Roquefort et échalote français menacés aux États-Unis à la suite des sanctions

Paris (France), 10 août 2001 – Les producteurs français de roquefort, échalotes, foie gras, truffes ou moutarde commencent à perdre patience: depuis deux ans ils bataillent pour ne pas disparaître du marché américain, après les sanctions douanières prises en réponse à l’interdiction du boeuf aux hormones en Europe.

La Fédération des industries condimentaires de France (FICF) vient de déposer une plainte contre les Etats-Unis auprès de la Commission européenne, pour obtenir le remboursement des droits douaniers américains, de 100%, imposés sur ces produits depuis le 29 juillet 1999.

La Confédération paysanne de José Bové a appelé à un rassemblement à Millau (sud) dimanche, date anniversaire du « démontage » du restaurant McDonald’s en 1999, pour sensibiliser à nouveau sur la « surtaxation du roquefort ».

Les fabricants du fromage devenu symbole de « la lutte contre la malbouffe » ont vu leurs ventes chuter de plus de 30% en deux ans aux Etats-Unis.

« Sans les efforts de la filière pour baisser les prix et compenser partiellement la hausse des droits de douane, on aurait perdu 80% du marché », assure Eric Boutry, président de la Confédération générale de Roquefort.

Les producteurs espèrent vendre aux Etats-Unis encore 300 des 18 500 tonnes qu’ils comptent produire en 2001, mais la baisse des prix hors taxe leur a coûté 30 millions de francs (4,6 M EUR) sur deux ans.

Le spectre d’un retrait du marché américain se rapproche. Il menace les producteurs d’échalotes qui ont vu leurs exportations vers les Etats-Unis diminuer de moitié depuis 1999, à 2500 tonnes par an, sur une production bretonne de 30.000 tonnes au total.

« A cette allure là, dans deux ans il n’y a plus rien » aux Etats-Unis, constate Pierre Bihan-Poudec, directeur de la section échalotes du Comité économique agricole régional de Bretagne fruits et légumes (Cerafel). Les producteurs perdent au total 20 millions de francs (3 M EUR) par an.

Même constat de gâchis chez un jeune fabricant-négociant en truffes qui a vu ses ventes chuter de 80% en deux ans aux Etats-Unis. « La solution, c’est de contourner les droits de douane, c’est la mafia. De gros concurrents européens le font. Moi pas », dit-il.

Moins dépendants du marché américain, les producteurs de foie gras et de moutarde s’en sortent mieux, grâce à une gamme de produits large qui échappe en grande partie aux sanctions.

Si la croissance des exportations de foie gras pur a ralenti, leur volume a augmenté de près de 30% au cours des cinq premiers mois de l’année par rapport à la même période de 2000, à 7,1 tonnes, mais « moyennant des baisses de prix qui ne peuvent durer », selon le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (CIFOG).

Chez Amora-France, les exportations de moutardes devraient augmenter d’un peu moins de 10% à 1.200 tonnes en 2001, grâce à une compensation totale de la hausse de droits de douane pour un coût de 10 millions de francs par an.

Tous espèrent une levée prochaine des sanctions ou réclament, en attendant, des aides financières de la Commission européenne.

Paris a prôné vendredi, dans la perspective d’une levée, un aboutissement « rapide » de la révision en cours de la directive européenne interdisant les hormones dans le boeuf, pour l’adapter aux exigences de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui avait donné raison aux Etats-Unis en 1999.

L’Europe chercherait ainsi une porte de sortie juridique face à une impasse politique: avec la crise de la vache folle, elle peut difficilement annoncer à ses éleveurs une hausse des importations de boeuf américain sans hormones, en échange de la levée des sanctions, selon un proche du dossier.

Source : AFP

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