OMC : les vieux contentieux restent entiers à la veille de Doha

Doha (Qatar), 8 novembre 2001 – Les États-Unis et l’Union européenne se sont montrés optimistes jeudi quant à la possibilité de parvenir à un accord sur la libéralisation des échanges à Doha, mais tous les anciens contentieux qui risquent de faire échouer la conférence restent sur la table.

Deux ans après le fiasco de Seattle, les délégations des 142 pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sont arrivées dans la capitale du Qatar pour une réunion qui, du 9 au 13 novembre, doit arrêter un programme de libéralisation.

L’atmosphère est totalement différente de celle qui prévalait dans l’État de Washington en décembre 1999.

Les manifestations antimondialisation de l’époque ont cédé la place à une atmosphère pesante dans ce petit bout de terre désertique qui, faute d’autre candidat, a accepté d’accueillir le grand cirque de l’OMC, tout en refusant tout trouble.

Des conditions de sécurité qui se veulent draconiennes, malgré quelques failles étonnantes, ont été prises par l’émirat après les attentats du 11 septembre pour éviter toute attaque terroriste contre la conférence, la fusillade de mercredi contre une base américaine du Qatar ayant encore accru la tension.

La délégation américaine, qui a maigri de moitié après les attentats, s’occupe de sa propre protection.

Toutes les pièces dans lesquelles ses responsables séjournent sont passées au crible par des agents aux mains gantées de latex blanc et armés de mystérieux engins. Les journalistes subissent une deuxième fouille avant de pénétrer dans les salles où ils donnent des points de presse.

Dans ce contexte, le message des deux plus grandes puissances commerciales de la planète est récité avec un bel ensemble: Doha ne peut répéter l’échec de Seattle et un accord doperait l’économie mondiale, qui en a bien besoin.

Selon la Banque mondiale, les gains pourraient atteindre 830 milliards de dollars d’ici à 2015 dans le domaine des marchandises et 900 milliards de dollars pour les services, tirant 320 millions de personnes de la pauvreté.

Lamy se dit confiant

Le commissaire européen au Commerce extérieur, Pascal Lamy, qui mène la négociation au nom de l’UE, s’est montré optimiste.

« Je suis confiant que nous puissions parvenir à un accord », a-t-il dit devant les représentants des syndicats réunis à Doha.

Un haut responsable américain lui a emboîté le pas.

« Les négociateurs sont déterminés à ne pas être responsables d’un nouvel échec », a-t-il expliqué en saluant la bonne collaboration entre l’Union européenne et les Etats-Unis.

« Nous avons toujours des querelles bilatérales, mais les deux parties savent que le lancement d’un cycle de négociation est essentiel pas seulement pour eux, mais pour l’ensemble du monde », a-t-il déclaré sous le couvert de l’anonymat.

Il serait donc logique que Doha débouche sur un programme de négociation visant à réduire les droits de douanes et les subventions agricoles, voire sur des règles sociales, environnementales ou de protection des investissements.

Pourtant, les conflits restent les mêmes qu’il y a deux ans.

Le groupe de Cairns, association de pays qui regroupe notamment le Brésil, l’Argentine et l’Australie, exige que la déclaration de Doha évoque bien la suppression des subventions à ce secteur, ce que refuse totalement l’Union européenne.

Un haut responsable américain a répété jeudi soir à Doha que la réduction des subventions agricoles était aussi le principal objectif des Etats-Unis dans cette négociation.

Ils ne sont pas preneurs d’un cycle large de négociation défendu par l’UE pour réguler une mondialisation souvent mal perçue par les opinions publiques, surtout en Europe.

Mais Washington se cabre dès que l’Union européenne évoque son exigence d’un véritable « principe de précaution » qui lui permettrait d’exiger l’étiquetage des aliments contenant des Organismes génétiquement modifiés (OGM).

Le principal danger est le mécontentement des pays en développement, les trois quarts des membres de l’OMC, qui estiment que le projet de déclaration de Doha reflète les intérêts des pays développés tout en ignorant les préoccupations des pays en développement et des moins développés.

Les pays pauvres, qui éprouvent déjà les pires difficultés à appliquer les engagements de réduction des droits de douanes pris lors du dernier cycle de libéralisation achevé en 1995, ne veulent pas abaisser plus encore des barrières protectrices.

Ils veulent surtout obtenir des médicaments bon marché pour lutter contre les pandémies comme le sida ou la malaria, si besoin en passant outre aux brevets qui protègent les entreprises pharmaceutiques, ce dont ne veulent pas la plupart des pays industrialisés, Etats-Unis et Suisse en tête.

Source : Reuters

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