Rapport sur les marchés du grain dans le monde

8 août 2001 – Dwayne Lee est analyste des marchés du grain pour la CCB; il se penche sur les questions de la production, de l’offre et de la demande et pronostique les effets de ces facteurs sur les prix de l’orge et du blé sur la prochaine campagne.

Blé

Les prix du blé dans le monde devraient augmenter en 2001-02 dans la mesure où les stocks de blé dans le monde, surtout aux États Unis, au Canada et en Europe se réduisent considérablement sur le corus de la prochaine campagne.

Le ministère américain de l’agriculture (‘USDA’) envisage une chute du volume des stocks de blé dans le monde de 24,7 millions detonnes pour se situer aux environs de 133 millions de tonnes (MT) d’ici la fin de la campagne 2001-02, la consommation étant supérieure à la production pour la troisième année consécutive. Compte tenu d’une augmentation de 4 MT la consommation globale qui devrait par conséquent se situer aux alentours de 592,6 MT en 2001-02, le rapport entre les stocks et la consommation devrait chuter à 22,4% en 2001-02 – soit son niveau le plus bas depuis 1972-73..

Selon les estimations de l’USDA, le volume des échanges de blé dans le monde devrait se situer à 107,3 MT cette année, contre 103 MT en 2000-01. En effet, une forte hausse de la demande est attendue des pays de l’Asie Pacifique: Chine, Pakistan, Corée du Sud, Philippines et Indonésie. Toutefois cette demande devrait équilibrer la chute de la demande en provenance d’Afrique du Nord, des pays d’Europe de l’Est et de l’ex-Union Soviétique. Si ce volume d’échanges à 107,4 MT devait être atteint, il se situerait à la deuxième place en volume depuis 1992-93 et au quatrième rang en termes absolus.

La production mondiale de blé devrait baisser de 10,7MT pour se situer à 567,8MT en 2001-02. C’est la quatrième année consécutive que baisse la production. Par rapport aux chiffres à la production de l’an passé, le volume produit dans les principaux pays exportateurs de blé comme les États Unis, le Canada, l’Union Européenne, l’Australie ou l’Argentine devrait baisser de 15,5MT en 2001-02. Toutefois, la production de blé par les exportateurs dits secondaires: Europe de l’Est, Russie, Kazakhstan, Ukraine, Turquie, Inde et Mexique devrait augmenter en tout de 6,3 MT. Quant à la production sur l’ensemble des autres pays importateurs, elle devrait baisser de 1,5 MT en 2001-02.

Les prix du blé sont tombés à des planchers historiquement bas ces dernières années, principalement à cause des importantes réserves détenues par les principaux pays exportateurs. Selon l’USDA, les stocks de blé en 2001-02 que détiendraient les cinq principaux pays exportateurs devraient baisser de 9,4 MT, soit 18%. Si cette réduction des stocks pourrait avoir pour effet de soutenir les prix, il ne faut pas oublier que le seuil des 43,1 MT de reports de stocks sur 2001-02 constitue un seuil toujours très appréciable si on le compare aux 28,3 MT que détenaient les cinq principaux pays exportateurs en 1995-96.

L’essentiel de cette diminution des stocks devrait provenir des États Unis. L’USDA estime en effet que les surfaces emblavées en blé en 2001 sont au plus bas depuis 1972. La production américaine est estimée aux alentours de 53,7 MT – soit une baisse par rapport aux 60,5 MT en 2000. La production de blé HRS en 2001 devrait être de 5% inférieure à ce qu’elle était l’année précédente. Par rapport à 2000-01, le volume des exportations américaines devrait se situer aux alentours de 28,6 MT – soit une baisse de 400 000 tonnes, ou 1,4%. Les reports de stocks de blé américain devraient chuter de 30% – de 23,7 MT en 2000-01 à 16,6 MT d’ici la fin 2001-02 – soit le taux le plus bas depuis 1996-97.

Bien que la baisse considérable des stocks de blé américain soit un facteur positif pour l’évolution des prix l’an prochain, les réserves toujours importantes de maïs aux États Unis vont se révéler un handicap pour les blés de moindre qualité, dont la hausse risque d’être moins prononcée. Une production quasi record en 2000-01 et un rythme au ralenti des exportations de maïs américain en raison notamment des inquiétudes que cause chez les consommateurs la présence du gène StarLink et de disponibilités immédiates d’autres origines ont causé une augmentation formidable des stocks de maïs aux États Unis en 2000-01. En outre, les bonnes conditions de croissance jusqu’à présent dans la Corn Belt américaine laissent prévoir une bonne récolte et ont diminué les risques d’une chute de la production.

Dans son rapport du 30 juillet, Agriculture canada prévoit une baisse de la production de blé au Canada de 5 MT par rapport à 2000-01, soit un niveau de 21,8 MT. Les pluies récentes qui ont quelque peu soulagé l’ouest des prairies menacées par la sécheresse ont stabilisé les rendements mais sont venues trop tard pour la plupart. Dans le même temps, les abondantes pluies qui sont tombées au Manitoba ont causé du tort aux cultures en développement et accru les risques de maladies.

L’USDA estime que la production de blé par l’Union Européenne va passer de 105 MT en 2000 à 96 MT en 2001. les stocks de blé en union Européenne devraient baisser de 1,3 MT fin 2001-02 pour se situer aux environs de 14,8 MT. En 2001-02, les exportations de blé européen devraient atteindre 14 MT, soit 1 MT de moins qu’en 2000-01.

L’Australie et l’Argentine continuent de maintenir des seuils historiquement élevés d’emblavures et de production de blé. Pour le moment, l’USDA estime que la production de blé en Australie en 2001 devrait atteindre 21,5 MT – soit 400 000 tonnes de plus que l’an passé. Les risques de sécheresse sur le queensland et sur l’Australie occidnetale se sont quelque peu évanouis, mais il faudrait encore de nombreuses pluies sur l’ensemble des régions à blé d’Australie compte tenu des maigres réserves en eau des sous-sols. L’USDA estime que la production de blé en Argentine en 2001 augmentera de 1,5 MT par rapport à l’an 2000 pour atteindre 18 MT , alors que le volume des exportations devrait passer de 11,5 MT l’an dernier à 13 MT cette année.

Les exportateurs secondaires devraient jouer un rôle plus important dans le cadre des échanges de blé dans le monde puisque le volume total de leurs exportations devrait passer de 14,7 MT à 17,2 MT en 2001-02. Malgré une baisse sensible de la production en 2001, le gouvernement indien a indiqué la nécessité de réduire les stocks excédentaires, ce qui devrait rendre ce pays encore plus significatif sur le marché des exportations en 2001-02. Sauf l’Inde, la Turquie et le Pakistan, la plupartd es exportateurs secondaires – l’Ukraine surtout et d’autres pays d’Europe de l’Est – enregistrent une hausse de la production cette année. Étant donné qu’une portion seulement de cette production est consommée domestiquement, la compétition de ces pays sur le marché des exportations devrait se renforcer en 2001-02- surtout sur les marchés de blés de qualité inférieure.

Blé dur

Selon les études du International Grains Council (IGC), la production de blé dur dans le monde devrait baisser de 1,4 MT à 32,7 MT par rapport à 2000-01. Une production mojndre en Amérique du Nord et en Europe sera partiellement compensée par une légère augmentation de la production en Syrie, en Australie et en Afrique du Nord en 2001. Les réserves globales de blé dur devraient diminuer légèrement en 2001-02, tandis que les stocks de blé dur dans le monde devraient passer de 4,7 MT en 2000-01 à 3,4 MT en 2001-02.

Le volume des importations globales de blé dur dans le monde devrait, selon l’IGC, légèrement fléchir – de 6,8 MT l’an dernier à 6,7 MT en 2001-02. L’esssentiel de ce fléchissement en provenance d’Afrique du nord devrait être compensé par une croissance de la demande européenne, les surfaces en blé dur en Europe étant moins importantes cette année.

Dans l’Ouest canadien, les perspectives d’un déclin substantiel par rapport aux autres cultures et l’accumulation des stocks en ferme a entraîné une diminution des emblavures de 18% – soit 5,54 millions d’acres en tout. Ces emblavures réduites et le temps chaud et sec qu’a connu l’essentiel de l’Ouest canadien producteur de blé dur, ont fortement réduit la production. Dans son rapport de juillet, Agriculture Canada estime que la production de blé dur de l’Ouest canadien devrait passer de 5,6 MT l’an dernier à 3,8 MT en 2001-02. Ces prévisions devraient encore fléchir compte tenu de la sécheresse persistante dans nombre de régions de la Saskatchewan et de l’Alberta. La teneur en protéine et la gradation des récoltes – facteurs déterminants de l’échelle des prix – dépendront largement des conditions météo d’ici la récolte.

Une qualité médiocre du blé dur ces deux dernières années et la suspension ce printemps du programme de revenu garanti ont entrainé une diminution de 19% des emblavures de blé dur aux Etats Unis – soit 2,95 millions d’acres. Mais cette production américaine ne devrait diminuer que d’environ 300 000 tonnes pour atteindre 2,7 MT en raison de rendements plus élevés et des surfaces récoltées en hausse. Pour l’instant les conditions de ces cultures sont plutôt bonnes en raison de niveaux d’humidité suffisants dans les sols même s’il y a bien quelques risques de maladies. Si l’on fait l’hypothèse que la qualité du blé dur américain se remettra de sa piètre qualité l’an dernier, il faut s’attendre à quelque pression sur les prix, notamment en ce qui a trait aux blés durs de grade élevé à teneur élevée en protéine.

Compte tenu de récoltes plus abondantes en Syrie et en Australie cette année, ces deux pays devraient augmenter le volume de leurs exportations de blé dur en 2001-02.

Orge fourragère

Les cours de l’orge fourragère sur les marchés internationaux devraient rester relativement stables et comparables aux cours de 2000-01. De moindres réserves en Europe et aux États Unis et le fait que la demande reste forte devraient soutenir les prix de l’orge fourragère durant l’année à venir. Toutefois, les importantes disponibilités de maïs aux États Unis en 2001-02 devraient mettre un frein à toute augmentation des prix de rgains fourragers.

Selon l’USDA, les stocks d’orge dans le monde devraient diminuer pour la quatrième année consécutive, ce qui entraîne une diminution des reports de stocks, une baisse de la production et une légère augmentation de la consommation. En raison d’une augmentation de la production en Europe de l’E’t, la demande en importations globales devrait diminuer. La production en Afrique du Nord et au Moyen orient a une fois encore été compromise par la sécheresse en fin de saison. Le résultat, c’est que la demande en provenance de ces régions devrait rester forte en 2001-02.

La production d’orge fourragère dans l’Ouest canadien devant être moindre cette année qu’en 2000-01, la forte demande domestique devrait diminuer le volume des disponibilités d’orge fourragère à l’exportation.

La production d’orge au sein de l’Union Européenne devrait passer de 51,2 MT en 2000-01 à 48,7 M alors que le volume d’exportations devrait rester sensiblement le même, à 8 MT. Les reports de stocks en Europe devraient baisser à 9,1 MT en 2001-02 par rapport à 10,5 MT en 2000-01. Compte tenu d’une baisse de 7,5% du prix d’intervention et d’une baisse relative de l’euro par rapport au dollar (malgré un affermissement, l’Union Européenne ne devrait pas autoriser de subventions aux exportations d’orge l’an prochain.

La production d’orge aux États Unis devrait se situer aux alentours de 5,7 MT – son niveau le plus bas depuis 1960. Par conséquent, le volume des exportations d’orge fourragère devrait diminuer cet automne, ce qui contribuera au maintien en 2001-02 des cours à l’exportation à partir du Pacifique Nord Ouest.

En raison d’une augmentation des emblavures, la production d’orge australienne devrait augmenter en 2000-01. Mais, à cause des médiocres réserves en humidité des sols, de nombreuses régions pourront décider de restreindre la production s des pluies ne tombent pas durant la période de croissance.

Orge de brasserie

Les stocks mondiaux d’orge de brasserie devraient rester relativement minces en 2001-02. Les maigres réserves détenues par les principaux exportateurs: Canada, Australie et Union Européenne ainsi que la forte demande l’an prochain devraient assurer à l’orge de brasserie une prime importante par rapport aux cours de l’orge fourragère en 2001-02.

Les conditions de sécheresse persistante dans plusieurs secteurs de la Saskatchewan et de l’Alberta devraient avoir un impact mportant sur la récolte d’orge de brasserie cette année. Par rappirt aux 12,6 MT l’an dernier, la production d’orge de brasserie dans l’Ouest canadien devrait atteindre un plafond de 11 MT en 2001. Même si l’’n se base sur des taux de sélection habituels, les disponibilités d’orge de brassreie à 2 rangs devraient être moins importantes cette année, tout comme les disponibilités d’orge à 6 rangs et ce en raison d’une baisse des emblavures. En raison d’une baisse des emblavures au Dakota du Nord, la production devrait là aussi être moins importante. Compte tenu de la sécheresse au Montana, la demande américaine d’orge de brasserie canadienne devrait rester forte cette année.

Bien que la saison ne soit pas encore très avancée en Australie, ilest possible de prévoir une légère augmentation du volume d’exportations d’orge de brasserie en 2001-02 en raison d’une augmentation des emblavures. Malgré la sécheresse qui sévissait l’an dernier sur l’Australie occidentale, la production d’orge de brasserie dans cette région devrait asugmenter légèrement par rapport à l’an dernier.

En 2001-02, les exportations d’orge de brasserie européenne devraient baisser substantiellement. Même si les perspectives de la récolte se sont quelque peu améliorées ces derniers temps, les orges de printemps plantées enr etard devraient présenter des problèmes de qualité – surtout en France et au Royaume Uni. Mais l’amélioration de la production en Europe de l’Est et en ex Union Soviétique devrait conduire à une baisse de la demande d’orge européenne de ces régions. Ceci est important dans la mesure où c’est la forte demande de ces pays qui contribuait à soutenir les prix de l’orge de brasserie en absorbant une proportion importante des surplus à l’exportation de l’Union Européenne.

L’importation de Chine et d’Amérique latine devrait rester forte cette année, tout comme la demande américaine d’orge de brasserie canadienne. De la même façon la demande devrait rester forte parmi les principaux importateurs: Afrique du Sud, Taiwan et Corée du Sud. Quant à l’Europe de l’Est et à l’ex Union Soviétique, elles devraient voir le volume de leurs importations diminuer cette année et revenir à des niveaux plus habituels.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Commission canadienne du blé

http://www.cwb.ca/

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