Rôle de la chèvre dans la diffusion de l’agriculture au Néolithique

Paris (France), 13 juin 2001 – Les chèvres domestiques, principale ressource économique de nombreux pays pauvres, pourraient avoir joué un rôle particulier dans la diffusion de l’agriculture à l’époque du Néolithique, selon des universitaries français.

La chèvre n’a pas joué dans la diffusion de l’agriculture à l’époque de la pierre polie (période la plus récente de l’âge de pierre) le même rôle que les autres animaux domestiques, qui ont tous joué un rôle clé dans l’histoire humaine mais dont l’origine reste mal connue, selon une recherche conjointe du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et de l’Université de Grenoble 1, dans les Alpes françaises.

En étudiant l’ADN mitochondrial (les mitochondries s’apparentent aux “centrales” d’énergie de la cellule) de plusieurs centaines de chèvres provenant de 44 pays, les chercheurs ont montré que les chèvres domestiques ont trois origines maternelles différentes.

Ils ont collecté plus de 400 échantillons de tissus appartenant à 88 races de chèvres réparties sur l’ensemble du Vieux monde (44 pays), du Portugal à la Chine, de la Norvège à l’Afrique du sud. Pour chacun de ces individus, ils ont séquencé 481 paires de bases de l’ADN mitochondrial.

Cet ADN, présent dans les mitochondries de toutes les cellules, n’est transmis que par les femelles. Il permet d’établir des phylogénies et donc de retracer l’histoire évolutive de ces chèvres. Ce type de marqueur moléculaire a été très largement utilisé chez l’homme pour comprendre l’histoire des populations, souligne le directeur du laboratoire grenoblois, Pierre Taberlet.

Le premier résultat marquant est la présence de trois lignées mitochondriales distinctes, indique le CNRS. Cela prouve que les chèvres domestiques actuelles descendent d’au moins trois lignées femelles ancestrales.

La lignée la mieux représentée correspond probablement à la domestication initiale dans le Croissant fertile (Proche-Orient), il y a environ 10 000 ans. Les deux autres lignées montrent un polymorphisme moins élevé et seraient donc d’origine plus récente (6000 ans et 2000 ans). Elles pourraient correspondre soit à des domestications indépendantes, soit à des échanges génétiques avec des populations sauvages.

Les données disponibles chez les autres animaux domestiques (vache, mouton, porc, cheval) tendent aussi à montrer des origines maternelles multiples.

Le deuxième résultat, qui a surpris les chercheurs, est la quasi-absence de structuration géographique au niveau intercontinental. Ils font valoir que les chèvres, peu exigeantes pour leur alimentation, semblent plus aptes à suivre les déplacements de l’homme et à l’accompagner dans son installation que les autres animaux domestiques.

Cela signifie qu’en ce qui concerne l’ADN les chèvres européennes ne sont pas différentes des asiatiques et africaines, contrairement à ce qu’il se passe pour les vaches ou les moutons.

Source : AFP

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