Retour de la pomme de terre à Saint-Amable

GemmeStéphane Gemme ne cache pas son enthousiasme. « Nous sommes de retour/We’re back! » lance-t-il à la Schwarzenegger. À l’été 2012, l’agriculteur de Saint-Amable avait un peu plus de 80 ha en pommes de terre dans la zone en quarantaine instaurée par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) à la suite de la découverte du nématode doré, en 2006. Cela met-il fin aux déboires des producteurs? Loin de là. Toutefois, l’avenir semble beaucoup plus prometteur qu’il ne l’était il y a six ans.

La relance

Des 23 entreprises directement touchées par la crise du nématode doré au Québec, seulement six ont tenté un retour avec la pomme de terre. « En tout, il y a 243 ha en pommes de terre à Saint-Amable en 2012. C’est peu comparé aux 1361 ha qui étaient en production avant 2006 », explique l’agronome Gilles Hamel. Stéphane Gemme, avec ses 80 et quelques hectares, est le plus gros producteur de pommes de terre du lot. Il a semé douze variétés l’an dernier. Sa motivation première était de tenter de rentabiliser l’équipement et les entrepôts vides, explique-t-il. L’entrepôt bâti en 2000 au coût de 800 000 $ était loin d’être payé.

Il fallait aussi une bonne dose de persévérance, car chaque démarche entreprise devait être approuvée par l’ACIA. Elle continuera de l’être pour une période indéfinie.

Cette relance n’a rien de facile. Des généticiens de pays aux prises avec le nématode doré travaillent depuis plusieurs décennies à développer des variétés résistantes. Plusieurs centaines ont été mises à l’essai à Saint-Amable, à Louiseville, à Sainte-Croix de Lotbinière et à Saint-Thomas de Joliette par le Centre de recherche Les Buissons, avec l’aide d’un programme fédéral. Quelques dizaines ont ensuite été sélectionnées pour des parcelles précommerciales à Saint-Amable, indique Gilles Hamel.

L’appui de l’agronome a été indéfectible depuis le début, souligne Stéphane Gemme. S’il y a des pommes de terre qui sont cultivées à Saint-Amable aujourd’hui c’est en bonne partie grâce à lui, puis à André Gagnon et son équipe de chercheurs. Georges Laplante, de l’ACIA, a également joué un rôle instrumental pour autoriser la culture de pommes de terre résistantes et faciliter les déplacements à l’intérieur de la zone réglementée. C’est lui notamment qui a mis en place un plan de gestion du nématode doré permettant de redémarrer la production de pommes de terre.

En attendant que toutes les données soient disponibles, les producteurs partagent leurs résultats entre eux, de façon informelle. « On s’appelle en demandant si un tel a eu de bons résultats avec telle variété. Ce sont des expériences qui coûtent cher », souligne le producteur Claude Boucher, qui avait 25 ha en pommes de terres l’an dernier. Certaines variétés qui semblaient prometteuses en parcelles ailleurs n’ont pas donné de bons résultats à Saint-Amable.

Une vingtaine de variétés à la fois résistantes au nématode doré et intéressantes au point de vue commercial commencent à être disponibles au Québec. Toutefois, il y a des manques du côté des cultivars à type long et dans ceux à peau rouge, indique Gilles Hamel. Autrement, les producteurs doivent importer leurs semences certifiées de l’Université Cornell, aux États-Unis. Celles-ci coûtent de 0,05 $ à 0,07 $ de plus la livre.

L’article complet sur le sujet de Suzanne Deutsch a été publié dans l’édition de février 2013 du Bulletin des agriculteurs.

à propos de l'auteur

La référence en nouvelles technologies agricoles au Québec.

Fondé en 1918, Le Bulletin des agriculteurs traite des tendances, des innovations et des dernières avancées en matière de cultures, d’élevages et de machinisme agricole dans le but de faire prospérer les entreprises agricoles d’ici.  

Commentaires