Vers un retour de la betterave à sucre?

Deslauriers_018Il y avait des milliers d’hectares de betteraves à sucre autrefois, au Québec, avant que le déclin de la demande mondiale de sucre n’entraîne la fermeture de la raffinerie de Saint-Hilaire, en 1986. Sans débouchés, « la plus payante des cultures », selon Simon Guertin, président des producteurs de betteraves à sucre de l’époque, a été relayée aux oubliettes.

Tout cela pourrait changer si le Québec décidait de se lancer dans la production de biocarburants dérivés de la betterave à sucre, comme le Brésil le fait avec la canne à sucre. Si on se fie aux résultats d’une usine pilote de biocarburants de l’Île-du-Prince-Edouard, la betterave à sucre serait plus efficace et plus rentable que le maïs pour fabriquer de l’éthanol.

La firme de recherche et développement Atlantec BioEnergy Corporation (ABC), située près de Charlottetown, à l’Île-du-Prince-Edouard, se prépare à commercialiser son service clés en main de concept d’usine et procédés pour la transformation de betterave énergétique en biocarburant.

Selon le vice-président d’ABC, Ron Coles, le système fonctionnant en boucle fermée, récupère tous les éléments nutritifs n’ayant pas servi à la production d’éthanol et les transforme en biogaz et en électricité par digestion anaérobique. Le processus comporte également un système de traitement d’eau offrant la possibilité de vendre cette eau potable dans certains marchés.

Après cinq ans d’essais avec des betteraves énergétiques, Ron Coles estime avoir un bon aperçu des coûts de production, du moins pour l’est du Canada. « Le coût moyen de production entre le moment où le sol est prêt pour les semis, incluant la récolte et le transport à l’usine, joue entre 2223 $/ha et 2470 $/ha. Un rendement moyen d’environ 86 tonnes/ha à 50 US $ la tonne, donnerait des revenus bruts d’environ 4300 $ US et des revenus nets de plus de 1830 $  US/ha. »

Si une telle usine s’installait au Québec, il serait beaucoup plus rentable de faire de la betterave énergétique que de la pomme de terre, selon Ron Coles. « Le bilan énergétique de biocarburants à base de betterave serait supérieur à celui fait de maïs : pour chaque unité d’énergie qui entre, neuf unités sont produites alors que pour chaque unité de maïs, il n’en sort qu’une et demie. »

Le coût d’une usine d’une capacité de 25 millions de litres, qui requiert un peu plus de 2000 ha de betteraves par année, est d’environ 20 M$. D’après Ron Coles, elle pourrait être profitable au terme de sa première année d’opération.

La compagnie est fortement courtisée par le marché américain qui privilégie les biocarburants de deuxième génération. Afin de respecter les termes du financement obtenu du gouvernement fédéral, ABC doit cependant veiller à la mise en place d’une usine au Canada avant de desservir les États-Unis. ABC pourrait être prête à signer une telle entente dès ce printemps. Celle-ci serait soit au Nouveau-Brunswick ou à l’Île-du-Prince-Édouard.

Au Québec

Betaseed, l’un des deux semenciers de betterave à sucre en Amérique du Nord, procède à des essais à divers endroits au Québec depuis quelques années. « Il n’y a aucun doute à avoir sur la capacité de faire de la betterave à sucre au Québec, dit Steve Libsack, directeur des affaires chez Betaseed. Les sols s’y prêtent et les hybrides n’ont besoin que très peu de résistance aux maladies dans de telles conditions climatiques. »

Quatre sites ont été ensemencés. La plus grande superficie consistait en un champ de 8 ha de betteraves énergétiques dans la région de Varennes pour l’usine d’éthanol de GreenField, tandis que les autres 3 ha ont servi à l’alimentation du bétail. L’un de ceux-ci a été planté au beau milieu de l’Expo-Champs l’an dernier par David et Frédéric Deslauriers, entrepreneurs agricoles en Montérégie. Cette stratégie a permis de susciter un intérêt auprès d’une soixantaine d’agriculteurs.

Le duo travaille à créer des partenariats pour établir une usine de pressage dans le Centre-du-Québec, dont les sous-produits serviraient à l’alimentation animale. Ils comptent également devenir fournisseurs de semence et d’équipement, ainsi qu’offrir leurs services de semis et de récolte à forfait.

Si vous voulez lire l’article complet de Suzanne Deutsch sur le sujet, consultez l’édition de mars 2013 du Bulletin des agriculteurs.

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