Polémiques autour du rapport sur les farines animales

Paris (France), 18 mai 2001 – La gestion du dossier des farines animales suscite, en France, une vive controverse entre des sénateurs et plusieurs ministres de l’Agriculture concernés par les critiques de la Commission d’enquête sénatoriale.

Dans un rapport publié jeudi sur les farines animales et leurs conséquences sur la santé humaine, cette Commission composée de sénateurs accuse notamment les pouvoirs publics d’avoir subordonné la santé aux intérêts économiques.

Elle critique les mesures « manifestement tardives » du gouvernement français de 1994 à 2000, ses « atermoiements incompréhensibles » et met particulièrement en cause les services du ministère de l’Agriculture depuis 1989.

Pour Jean Glavany, ce rapport est une pratique purement « politicienne ». « Quand on fait de la politique politicienne, on s’expose, comme ces sénateurs de droite, au discrédit. C’est dommage sur un sujet aussi grave », déclare-t-il dans une interview au Monde daté du 19 mai.

« Dire qu’en 1999 » le ministère de l’Agriculture « s’opposait à l’interdiction des farines animales est une contre- vérité », ajoute-t-il.

Jean Glavany, qui souligne que les sénateurs communistes et socialistes membres de la commission d’enquête n’ont pas voté ce texte, laisse entendre que leurs collègues de droite ont manqué de sérieux et d’objectivité.

Un membre de la Commission, Gérard Dériot, a précisé jeudi à la chaîne parlementaire que les sénateurs « n’avaient jamais critiqué les ministres » et qu’une partie de la presse avait extrapolé.

Le rapport souligne en effet qu’au vu des positions prises par les différents gouvernements, « le seul tort de la France a été d’avoir raison trop tôt ».

Philippe Vasseur, ministre de l’Agriculture d’Alain Juppé, de mai 1995 à juin 1997, s’est dit « surpris de la tonalité » du rapport.

« Dans la gestion de cette crise (…), je trouve que Jean Glavany et son gouvernement ont bien fait leur travail », a dit vendredi sur RTL l’ancien ministre de droite, estimant que les « failles européennes sont les plus importantes ».

« Depuis toujours et même en ce qui concerne le gouvernement actuel, la France a été en avance dans la gestion de la crise de la vache folle » ajoute-t-il.

Le rapport sénatorial reconnaît d’ailleurs que « les positions prises par les différents gouvernements (français) qui se sont succédé ont, de manière générale, anticipé les décisions prises au niveau communautaire ».

Henri Nallet, ministre de l’Agriculture dans le gouvernement de Michel Rocard, de 1988 à 1990, a pour sa part estimé que Jean Glavany avait été « l’un des plus courageux sur ce sujet ».

« Ils (les sénateurs) ont fait une petite opération politique dont le but est uniquement de montrer que le gouvernement de Lionel Jospin n’a pas fait ce qu’il fallait faire », a-t-il déclaré vendredi sur France Inter.

Se défendant des accusations selon lesquelles ses services ont tardé à interdire l’utilisation totale des farines animales, Jean Glavany répond qu’il a été « le premier ministre de l’Agriculture en France et en Europe à dire – c’était au début de 1999 – qu’il fallait interdire les farines animales ».

« Je n’ai jamais changé d’avis, moi, à l’inverse de certains auxquels vous faites référence », ajoute-t-il, allusion à une intervention télévisée du président Jacques Chirac en novembre 2000, exigeant l’interdiction des farines animales.

Reprise en exergue dans le rapport, cette déclaration du chef de l’Etat plaidait pour la suppression totale des farines animales. « Dans cette affaire, aucun impératif ne peut être placé plus haut que l’exigence de la santé publique. Aucune autre considération ne saurait inspirer les pouvoirs publics. (…) Nous devons sans retard interdire les farines animales », avait-il alors déclaré.

Quelques semaines plus tard, la Commission européenne suspendait pour une durée de six mois l’utilisation totale des farines de viande dans l’Union. Cette mesure a récemment été étendue jusqu’en janvier 2002.

Jean Glavany précise qu’il demandera la semaine prochaine à Bruxelles d’abaisser de 30 à 24 mois l’âge des animaux à tester.

« Si je ne suis pas entendu, la France agira seule. Ce ne sera pas la première fois », dit-il.

Jeudi, le ministre de l’Agriculture avait déjà dénoncé les « amalgames absolument éhontés » du rapport, ses « constructions intellectuelles et théoriques totalement artificielles ».

Dans un communiqué commun avec son collègue de la Santé, Bernard Kouchner et de la Consommation, François Patriat, il a défendu jeudi l’action du gouvernement dans la crise de la vache folle.

« La gravité du sujet ne saurait laisser prise à une quelconque polémique partisane », ont-ils notamment déclaré.

Selon le Figaro, des députés, qui ont créé une commission d’enquête similaire à celle du Sénat, devraient aboutir dans les jours prochains aux mêmes conclusions que les sénateurs.

Le nouveau président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, qui remplace depuis jeudi Luc Guyau, s’est contenté de dire que les agriculteurs étaient les principales « victimes » de cette crise.

Il a néanmoins estimé que les paysans auraient dû « se montrer plus exigeants sur la surveillance de l’étiquetage des aliments donnés aux animaux tout comme sur les efforts de traçabilité dans nos élevages ».

Source : Reuters

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