Publication d’un rapport sur l’ESB rédigé par l’équipe internationale

Berne (Suisse), 26 juin 2003 – L’équipe était composée du professeur U. Kihm (Suisse), du professeur W. Hueston (États-Unis) et du Dr D. Heim (Suisse) qui se sont réunis à Ottawa, les 7, 8 et 9 juin 2003. Le Dr S. MacDiarmid, de Nouvelle-Zélande, a fourni une rétroaction supplémentaire par téléphone et par courriel.

On a présenté aux membres un survol de l’enquête épidémiologique, des mesures prises à ce jour et de l’envergure des options et mesures envisagées pour adapter les politiques canadiennes à la nouvelle réalité qui existe au Canada et dans le contexte plus étendu de l’Amérique du Nord.

L’équipe désire affirmer sans le moindre doute que les autorités canadiennes ont fait preuve de transparence envers ses membres, la collectivité internationale et la population, et qu’elles ont divulgué tous les renseignements recueillis et autorisé l’accès sans restriction au personnel. La façon dont le Canada a communiqué l’information devrait servir de modèle.

État d’avancement de l’enquête à ce jour
L’équipe est très impressionnée par la vaste portée, le niveau d’analyse et la rigueur de l’enquête menée à ce jour. En effet, dans un laps de temps très court, les experts canadiens ont recueilli et évalué un volume de données supérieur à celui recueilli dans la plupart des pays touchés par l’ESB. Ce fait témoigne de la compétence, de la capacité et de la diligence des autorités canadiennes.

L’enquête a permis de se pencher sur les circonstances entourant le cas de référence de l’ESB et les facteurs macroépidémiologiques de risques qui ont contribué à l’expression et au dépistage du premier cas indigène d’ESB en Amérique du Nord.

Il faut souligner que les mesures déjà mises en oeuvre ont atteint les résultats ciblés. La détection de l’animal positif d’une manière qui a permis d’empêcher qu’il ne se retrouve sur la chaîne alimentaire des humains en fait foi. De surcroît, les diverses mesures de gestion du risque mises en oeuvre par le Canada au fil des ans ont réduit les risques de propagation et d’amplification de la maladie.

L’équipe se réjouit de l’examen proactif des caractéristiques sectorielles (industrie de l’équarrissage, formulation des aliments du bétail, pratiques d’alimentation et d’élevage aux exploitations agricoles et activités de surveillance) qui est essentiel à une bonne compréhension de l’interdépendance complexe entre les facteurs associés à la maladie. Les responsables de la réglementation, la profession vétérinaire et les industries de l’élevage du Canada ont tiré des connaissances démontrables des expériences d’autres pays qui ont été touchés par l’ESB et ont su les mettre à profit.

Mesures découlant de l’enquête
Les experts canadiens ont compilé des données épidémiologiques qui appuient la probabilité que l’expression de l’ESB chez l’animal de référence ait été associée à l’exposition à du matériel infectieux par l’intermédiaire du système d’alimentation, à une quelconque étape au début de la vie de l’animal.

Il est possible qu’avant la prise d’effet de l’interdiction frappant les aliments du bétail en 1997, le régime alimentaire des animaux du troupeau d’origine ait contenu de la farine de viande et d’os de ruminants sans qu’il y ait eu infraction à la loi. On ne peut déterminer si la farine de viande et d’os contaminée avait été importée ou était d’origine canadienne. On ne peut non plus écarter la possibilité que d’autres bovins aient été antérieurement exposés à des aliments du bétail contaminés. Étant donné la possibilité que des produits soient issus de la vache positive et que le cheptel canadien renferme d’autres bovins infectés ayant atteint les étapes tardives de l’incubation, il appert que l’adoption de mesures additionnelles de réduction ou d’élimination de l’exposition future est justifiée.

Compte tenu de l’expérience collective d’autres pays, on peut raisonnablement affirmer qu’il faut apporter des ajustements sans tarder afin de gérer la possibilité que d’autres animaux aient été exposés à la maladie et soient en période d’incubation.

Un facteur qui a eu une incidence marquée sur l’envergure de l’enquête et l’abattage subséquent d’un grand nombre d’animaux a été les restrictions associées à l’absence d’un programme d’identification obligatoire du bétail avant 2001. Dans cette optique, on a dû utiliser toutes les méthodes scientifiques et outils d’enquête disponibles à vaste échelle, afin de tenter de contrebalancer l’absence de système de traçabilité sur une période de sept ans.

Étant donné la qualité et l’étendue des renseignements recueillis à ce jour, l’équipe juge qu’il est opportun de mettre fin à l’enquête et aux activités d’abattage et de réorienter les travaux vers des ajustements des politiques à court et à moyen termes, dans le but de faire face à la nouvelle dynamique qui prévaut en Amérique du Nord.

L’enquête ciblant les aliments du bétail et les cohortes qui auraient pu être exposées à la maladie, ainsi que le sort de la farine de viande et d’os issue de la vache de référence, ne devrait pas révéler d’autres données d’intérêt ni contribuer de manière sensible à la protection de la santé publique et animale. Par conséquent, il faudrait y mettre fin.

Les enquêtes ont clairement montré la possibilité d’exposition antérieure et le besoin de traiter les risques que pose l’ESB pour le cheptel canadien et au-delà.

L’équipe d’examen a constaté que l’intervention initiale était conforme aux pratiques vétérinaires établies de lutte contre les maladies contagieuses. Toutefois, comme tous s’entendent pour dire que l’ESB n’est pas une maladie contagieuse, il serait bon de réévaluer cette démarche et d’exécuter et de contrôler à l’échelle nationale des mesures de prévention de l’exposition par l’intermédiaire d’aliments du bétail contaminés.

Mesures stratégiques futures
Les mesures stratégiques que le Canada envisage doivent cibler les objectifs suivants :

  • atténuer les risques en matière de santé publique afin de protéger les consommateurs;
  • restreindre davantage le recyclage et l’amplification de l’agent étiologique;
  • établir des points de repère pour évaluer l’efficacité des mesures grâce à la surveillance;
  • empêcher l’introduction par mégarde de l’ESB en provenance d’outre-mer dans l’avenir;
  • contribuer à la prévention de la propagation de l’épizootie à l’échelle mondiale.

Pour réaliser ces objectifs, il est essentiel de pouvoir compter sur un régime de barrières complémentaires et la mise en oeuvre de toutes les mesures à l’échelle nationale, si nécessaire.

L’État ne peut espérer réaliser seul ces objectifs. Pour ce faire, il doit pouvoir compter sur un engagement et des actions concertées de la part des gouvernements étrangers et provinciaux, des producteurs, des consommateurs, de l’industrie et des vétérinaires. L’étendue de la coordination et de la collaboration est primordiale.

L’équipe recommande d’accorder la première priorité à l’adoption des mesures suivantes. D’autres mesures pourraient être entérinées à une date ultérieure et l’équipe recommande de réévaluer les activités périodiquement. Des modifications de certaines de ces mesures pourraient s’avérer opportunes, selon l’évolution de la situation de l’ESB au Canada et dans l’ensemble de l’Amérique du Nord.

Interdiction de matériels à risques spécifiés (MRS)
L’interdiction des MRS est la mesure la plus déterminante et utile pour la protection de la santé publique et la salubrité des aliments; l’équipe d’examen lui a donné son aval d’emblée. Une telle interdiction atténuerait également les risques associés au pouvoir infectieux des aliments du bétail.

Il faudrait élaborer sans tarder un plan de retrait, de collecte et de destruction sans risque des MRS. Il faudrait mettre en oeuvre des mesures visant à garantir l’absence de MRS dans les aliments du bétail et des humains, en vérifier la conformité et prendre des mesures pour garantir leur application.

La liste des matériels jugés être des MRS et l’âge des animaux ciblés doivent se fonder sur des données scientifiques, de manière à ce que le matériel qui pourrait être infesté ne se retrouve pas sur les chaînes des aliments des animaux ni des humains. La liste des MRS doit se fonder sur des connaissances tirées des vastes études chez les bovins qui ont montré que le pouvoir infectieux de l’ESB pouvait être présent dans le cerveau, la moelle épinière, les ganglions trigéminaux ou de Gasser, les ganglions de la racine dorsale, l’iléon terminal, les yeux et les amygdales. De surcroît, l’âge des bovins visés par l’interdiction devrait s’appuyer sur une assise scientifique; il faut également tenir compte des aspects pratiques de la mise en oeuvre. La mise en oeuvre complète et en temps opportun de cette mesure à l’échelle nationale devrait être prioritaire. Son adoption aura une grande incidence sur la portée relative d’autres mesures.

Il serait nécessaire d’évaluer des mesures additionnelles visant à éviter la contamination par des MRS au moment de l’abattage et de la transformation (p. ex., des techniques d’étourdissement).

Technique avancée de récupération de la viande/viande séparée mécaniquement
En ce qui concerne la technique avancée de récupération de la viande (AMR) et la technique de la viande séparée mécaniquement (VSM), il faut utiliser des mesures de contrôle qui permettront d’éviter l’incorporation de matériel brut qui pourrait contenir des tissus infectieux (crâne, colonne vertébrale).

Contrôle de l’interdiction des MRS ainsi que des techniques ARM et VSM
Il faudrait prévoir des programmes d’échantillonnage et d’épreuves afin de faire en sorte qu’aucun tissu nerveux central ne se retrouve dans des aliments des humains, surtout ceux obtenus par les techniques AMR ou VSM. Ces programmes devraient prévoir un volet « épreuve et retenue » et la destruction de tout produit contaminé, afin d’empêcher qu’il ne soit utilisé dans les chaînes alimentaires des humains ou des animaux.

Surveillance
Des modifications des démarches relatives à la surveillance sont justifiées dans ce nouvel environnement, en vue de déterminer la prévalence actuelle et d’évaluer l’efficacité future des mesures exécutées.

L’équipe d’examen appuie la proposition visant à intensifier le programme de surveillance ciblée à l’échelle nationale. Ce programme devrait être axé sur les populations d’animaux mourants ou morts, les bovins montrant des signes cliniques compatibles avec l’ESB et les bovins couchés, lesquels animaux présentent les plus grands risques. Idéalement, il serait bon de tester tous les bovins de ces populations à risques élevés. L’équipe recommande de prendre d’autres mesures pour faire en sorte que les bovins présentant un risque élevé ne se retrouvent pas dans la chaîne alimentaire des humains en empruntant d’autres voies.

De surcroît, et conformément aux enquêtes réalisées par les experts canadiens, on a établi des groupes de risques géographiques et temporels particuliers au sein du cheptel canadien. L’équipe favorise également l’exécution d’activités ciblées de surveillance qui engloberaient la cohorte d’animaux ainsi cernée.

Restrictions frappant les aliments du bétail
L’équipe d’examen appuie fortement l’exclusion de matériels à risques spécifiés de la chaîne des aliments du bétail, afin de réduire le pouvoir infectieux de la farine de viande et d’os. Il faut toutefois prendre en compte la difficulté que comporte la distinction entre la farine de viande et d’os issue de ruminants et celle issue d’autres mammifères et de la volaille. Il faudrait éviter d’ajouter toute farine de viande et d’os issue de ruminants au régime alimentaire des ruminants et éliminer toute possibilité de contamination croisée. Il faudrait également évaluer si l’interdiction de donner de la farine de viande et d’os de mammifères à des ruminants ou d’autres mesures précises peuvent garantir une telle situation.

Afin d’atténuer les risques aux exploitations agricoles où l’on élève plusieurs espèces, il faudrait adopter un système qui évite la possibilité que des aliments contenant de la farine de viande et d’os de ruminants soient donnés par mégarde à différentes espèces. Comme un tel système serait assujetti à des vérifications étroites de la conformité, l’incidence sur les ressources requises pour mener ce travail à bien pourrait être telle que l’interdiction serait plus pratique.

Systèmes d’identification, de préservation de l’identité et de traçabilité
L’enquête actuelle fait ressortir le besoin de maintenir l’investissement dans le système d’identification du bétail lancé il y a 3 ans, ainsi que d’améliorer et d’élargir ce système.

Politiques relatives à l’importation
Les politiques relatives à l’importation devraient faire l’objet d’un examen continu visant à traiter les risques constants à l’échelle mondiale et à faire en sorte que les produits entrant au pays respectent intégralement les mêmes normes rigoureuses en matière de protection de la santé que celles prescrites au Canada. Les mesures de contrôle des importations doivent être suffisamment rigoureuses pour éviter l’introduction de pouvoir infectieux additionnel, au sein de la filière des aliments des animaux, à l’aide de mesures de contrôle supplémentaires dans le pays d’origine et subséquemment à l’entrée (p. ex., analyse de la farine de poisson et de volaille pour détecter la contamination possible ou l’ajout de farine de viande et d’os de mammifères).

Exportation
Les politiques et règlements régissant les exportations devraient être réévaluées afin d’offrir des garanties raisonnables montrant que l’ESB ne s’est pas propagée davantage.

Sensibilisation
La sensibilisation à la maladie chez les producteurs, les vétérinaires et le personnel des industries de l’alimentation du bétail et de l’abattage ainsi que les autres industries connexes est essentielle. Elle favorise en effet l’efficacité de la mise en oeuvre et la conformité aux exigences à l’importation, aux restrictions frappant les aliments du bétail et au contrôle et à la surveillance des MRS, ainsi que la protection de la filière des aliments des animaux et des humains. Les universités doivent assumer la responsabilité toute particulière de faire valoir l’importance des données clés sur le diagnostic et la prévention de l’ESB, ainsi que les mesures de lutte contre la maladie.

Communication du risque
Les autorités canadiennes devraient maintenir leur excellente pratique de faire participer les parties intéressées à la détermination des facteurs de risques, à l’évaluation des risques et aux discussions sur les démarches les plus pertinentes de gestion des risques. Il est tout aussi important de maintenir la collaboration étroite avec les autorités de santé publique afin de replacer les risques inhérents dans leur contexte. Il est nécessaire de déployer des efforts pour sensibiliser l’ensemble des consommateurs à la nature de la maladie et à l’innocuité de la viande musculaire qu’ils consomment, afin de dissiper les idées fausses qui ont été associées à la maladie par le passé.

Enquêtes sur les cas futurs
Le premier cas d’ESB au Canada a fait l’objet d’une enquête approfondie et mené à la collecte de nombreuses données. L’expérience des autres pays touchés par l’ESB montre que les enquêtes futures n’ont pas besoin d’être aussi étendues, parce que les renseignements additionnels que l’on peut alors obtenir sont limités.

Politique en matière d’abattage du bétail
Comme l’ESB n’est pas une maladie contagieuse, les décisions relatives à l’abattage peuvent être reportées après la clôture de l’enquête épidémiologique, pourvu que l’entrée des animaux dans la chaîne alimentaire des humains ait été temporairement interdite.

L’équipe recommande l’adoption d’une politique d’élimination conforme aux recommandations s’inspirant du chapitre sur l’ESB récemment publié dans le Code zoosanitaire de l’Office international des épizooties. Cette politique recommande l’abattage dans les cas suivants :

  • les descendants (des femelles touchées) nés dans les deux ans précédant l’apparition des symptômes cliniques de la maladie ou, s’ils sont encore vivants, après l’apparition des symptômes;
  • tous les bovins qui, au cours de leur première année, ont été élevés en compagnie de l’animal touché pendant la première année suivant sa naissance, et qui, selon l’enquête, ont consommé le même aliment potentiellement contaminé pendant cette période;
  • lorsque les résultats d’une enquête ne sont pas concluants, tous les bovins nés dans le même troupeau que l’animal touché et dans les 12 mois de sa naissance.

Mesures d’application de la réglementation (contrôle de la mise en oeuvre)
Toutes les mesures mises en oeuvre dans la foulée des modifications des politiques devraient comporter des indicateurs de rendement non ambigus et bien compris et s’appuyer sur des activités poussées de respect de la conformité et de vérification. De telles activités de respect de la conformité devraient dépasser la simple vérification des documents et comporter des vérifications opérationnelles ponctuelles ainsi que des analyses en laboratoire, s’il y a lieu. Les mesures de contrôle provinciales devraient être supervisées par une organisation centrale afin de garantir l’harmonisation de la démarche.

Il est également primordial que toutes les mesures ciblent d’emblée tout le pays et que la mise en oeuvre s’aligne sur une norme commune à toutes les compétences territoriales.

Infrastructure
Une bonne infrastructure vétérinaire, et notamment des laboratoires de diagnostic, est essentielle aux enquêtes sur la maladie, au bon fonctionnement des systèmes de surveillance, aux analyses épidémiologiques et à l’étude des politiques envisagées. Les interventions du Canada à la suite du dépistage d’un cas d’ESB ont nécessité la réorientation d’une vaste portion de sa capacité nationale. Il faudra améliorer l’infrastructure pour appuyer les interventions dans le dossier de l’ESB, tout en soutenant les autres priorités zoosanitaires nationales.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA)
http://www.cfia-acia.agr.ca/

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