Recettes monétaires agricoles en 2003

Ottawa (Ontario), 25 février 2004 – Les recettes monétaires agricoles sont tombées à leur plus bas niveau en trois ans en 2003. Les recettes des cultures se sont effondrées à leur plus bas niveau en trois ans et les retombées de la maladie de la vache folle ont réduit considérablement les recettes des éleveurs de bovins. Le niveau record des paiements de programme a atténué la baisse mais n’a pas suffi à faire contrepoids aux diminutions.

Dans l’ensemble, les recettes monétaires totales des agriculteurs ont atteint 34,2 milliards de dollars, en baisse de 5,0 % par rapport à 2002. Il s’agit du plus bas niveau observé depuis 2000, bien qu’il se situe tout juste au-dessus de la moyenne quinquennale précédente, soit de 1998 à 2002.

Les recettes du bétail ont chuté de 11,1 % pour s’établir à 16,2 milliards de dollars, ce qui constitue le plus net recul depuis plus d’une décennie. Les recettes des producteurs de cultures ont reculé de 8,4 % pour se fixer à 13,2 milliards de dollars, ce qui représente leur plus bas niveau depuis 2000. Par ailleurs, les paiements de programme ont crû de 41,6 % pour atteindre un sommet de 4,9 milliards de dollars, dépassant ainsi le sommet précédent de 3,8 milliards de dollars atteint en 1992.

L’effondrement des recettes du bétail s’explique surtout par la chute spectaculaire des recettes bovines après qu’une seule vache du nord de l’Alberta a affiché un résultat positif à un test de dépistage de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). L’interdiction généralisée concernant les bovins et les produits du boeuf qui a suivi a porté un dur coup à l’industrie bovine du Canada. Les exportations de bovins vivants et de boeuf avaient contribué grandement à la croissance du secteur depuis plusieurs années.

Les recettes monétaires agricoles constituent une mesure globale des recettes brutes des exploitations agricoles. Elles ne tiennent pas compte des dépenses engagées par les agriculteurs. Les recettes monétaires peuvent varier considérablement d’une exploitation agricole à l’autre en raison de plusieurs facteurs, dont les élevages et les cultures choisis, les prix et les conditions climatiques.

Les effets de la fermeture de la frontière américaine aux bovins et au boeuf canadiens continueront de se faire sentir dans les statistiques financières agricoles de 2004. Les retombées sur les autres secteurs de l’économie, comme la transformation de la viande et le transport, ne sont pas prises en compte ici.

À l’échelon provincial, les recettes monétaires agricoles de l’Alberta ont chuté de 15,6 %. Cette province a affiché le repli le plus marqué, suivi de la Saskatchewan et du Manitoba. Dans chacune des trois provinces des Prairies, l’effondrement des recettes bovines a coïncidé avec la baisse des recettes des cultures. Les agriculteurs du Québec ont affiché la hausse la plus élevée (+8,6 %), qui est attribuable à l’augmentation des recettes des cultures et du bétail et à l’accroissement des paiements de programme.

Les recettes bovines diminuent d’un tiers à la suite de l’interdiction des exportations de boeufsLes recettes bovines ont fléchi de plus d’un tiers en 2003 pour se chiffrer à 4,6 milliards de dollars, les mises en marché et les prix ayant dans les deux cas dégringolé dans la foulée de l’interdiction du 20 mai. Les recettes des exportations internationales de bovins ont baissé de plus de 66 % pour s’établir à 569 millions de dollars. Presque toutes les exportations de bovins étaient destinées aux États-Unis, et ce marché s’est effondré.

En 2002, le marché d’exportation du Canada pour les bovins et le boeuf valait environ 4 milliards de dollars, soit près du double du niveau de 2003, selon l’article La maladie de la vache folle et le commerce du boeuf : une mise à jour, publié le 18 février.

En outre, les recettes des bovins d’abattage ont fléchi de près de 25 % pour s’établir à 3,4 milliards de dollars. Ce fléchissement vient à la suite d’une baisse du nombre de bovins vendus et d’une diminution des prix, qui sont attribuables à la réduction de la demande internationale de produits du boeuf canadien qu’a entraînée l’interdiction. Dans le sillage de cette interdiction, le troupeau bovin canadien a grossi et n’a jamais été aussi important.

Les recettes bovines ont chuté de près de 65 % au troisième trimestre de 2003. Mais, depuis la mi-septembre, le boeuf désossé canadien provenant d’animaux de moins de 30 mois est admis aux États-Unis par voie de permis. Les recettes bovines ont commencé une lente remontée, restant quand même bien en deçà des niveaux normaux. Les bovins et les veaux vivants ne peuvent toujours pas franchir la frontière.

Par ailleurs, les recettes monétaires des producteurs de porcs ont progressé de 3,5 % pour atteindre 3,4 milliards de dollars. Le nombre de porcs vendus à l’étranger en 2003 a crû de plus de 25 %, ce qui a contribué à propulser les mises en marché à des niveaux record, tandis que le prix moyen global est demeuré plutôt stable.

En ce qui concerne les secteurs assujettis à la gestion de l’offre, qui a représenté un peu plus de 40 % des recettes du bétail en 2003, les recettes du lait et de la crème ont poursuivi leur croissance. Les recettes du poulet ont connu une reprise et les recettes des oeufs ont baissé.

Les recettes laitières ont crû de 8,7 % pour atteindre un sommet de 4,5 milliards de dollars, à la suite d’une hausse de prix de la Commission canadienne du lait en février dernier et d’une augmentation des mises en marché.

Les recettes du poulet ont crû de 5,0 % pour atteindre un sommet de 1,5 milliard de dollars en 2003, après avoir connu une régression en 2002. Les mises en marché sont demeurées inchangées, mais les prix ont rebondi en 2003, le marché intérieur ayant connu une offre excédentaire en 2002.

Les recettes des oeufs de consommation et de transformation ont chuté de 1,5 % pour se fixer à 552 millions de dollars en 2003, les prix ayant fléchi légèrement.

Recettes des cultures : les producteurs de blé sont les plus durement touchés
En 2003, les recettes des cultures ont chuté, s’étant établies à 3,3 % en deçà de la moyenne quinquennale précédente, malgré une amélioration des conditions de croissance dans l’Ouest canadien. La production de la plupart des cultures a dépassé les niveaux de 2002. Au cours de la deuxième moitié de 2003 en particulier, l’augmentation des livraisons a été neutralisée par la baisse des prix de la plupart des principales céréales et des principaux oléagineux, ainsi que par la baisse des paiements de la Commission canadienne du blé (CCB).

Les producteurs de blé, à l’exception du blé dur, et les producteurs d’orge ont été les plus durement touchés. Les recettes du blé, sauf le blé dur, ont fléchi de 20,7 %, pour s’établir à 2,0 milliards de dollars, l’augmentation des livraisons n’ayant pas suffi à faire contrepoids à la baisse des paiements de la CCB. Les livraisons ont été plus élevées durant la deuxième moitié de 2003, ce qui a inversé la tendance des six premiers mois.

Les recettes de l’orge ont reculé de près d’un tiers pour se fixer à 367 millions de dollars, résultat d’une réduction des mises en marché, d’une baisse des paiements de la CCB et d’une diminution des prix. Les recettes du blé dur ont reculé de 13,6 % pour s’établir à 680 millions de dollars en raison de la réduction des paiements de la CCB et des prix.

Le moment où la CCB a effectué ses paiements a joué un rôle considérable dans la réduction de ces derniers. Les paiements de rajustement pour la campagne agricole de 2003 ne seront versés qu’en 2004.

Deux sécheresses consécutives dans l’Ouest canadien ont réduit considérablement la production, ce qui a provoqué une baisse importante des stocks de céréales et d’oléagineux à la fin de 2002. Par conséquent, les producteurs n’avaient plus grand-chose à vendre avant les récoltes de 2003.

Les livraisons globales pour les principales céréales et les principaux oléagineux durant la deuxième moitié de 2003 ont été plus élevées que durant la deuxième moitié de 2002. Cependant, les livraisons totales de 2003 sont demeurées inférieures à celles de 2002, particulièrement en Saskatchewan. La baisse des prix d’un grand nombre de ces cultures, conjuguée à une réduction des mises en marché, a contribué au repli des recettes des cultures. Les stocks à la ferme de grains fourragers ont affiché une hausse considérable à la fin de 2003.

Les agriculteurs ont reporté moins de recettes en 2003, à cause des sécheresses consécutives qui ont réduit la production et entraîné une baisse des mises en marché en 2002. Cette différence s’est traduite par un recul de 22,6 % des réalisations, qui se sont établies à 651 millions de dollars. Il s’agit d’un chiffre bien en deçà de la moyenne quinquennale précédente.

Par ailleurs, les recettes des pommes de terre ont fléchi d’un peu plus de 10 % pour se fixer à 848 millions de dollars. Ce niveau annuel n’a été dépassé que par le sommet des recettes atteint en 2002. Une augmentation des recettes des pommes de terre de transformation n’a pas suffi à faire contrepoids à une diminution des ventes de pommes de terre de consommation.

Les recettes des cultures spéciales (graines de l’alpiste des Canaries, pois secs, lentilles, graines de moutarde, graines de tournesol, haricots secs et pois chiches) ont connu un léger recul pour atteindre 843 millions de dollars. Les recettes des pois chiches ont chuté de près de 60 %, les mises en marché ayant fléchi de plus de la moitié à cause de la faiblesse de la production.

D’autre part, les recettes des cultures horticoles, incluant les fruits, les légumes, les produits de floriculture, les produits de pépinière et le gazon, représentent une portion de plus en plus grande du total des recettes des cultures. En général, les recettes des cultures horticoles se sont accrues de plus de 4 % en 2003 pour atteindre près de 4 milliards de dollars, représentant ainsi 30 % du total des recettes des cultures.

Paiements de programme : versements record d’assurance-récolte
Le bond de 41,6 % des paiements de programme en 2003 découle principalement de paiements venant de trois types distincts de programmes. Il s’agit du Fonds de transition 2003, des programmes d’aide visant à faire contrepoids aux répercussions de l’interdiction consécutive à l’ESB et du programme d’assurance-récolte.

Les agriculteurs canadiens ont tiré plus de 1,0 milliard de dollars du Fonds de transition 2003 et des programmes liés à l’ESB. (Le Fonds de transition vise à aider le secteur de l’agriculture pendant la période de transition au nouveau Cadre stratégique pour l’agriculture.)

Les paiements d’assurance-récolte ont fait un bond qui les a portés à un niveau record de 1,8 milliard de dollars. Il s’agit de 311 millions de dollars de plus que le sommet atteint en 2002, et de plus du double de la moyenne quinquennale précédente. Cette augmentation est attribuable à la fois aux mauvaises conditions de croissance en 2002 et à l’accroissement des superficies assurées.

Les paiements bruts en vertu des programmes provinciaux de stabilisation ont connu une explosion qui les a portés à 711 millions de dollars, en hausse de 79,5 %. Le gros de cette augmentation peut être attribuable aux paiements supplémentaires versés aux producteurs de bovins, de porcs, de maïs et de soya à la suite de l’affaiblissement des prix.

Les retraits du Compte de stabilisation du revenu net (CSRN) ont poursuivi leur progression, atteignant 723 millions de dollars, en hausse de 107 millions de dollars par rapport au sommet de 2002. Les paiements en vertu des programmes d’aide en cas de catastrophe liée au revenu ont atteint 440 millions de dollars, en hausse de 13,7 %.

Recettes monétaires agricoles
  Janvier à décembre 2002 Janvier à décembre 2003p Janvier-décembre 2002 à janvier-décembre 2003 Octobre à décembre 2002 Octobre à décembre 2003p Octobre-décembre 2002 à octobre-décembre 2003
  en millions de dollars var. en % en millions de dollars var. en %
Canada 36 029 34 228 -5,0 10 403 9 515 -8,5
Tout le blé1 3 250 2 633 -19,0 1 035 595 -42,5
   Blé, sauf le blé dur1
2 463 1 953 -20,7 742 370 -50,1
   Blé dur1
787 680 -13,6 292 225 -22,9
Orge1 546 367 -32,8 149 135 -9,4
Recettes différées -638 -663 3,9 -352 -376 6,8
Réalisation des recettes différées 841 651 -22,6 22 33 50,0
Canola 1 750 1 751 0,1 622 681 9,5
Soya 586 675 15,2 298 331 11,1
Maïs 833 744 -10,7 353 216 -38,8
Autres céréales et oléagineux 553 449 -18,8 213 159 -25,4
Cultures spéciales 846 843 -0,4 303 315 4,0
Autres cultures 5 790 5 703 -1,5 1 603 1 500 -6,4
Total des cultures 14 357 13 154 -8,4 4 246 3 587 -15,5
Bovins et veaux 7 707 5 190 -32,7 2 080 1 332 -36,0
Porcs 3 283 3 398 3,5 770 800 3,9
Produits laitiers 4 135 4 496 8,7 1 068 1 138 6,6
Volaille et oeufs 2 325 2 388 2,7 578 601 4,0
Autre bétail 793 747 -5,8 247 208 -15,8
Total du bétail 18 244 16 219 -11,1 4 743 4 080 -14,0
Compte de stabilisation du revenu net 616 723 17,4 254 184 -27,6
Paiements d’assurance-récolte 1 493 1 804 20,8 689 547 -20,6
Programmes d’aide en cas de désastre lié aux revenus 387 440 13,7 146 161 10,3
Programme provincial de stabilisation 396 711 79,5 59 187 216,9
Subventions aux produits laitiers 9 0 0 0
Autres programmes 529 1 176 122,3 266 770 189,5
Total des paiements 3 429 4 855 41,6 1 414 1 849 30,8
p Données provisoires.
1 Inclut les paiements de la Commission canadienne du blé.
Néant ou zéro.
Nota:  Les chiffres ayant été arrondis, la somme peut ne pas correspondre aux totaux indiqués.

Recettes monétaires agricoles provinciales
  Janvier à décembre 2002 Janvier à décembre 2003p Janvier-décembre 2002 à janvier-décembre 2003 Octobre à décembre 2002 Octobre à décembre 2003p Octobre-décembre 2002 à Octobre-décembre 2003
  en millions de dollars var. en % en millions de dollars var. en %
Canada 36 029 34 228 -5,0 10 403 9 515 -8,5
Terre-Neuve-et-Labrador 80 82 2,5 21 22 4,8
île-du-Prince-Édouard 366 353 -3,6 98 78 -20,4
Nouvelle-Écosse 405 416 2,7 114 116 1,8
Nouveau-Brunswick 422 403 -4,5 109 105 -3,7
Québec 5 547 6 024 8,6 1 454 1 628 12,0
Ontario 8 467 8 311 -1,8 2 501 2 232 -10,8
Manitoba 3 826 3 581 -6,4 1 189 970 -18,4
Saskatchewan 6 356 5 787 -9,0 2 075 1 807 -12,9
Alberta 8 328 7 029 -15,6 2 243 1 926 -14,1
Colombie-Britannique 2 232 2 242 0,4 598 631 5,5
p Données provisoires.
Néant ou zéro.
Nota:  Les chiffres ayant été arrondis, la somme peut ne pas correspondre aux totaux indiqués.

Note aux lecteurs
Statistique Canada ne fait pas de prévisions pour les recettes monétaires agricoles. Les données qui s’y rapportent sont fondées sur les données des enquêtes et les données administratives provenant de plusieurs sources.

Les recettes monétaires agricoles mesurent le revenu brut des entreprises agricoles en dollars courants. Elles comprennent les ventes de productions végétales et animales (sauf les ventes entre les fermes d’une même province) et les paiements de programme. Les recettes sont comptabilisées lorsque l’argent est versé aux agriculteurs, avant déduction des dépenses.

Les recettes différées représentent les ventes de céréales et d’oléagineux livrés par les producteurs de l’Ouest pour lesquelles les paiements ont été reportés jusqu’à l’année suivante. Étant donné que ces recettes sont fondées sur les livraisons effectuées, les paiements différés sont déduits des recettes monétaires agricoles de l’année civile en cours et inclus lorsqu’ils sont réalisés (voir «Réalisation des recettes différées» dans le tableau des recettes monétaires agricoles).

Les paiements de programme sont les paiements liés à la production agricole courante et versés directement aux agriculteurs. Mentionnons, à titre d’exemple, les paiements du Compte de stabilisation du revenu net (CSRN) et de la Loi sur l’assurance-récolte et ceux des programmes provinciaux de stabilisation. La série des paiements de programme ne vise pas nécessairement à englober tous les paiements effectués aux agriculteurs ni ne représente la totalité des dépenses des gouvernements se rapportant à tous les programmes d’aide.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Statistiques Canada
http://www.statcan.ca/

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