Sécheresse et incendie : année noire pour l’agriculture portugaise

Lisbonne (Portugal), 29 août 2005 – Les incendies de forêt qui ont ravagé le Portugal cet été ont porté un nouveau coup dur à un secteur agricole déjà très touché par la pire sécheresse depuis 1945.

Le coût de la sécheresse s’élève fin août à plus de 2 milliards d’euros, environ 1,5% du PIB, et Lisbonne évalue provisoirement à 300 millions d’euros la facture des incendies, selon une source gouvernementale citée par vendredi l’hebdomadaire Semanario Economico.

« Entre la sécheresse et les incendies, cela va être une année très compliquée pour le secteur agricole », a confirmé à l’AFP le président de la Confédération des agriculteurs portugais, Luis Mira.

L’agriculture et le secteur forestier contribuent à environ 11% du PIB du Portugal.

Les éleveurs et cultivateurs des régions méridionales de l’Alentejo et de Algarve sont les plus affectés par la sécheresse.

Les incendies ont surtout frappé les petits exploitants forestiers du centre et du nord boisés du pays. Dans ces régions parmi les plus pauvres d’Europe, les feux de forêts ont également ravagé de nombreuses micro-cultures d’appoint, de maïs, de pommes de terre ou d’oliviers.

Le Portugal s’attend à la plus faible récolte céréalière des dernières décennies, a indiqué la semaine dernière l’Institut national des statistiques. La baisse du rendement des céréales à l’hectare a chuté de 60%. Celles du rendement des fourrages et des pâturages peuvent atteindre 76% à 83%.

Les éleveurs doivent en outre faire face à la maladie de la « langue bleue », ou fièvre catarrhale, qui touche surtout les caprins, mais aussi les bovins.

Le gouvernement a annoncé en mai deux lignes de crédit de 50 et 45 millions d’euros en faveur des éleveurs affectés par la sécheresse, pour l’achat de fourrage et le forage de puits ou l’achat de réservoirs. Il a aussi suspendu le paiement des cotisations sociales.

Les incendies qui se sont déchaînés en août, ont frappé les petits exploitants forestiers de pins maritimes et d’eucalyptus.

Depuis janvier, ils ont réduit en fumée 180 000 à 221 000 hectares de forêts et de friches, faisant de 2005 la pire année de la décennie après 2003 (450 000 ha brûlés).

Des dizaines de tracteurs, 500 bâtiments agricoles et une centaine de maisons rurales ont également été calcinés.

Le gouvernement a promis diverses aides d’un montant global de 23 millions d’euros, sous forme de prêts à taux réduits pour la reconstruction d’infrastructures, l’achat d’équipement agricole et d’animaux reproducteurs, ou la compensation de pertes de sources de revenus.

« Cela fait bien au journal télévisé mais les aides tardent à être versées », a commenté Luis Mira, rappelant qu’une partie des subventions promises juste après les incendies de 2003 n’a toujours pas été versée.

Le torchon brûle entre les exploitants forestiers et les pouvoirs publics. Le président Jorge Sampaio a appelé le gouvernement à sévir contre les propriétaires qui n’entretiennent pas leur parcelles de forêts et favorisent la propagation des incendies.

Le ministre de l’Agriculture, Jaime Silva, a annoncé la semaine dernière qu’à partir de l’automne, les subventions ne seraient plus versées qu’aux propriétaires dont les forêts sont régulièrement nettoyées.

La Fédération portugaise des producteurs forestiers (FPPF), qui regroupe 75 000 adhérents, répond que les petits exploitants n’ont pas les moyens d’entretenir correctement leurs plantations.

Elle argumente que le prix du bois n’a pas augmenté depuis 15 ans, entraînant avec l’inflation cumulée une baisse de 30% de sa valeur réelle, et réclame une baisse des impôts sur les ventes de bois et les bénéfices.

Source : AFP

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