Soya à taux variable

À Melbourne, un petit village à une heure à l’ouest de London, dans le sud-ouest de l’Ontario, Aaron Breimer nous amène voir un champ de démonstration d’une technique dont il est l’un des premiers en Amérique du Nord à faire la promotion : le semis à taux variable dans le soya.

Aaron Breimer

Aaron Breimer

Le champ fait une vingtaine d’hectares. Il est cerné par la route, des boisés, une ligne à haute tension et une voie ferrée tout au fond. Le milieu de la parcelle est légèrement plus élevé que son pourtour. La principale différence avec les autres champs des environs, ce sont des centaines de petits drapeaux, qui servent à repérer les zones qu’on verrait sur la carte des taux de semis.

« Les semis à taux variable seront bien plus payants dans le soya que dans le maïs », déclare d’emblée Aaron Breimer, qui est conseiller en cultures (Certified Crop Avisor) et l’un des dirigeants de Veritas, une boîte qui se spécialise en agriculture de précision, avec un savoir-faire avancé en analyse de données agricoles.

Dans le maïs, entre les zones les moins et les plus productives, on fera varier le taux de semis de 5000 ou 6000 plants à l’acre, explique Aaron Breimer. Cela se traduit par des revenus additionnels de 20 $ ou 25 $ de l’acre.

Dans le soya, les taux de semis peuvent varier de 75 000 à 225 000 plants à l’acre. « Nous réussissons à obtenir 50 $, 70 $ même 100 $ de plus par acre. »

Alors que dans le maïs, on augmente le taux de semis dans les secteurs les plus fertiles, en production de soya, c’est l’inverse : on le réduit là où le champ est plus productif (pour prévenir trop de développement végétatif) et on l’augmente là où l’on sait que le taux de germination risque d’être plus faible.

Terre noire, sable et argile
Près du fossé, le long de la route, la terre est noire, très riche en matière organique. Le taux de semis a été ajusté au plus bas, pour éviter que les plants ne deviennent trop grands, qu’ils s’affaissent et soient touchés par la sclérotiniose.

Ailleurs dans le champ, on se retrouve sur l’argile. Ces sols lourds rendent l’émergence plus difficile. Le taux de semis a été augmenté.

Parcelle de soya à taux variable

Parcelle de soya à taux variable

Le sommet du champ étant sablonneux, on y a aussi augmenté le taux de semis. « L’idée est d’avoir plus de plants, pour que les rangs se referment plus rapidement, afin de perdre moins d’humidité du sol par évaporation », explique Aaron Breimer.

« À 180 000 plants à l’acre, un seul grain de plus par plant se traduit par un boisseau de plus (+66 kg/ha), calcule-t-il. Si on a une gousse de plus par plant, c’est trois boisseaux (+200 kg/ha) de plus. Et si vous avez réussi à avoir 10 000 plants de plus sur un acre, avec chacun une gousse de plus, c’est dix boisseaux de plus (+1 tm/ha)! »

La parcelle de démonstration a été ensemencée en semis direct, sur un retour de maïs. Comme le champ affiche une grande variabilité, l’usage du semis à taux variable est encore plus pertinent. En 2014, le semis à taux variable de maïs a permis des revenus supplémentaires de 18 $ de plus l’hectare.

Trois variétés de soya de semences Pride étaient à l’essai. Au moment d’écrire ces lignes, la parcelle n’avait pas encore été récoltée.

Aucun test de sol
Pour établir les zones, le personnel de Veritas se fonde sur les données de rendement des années antérieures, les cartes de dénivellations et des images aériennes de satellites. Une fois déterminées, les zones sont présentées au producteur, pour obtenir son avis.

« La dernière chose qu’on utilise (pour établir les zones), ce sont des analyses de sol, dit Aaron Breimer. C’est seulement si un producteur vient tout juste d’acheter un champ et qu’il n’a aucune carte de rendement qu’on ira prélever des échantillons pour déterminer les types de sol. »

« Le plus important, c’est l’expérience du producteur, enchaîne-t-il. Je peux créer des zones, mais je n’ai aucune idée pourquoi l’une est différente de l’autre. C’est en parlant au producteur que j’apprends qu’au sommet de la butte, il y a du sable et qu’en bas, c’est de la terre noire. »

Une fois établies, les zones d’un champ ne changeront pas d’une année à l’autre, à moins que des correctifs aient été apportés, comme des améliorations au drainage. Les taux de semis suggérés, cependant, pourront évoluer d’une année à l’autre. En réalisant des essais de différents taux de semis à l’intérieur de chaque zone, on pourra en arriver à mieux les caractériser et déterminer le taux de semis optimal.

« C’est payant dès la première année, dit Aaron Breimer. Mais à chaque année, cela devient de plus en plus payant », puisque le consultant et son client en viennent à mieux cerner le potentiel de chaque zone.

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