamy.

Enfin, les préoccupations européennes en matière de respect de l’environnement et du « principe de précaution » sont souvent mal comprises par les autres pays, Etats-Unis en tête, qui y voient une sorte de protectionnisme déguisé.

« C’est vrai qu’on est photo-sensible à l’environnement, plus que le reste de la planète », conclut le commissaire. « Le monde change, il faut qu’on ajuste les règles à la nouvelle donne ».

Source : Reuters

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