Un Salon de l’Agriculture entaché par les crises alimentaires

Paris (France), 17 février 2001 – Vache folle, OGM, listéria et scandales alimentaires, composeront l’essentiel du menu du 38e Salon international de l’agriculture, inauguré dimanche par Jacques Chirac.

Quelque 650.000 visiteurs sont attendus du 18 au 25 février pour cette première édition du millénaire.

Entaché par les récents rebondissements de la crise de la vache folle, le cru 2001 sera marqué par l’insécurité alimentaire et l’émergence d’une nouvelle race de consommateurs en quête de vérité et de transparence.

Alors que les paysans ne jurent plus que par la traçabilité, les labels et autres signes de qualité, les défenseurs de l’environnement et des consommateurs se feront forts de leur rappeler que les pratiques de production restent toujours favorables au rendement au détriment de la qualité.

« Le Salon se veut avant tout cette année un outil de communication entre les Français et les agriculteurs. Le point le plus important sera la qualité », a assuré Christian Patria, président de la manifestation, ajoutant: « Nous voulons être totalement transparents et dire la vérité aux visiteurs ».

« Nous souhaitons faire de ce salon un salon pédagogique sur les questions d’actualité comme la vache folle, les OGM, la sécurité alimentaire », a-t-il dit à Reuters.

Conscients du divorce entre consommateurs et paysans, les organisateurs ont prévu un marathon de 60 conférences où, là-aussi, qualité, sécurité alimentaire, traçabilité, ‘bio’ et environnement tiendront le haut du pavé.

Pour la partie festive et gastronomique, la qualité est également en vedette. Les slogans fusent: « De la fourche à la fourchette », « du champ à l’assiette », « de l’étable à la table », « de l’animal à l’assiette » !.

Rien n’est laissé au hasard, les régions de France ont reçu pour mission d’être les ambassadrices du terroir.

L’effet José Bové

La croisade de José Bové contre la « malbouffe » et sa popularité dans l’opinion ne sont pas étrangères à cette mise en scène, qui laisse augurer de belles empoignades entre tenants d’une agriculture intensive et défenseurs d’une agriculture extensive.

Premier producteur européen de produits agricoles, la France tente désespérément de concilier ces deux modèles agricoles : l’intensive, qu’incarne la puissante FNSEA de Luc Guyau, et l’extensive, défendue par José Bové.

« Ce sont des sujets sensibles », reconnaît Christian Patria, qui relève toutefois qu’un « produit peut-être de qualité, même s’il provient de l’agriculture intensive ».

Il cite notamment l’agriculture dite « raisonnée » – une alternative entre Guyau et Bové – « où l’agriculteur, sur la base d’un cahier des charges, apprend à mieux doser ses engrais, à mettre les bonnes doses au bon moment et à mieux protéger l’environnement ».

« Tout ne va pas se faire dans l’immédiat mais on est dans le bonne tendance », explique le président du Salon, soulignant que ce nouveau type d’agriculture permet une production de masse, respectueuse de l’environnement.

Vitrine de l’excellence agricole, le salon de la porte de Versailles a pour mission de montrer toutes ces facettes de l’agriculture française, où haute technologie et « must » de la génétique côtoient produits du terroir et gastronomie.

Le concours général agricole, où se mesureront cette année 1.600 reproducteurs, sera sans contexte le clou de cette manifestation, malgré l’émergence de détracteurs au sein même du monde paysan.

Bien que décriées par l’opinion publique, les vaches laitières, véritables machines à produire – jusqu’à 40 litres de lait par jour -, continueront aussi de figurer au palmarès des plus belles attractions de cette ferme géante.

Cette année, ce sont plus de 4.000 animaux, dont 630 bovins, 750 ovins et caprins, 50 porcins et 2.000 animaux de basse-cour, qui défileront dans la plus grande ferme mondiale, où sont attendus 180.000 professionnels de l’élevage, en provenance des cinq continents.

Source : Reuters

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