Un médicament cancérigène continuera d’être administré aux porcs

Ottawa (Ontario), 10 août 2001 – Une interdiction de Santé Canada sur la vente d’un médicament potentiellement cancérigène ne va pas pour autant mettre un terme à son utilisation chez les producteurs de porcs, prévient un éminent scientifique fédéral.

Le ministère fédéral de la Santé a ordonné vendredi l’interdiction de la vente de carbadox, estimant qu’elle ne peut être justifiée en raison des risques de mauvaise utilisation et de contamination accidentelle d’autres produits.

Une loi bannissant définitivement ce médicament devrait suivre, peut-on lire dans l’avis.

Mais le scientifique fédéral Chiv Chopra, un critique des pratiques de son ministère en matière de sécurité des aliments n’empêchera pas les agriculteurs d’utiliser leurs réserves du produit ou même de l’importer.

« On ne peut rien faire, a déclaré M. Chopra dans une entrevue. Cette interdiction empêche la compagnie de vendre le médicament au Canada, mais n’empêche pas les agriculteurs de l’utiliser. »

« Le Canada devrait bannir ce médicament. Ils se traînent les pieds et laissent une faille dans le système », a-t-il ajouté.

Tout en admettant que l’utilisation du médicament pourrait se poursuivre malgré l’avis d’interdiction de vente, un porte-parole du ministère a indiqué qu’un bannissement du produit devrait être effectif d’ici la fin de l’année.

« C’est un processus compliqué », a affirmé Ryan Baker, ajoutant que les fonctionnaires seraient à l’écoute de tous les commentaires formulés au cours des prochains mois.

« A moins qu’un élément nouveau ne vienne apaiser nos craintes, le produit sera banni officiellement d’ici la fin de l’année », a-t-il déclaré.

L’antibiotique a été approuvé dans les années 70 pour prévenir et guérir la maladie chez les porcs et pour maintenir la prise de poids lors des périodes de stress, comme le sevrage. Il a toutefois été démontré que le médicament – et ses sous-produits lorsqu’il est transformé – peut causer le cancer chez les rats.

Le carbadox avait été approuvé après que des scientifiques eurent découvert que le médicament et ses produits de fractionnement ne se retrouvaient pas dans les produits animaux destinés à l’alimentation, mais à condition d’arrêter son utilisation 35 jours avant l’abattage des animaux.

Des rapports de mauvaise utilisation et de contamination accidentelle, combinés à une meilleure capacité scientifique de détection des produits de fractionnement du carbadox, ont toutefois entraîné des inquiétudes sérieuses au sujet de la toxicité du produit, a indiqué le ministère.

Le mois dernier, M. Chopra et plusieurs autres scientifiques du Bureau des médicaments vétérinaires ont envoyé une lettre au ministre de la Santé, Allan Rock, dans laquelle ils se plaignaient d’avoir été l’objet de pressions pour approuver des médicaments dont l’utilisation chez les animaux destinés à l’alimentation n’est pas sécuritaire.

Source : Presse Canadienne

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Santé Canada

http://www.hc-sc.gc.ca

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