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Vos questions sur les marchés à terme

Steve Meyer et Dennis Smith étaient les invités de la compagnie Bernard Breton le 9 avril dernier. On les voit en présence de Gilles Robichaud, Jean-Pierre Breton et Raymond Breton.  Photo: Marie-Josée Parent

Steve Meyer et Dennis Smith (en rouge) étaient les invités de la compagnie Bernard Breton le 9 avril dernier. On les voit en présence de Gilles Robichaud, Jean-Pierre Breton et Raymond Breton.
Photo: Marie-Josée Parent

Alors que le prix du porc est à un sommet historique, que le prix du soya est élevé et que l’ensemencement tarde aux États-Unis, des producteurs de porcs de Saint-Narcisse-de-Beaurivage ont eu la chance de rencontrer deux spécialistes des marchés à terme.

L’économiste Steve Meyer, président de Paragon Economics, écrit la lettre quotidienne Daily Livestock Report pour le CME Group. Il analyse depuis 25 ans le marché des viandes. Depuis 20 ans, Dennis Smith est commerçant en porcs, en bœuf et en grains, principalement le maïs. Il travaille pour Archer Financial Services à Chicago. Tous deux étaient invités pour la troisième journée de conférences préparée par l’équipe de l’entreprise Bernard Breton, de Saint-Narcisse, le 9 avril dernier.

Lors d’un déjeuner précédant ces conférences, un petit groupe d’une quinzaine de producteurs habitués des marchés à terme ont eu la chance de poser leurs questions aux experts. Les voici :

Lors d'un déjeuner, une quinzaine de producteurs ont posé des questions aux experts des marchés à terme.

Lors d’un déjeuner, une quinzaine de producteurs ont posé des questions aux experts des marchés à terme.

À quoi est due la hausse du prix du porc que l’on vit depuis un mois et demi?

S.M. La demande pour le porc est forte aux États-Unis depuis l’an dernier. C’est une hausse de 4 à 5%. La principale cause est la DEP. Les pertes, commencées l’été dernier, ont été très importantes cet hiver. Ça a poussé les marchés à la hausse, probablement plus élevés qu’ils n’auraient dû.

Et pourquoi le boeuf est-il si haut?

S.M. La situation dans le bœuf est due à une combinaison de plusieurs saisons de sécheresse aux États-Unis. La sécheresse a été extrême en 2011 et 2012. Ça a diminué l’offre de bovins en 2014.

Peut-on se fier aux rapports du USDA?

S.M. Habituellement, les rapports du USDA sont bons, mais le dernier rapport (Hogs & Pigs) démontre plusieurs problèmes parce que le système n’est pas conçu pour des situations exceptionnelles comme nous vivons actuellement. Le personnel est bon, mais c’est un évènement difficile à évaluer. J’ai l’impression qu’ils ont raté l’impact sur le profit du porc.

D.S. Le marché n’aime pas l’incertitude et ça crée de la tension, de la panique. Et les gens achètent plus qu’ils auraient dû. C’est pour ça que le prix est monté, mais le prix devrait rebaisser.

Plus bas qu’il devrait?

D.S. Oui. Maintenant, nous aurons probablement le retour du balancier.

Savez-vous quel prix il devrait atteindre?

S.M. Je pense que le prix du porcs devrait cet été être autour de 1,20 $US.

Où en sommes-nous dans le retour du balancier?

S.M. Aujourd’hui, nous sommes sur la descente, mais ça peut changer demain.  Il y a beaucoup de volatilité. Les marchés doivent conjuguer avec deux situations qu’ils n’ont pas l’habitude de vivre : les pertes importantes de porcs et l’offre faible de bœuf. Dans le porc, nous ne savons pas si l’immunité face au virus de la DEP durera. Des gens travaillent sur un vaccin, mais les vétérinaires que j’ai consultés ne sont pas optimistes sur cette solution. Dans le bœuf, le problème d’offre ne se règlera pas en un an. Ça prendra trois ans.

Aviez-vous prévu des hausses aussi fortes dans les protéines animales?

S.M. Que ça monterait autant? Non, mais je sais que personne ne l’avait anticipé.

Quel sera le prix du maïs en décembre?

D.S. Je pense que le maïs sera plus élevé, mais pas beaucoup plus élevé. Pour plusieurs raisons. Premièrement, nous aurons moins de superficies ensemencées. Deuxièmement, les semis sont retardés à cause de la météo. C’est froid et c’est humide. Avec le prix élevé du soya, si les semis tardent trop, les gens vont planter moins de maïs pour semer plus de soya.

Je crois que le prix sera d’environ 6 $US le boisseau. Ce sera difficile de construire des inventaires avec moins d’acres. Ça commence mal une nouvelle saison.

Comment évoluera le dollar américain dans les prochains mois?

D.S. Selon, moi, il sera beaucoup plus élevé.

Quelles sont les recommandations que vous faites aux producteurs de porcs actuellement?

D.S. Je ne vends pas quand c’est haut parce que je ne sais pas à quel point nous sommes haut ou non. Je ne fais rien de façon agressive. Et en même temps, j’ai empêché des gens de vendre quand c’était au plus bas. Je recommande maintenant à mes clients de fixer des contrats directement avec des abattoirs parce que nous sommes près du sommet. Ce qui n’est pas bon pour moi.

Est-ce que les producteurs américains utilisent davantage les options ou les contrats? Les contrats peuvent amener des appels de marge.

D.S. Quand les prix sont élevés comme maintenant, ils utilisent davantage les options. Quand nous sommes dans une période de surproduction à long terme, on utilise davantage les contrats. Mais puisqu’on est encore dans un marché à la hausse, on utilise davantage les options. Les inventaires de porcs seront encore très serrés cet été.

Comment les producteurs américains fonctionnent-ils sur les marchés à terme? Ça prend de grandes liquidités. Nous, on a la Fédération.

D.S. Je travaille avec des petits et des moyens producteurs. J’utilise beaucoup les options avec mes clients parce qu’ils n’ont pas beaucoup de capital.

Est-ce que les banquiers supportent les producteurs?

D.S. Les banquiers signent une entente de support aux producteurs. Donc, les banquiers sont au courant. Et l’entente est là jusqu’à ce que les porcs soient vendus.

S.M. C’est quasiment une obligation aux États-Unis. Faut que le banquier signe. Je dis aux producteurs : « Si le banquier n’a pas signé, ne le fais pas. Si tu t’avances et que tu manques de capital, tu as besoin que la banque t’appuie. »

Dans un prochain article, voyez les réponses de ces experts sur la production porcine américaine.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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