États-Unis : les géants de l’alimentation chassent les calories pour échapper à la justice

New York (États-Unis), 2 juillet 2003 – Des fruits frais à la place de frites, des saucisses moins grasses et un retour à des portions à dimension humaine : les géants américains de l’alimentation et du fast food partent à la chasse aux calories pour tenter d’échapper à de ruineuses plaintes d’obèses.

« Je pense qu’il était grand temps », a lancé Judith Stern, vice-présidente de l’American Obesity Association, alors que l’obésité est devenue un fléau aux Etats-Unis, avec 300 000 morts chaque année, et alors que 65% de la population adulte souffre d’un excès de poids.

Kraft Foods, le numéro un américain de l’alimentaire, qui vend les biscuits Oreo, les saucisses Oscar Mayer, des pizzas et des plats cuisinés, a promis mardi de rendre ses produits moins caloriques et de mieux informer les consommateurs.

Kraft est même prêt à réduire ses portions individuelles pour forcer ses clients à manger moins… malgré eux.

Une mini-révolution dans un pays où en avoir le plus possible pour son argent est un sport national.

En prenant ainsi l’initiative, Kraft espère échapper au sort de l’industrie du tabac qui croule sous les plaintes et les dizaines de milliards de dollars d’amendes pour avoir porté atteinte à la santé de ses clients. Il est bien placé pour savoir ce qu’il en coûte, puisqu’il fait partie du groupe Altria, qui fabrique aussi les cigarettes Philip Morris.

McDonald’s, Pepsico ou Kellog multiplient déjà les initiatives pour se donner une image plus saine.

Le géant du hamburger-frites a senti le vent du boulet avec une plainte d’enfants obèses –pour l’instant rejetée– mais qui pourrait être le début d’une longue série de procès.

Le risque de poursuites est tellement tangible qu’un projet de loi interdisant ce genre d’actions a même été proposé pour protéger l’industrie alimentaire et la restauration rapide.

Ce projet néanmoins est loin de faire l’unanimité.

Pour John Banzhaf, professeur de droit à la George Washington University, les chaînes de fast food devraient plutôt mettre fin à la publicité mensongère et diffuser plus d’informations. « Si les restaurants fast food faisaient cela (…) il semble qu’ils se mettraient largement à l’abri de poursuites potentielles », a-t-il déclaré lors d’une audition sur le sujet à la Chambre des représentants.

La Chambre de commerce des États-Unis, un puissant lobby des entreprises, a choisi de contre-attaquer sur un ton mordant.

« Les repas dans les fast food ne provoquent pas de dépendance chimique » et on entend rarement parler d’un de leurs clients « tremblant à cause du manque quand il renonce à un sandwich à la dinde ou à un filet de poisson surgelé », plaisante l’auteur d’une étude commanditée par la Chambre de commerce, pour prouver que les fast foods ne sont pas à l’origine du mal.

Sur le plan de la santé publique, les experts espèrent quand même que l’exemple de Kraft va faire tache d’huile.

« C’est une première de la part d’un grand de l’alimentation (…) d’autres groupes alimentaires vont devoir en tenir compte », affirme Kelly Brownell de Yale University au New York Times.

McDo, par exemple, proposera cet été aux Etats-Unis le choix d’un sachet de fruits frais en lieu et place du cornet de frites accompagnant ses repas pour enfants.

Pepsico, qui est le roi du « snack » avec sa filiale Frito-Lay, a également pris les devants en promettant de supprimer le « mauvais » gras dans sa gamme de chips.

Source : AFP

Commentaires