Changer ses cages en prévoyant l’avenir

Vingt à vingt-cinq ans, c’est la durée de vie des cages. Alors, lorsque vient le temps de changer son équipement, le producteur d’œufs de consommation évalue ses besoins pour autant d’années. Mais quelles seront les normes d’élevage dans cinq, dix ou quinze ans ? Deux éleveurs québécois ont regardé ce qui a cours en Europe et ce qui s’en vient aux États-Unis, notamment en Californie. Force est de constater que, dans ces régions, le bien-être animal prend de plus en plus de place et que la production d’œufs en cages comme nous connaissons ici sera bientôt chose du passé.

En Europe, les cages conventionnelles seront bannies dès janvier 2012, mais on s’y prépare depuis 1999. La Californie a décidé en novembre 2008, par voie de référendum, de les interdire à compter du 1er janvier 2015. « Si ça s’en vient ici, je vais déjà être installé. Ça coûte cher d’installer de nouvelles cages », explique Jean-Claude Paradis de la ferme Claumond à Saint-Edmond-de-Grantham, au Centre-du-Québec.
Le risque d’évolution des normes sur le bien-être animal dans le futur et le coût d’installation sont les premières motivations de Jean-Claude Paradis. Ensuite, vient l’assèchement des fientes. Il voulait des cages équipées de séchoir de fientes sous les cages. Mais les cages enrichissables ne sont pas les seules à offrir une telle caractéristique.
Même réflexion chez Daniel Martel de la Ferme avicole Sainte-Croix à Métabetchouan-Lac-à-la-Croix, au Lac-Saint-Jean. « Je voulais être certain de ne pas être obligé de tout sortir et de me réinstaller si les normes changeaient », raconte-t-il. Autant chez Jean-Claude Paradis que chez Daniel Martel, les cages sont enrichissables, contrairement aux cages aménagées.

Cage aménagée

Une cage « aménagée » est une cage plus grande, les quelque 40 à 60 poules présentes peuvent ainsi déployer leurs ailes. Elle est plus haute pour leur permettre de se jucher sur des perchoirs. Elle comporte un nid pour pondre en toute quiétude, ainsi que d’autres équipements, tel un grattoir, pour leur permettre d’exprimer leur comportement instinctif. Elles ont 2,4 mètres de longueur, soit quatre cages de large, et ont 75 cm ou 1,5 mètre de profondeur, selon qu’on décide de diviser la profondeur ou non.
Cependant, il est possible de ne pas installer les perchoirs, le nid et le grattoir. En plaçant des cloisons amovibles, on est en face de cages qui ressemblent à s’y méprendre à des cages conventionnelles. C’est ce qu’on appelle des cages « enrichissables », mais avec un minimum d’investissement, elles se transforment en cages aménagées, comme on en retrouve en Europe.
Il n’existe aucune donnée québécoise sur ce type de cages, aménagées ou non. Jean-Claude Paradis a été le premier à installer un tel équipement l’été dernier et les poules pondeuses n’ont pas encore complété un premier élevage qui dure environ un an. À la Ferme avicole Sainte-Croix, les poules sont entrées le 1er novembre dernier. Si sur les deux fermes les cages sont enrichissables, les deux producteurs ont partiellement aménagé une ou trois volières de 75 cm de profondeur, question de voir le comportement des oiseaux. Trois divisions ont été retirées et des perchoirs ainsi que la division latérale du nid ont été fixés. Cependant, les autres équipements propres aux cages aménagées n’ont pas été installés.
Les producteurs ont remarqué un changement dans le comportement des poules. Elles pondent dans le nid partiellement aménagé et semblent « plus heureuses ». Toutefois, ils déplorent le manque de données sur les performances d’élevage.

Données européennes
Si les données techniques sur les cages aménagées sont absentes au Québec, on peut en obtenir de l’Europe où l’on retrouve ces cages depuis plus de dix ans. Yohan Le Lannic est représentant français pour la marque allemande Meller, le type de cages choisi par nos deux producteurs québécois. Nous lui avons demandé de répondre à leurs questions sur les cages entièrement aménagées, c’est-à-dire de donner des indications sur la ponte, la consommation de moulée et d’eau, le nombre de fêlés, le taux de mortalité des poules, le nettoyage, l’entretien et les salmonelles.
« Le plus grand effet sur les performances est la baisse importante de mortalité, explique avec enthousiasme Yohan Le Lannic. On parle de deux à trois fois moins de mortalité. Précédemment, on pouvait avoir un taux de 3 à 5 % dans tout l’élevage. Maintenant, il se chiffre entre 0,5 à 2 %, toutes cages confondues. On retrouve cinq ou six marques de cages aménagées en Europe. »
Le second aspect qui saute aux yeux : l’aspect visuel de la poule en fin de ponte. « À 60 ou 70 semaines d’âge, les poules perdaient presque toutes leurs plumes, continue Yohan Le Lannic. À 75 semaines d’âge en cages aménagées, les poules ont presque toutes leurs plumes. On a l’impression qu’on vient d’entrer les poules. Ça s’explique par une meilleure santé des poules. »
Le troisième effet sur la performance, comme l’explique Yohan Le Lannic, est la persistance de ponte. En vieillissant, les poules produisent moins, il y a une augmentation progressive de microfêlures et les poules sont réformées. « En cages aménagées, la qualité de coquille est meilleure en fin de ponte parce qu’on a un animal en meilleure santé et qui se fatigue moins grâce à son environnement », explique-t-il.
Malgré la présence d’un tapis dans le nid pour un meilleur confort et d’un « bac à sable », une sorte de tapis que les poules peuvent gratter et sur lequel de la moulée est déposée, le taux de salmonelles est « très faible » dans les cages aménagées. Malgré le fait que sur ces tapis, les poules peuvent aussi déposer leurs fientes. « On n’a pas remarqué d’augmentation de salmonelles, mais c’est effectivement une préoccupation », précise Yohan Le Lannic. Deux explications possibles :
1.     La France utilise massivement des poules rousses qui ont la réputation d’être plus propres.
2.     Le suivi des élevages pour les salmonelles est « très rigoureux ».
Les poules en cages aménagées pondent dans le nid, même lorsqu’il n’est pas complet, comme pour les quelques cages partiellement aménagées chez Jean-Claude Paradis ou chez Daniel Martel. Puisque les poules pondent principalement en fin de nuit, toutes au même endroit, les œufs pourraient tous se retrouver au même endroit sur la bande à œufs. Pour éviter cette situation, un dispositif avance automatiquement cette bande. Mais chez Jean-Claude Paradis et Daniel Martel, ce n’est pas le cas puisque la quasi-totalité des cages n’est pas aménagée. Yohan Le Lannic considère comme minime la plus grande présence de microfêlure sur la coquille.
Puis, la différence de consommation des poules n’est pas significative. « Elle n’est pas plus faible, dit le représentant Meller. On ne peut pas dire qu’elle soit plus élevée non plus. »
En fin d’élevage, le bac à sable et le tapis de cage sont propres. « Il est effectué simplement un dépoussiérage sur l’ensemble de la cage lors du vide sanitaire et une désinfection du bâtiment avant l’arrivée du lot de poules suivant », explique Yohan Le Lannic. Le remplacement des tapis peut être nécessaire au bout d’une dizaine d’années, en raison de l’usure créée par les poules qui les grattent.

Rentabilité
« Au début, tout le monde était contre les nouvelles normes, explique Yohan Le Lannic. Aujourd’hui, s’il n’y avait pas des coûts si élevés, tous s’entendraient pour dire que c’est bien mieux que les anciennes normes. En plus d’être plus joli de voir une poule en fin de ponte avec des plumes. » La différence de coût est liée aux équipements supplémentaires et au plus grand espace nécessaire pour loger de plus grandes cages, d’autant plus que les normes européennes sont de 750 cm2 par poule (116,25 pouces2).
Les poules pondent plus d’œufs en raison d’une plus grande longévité. Elles produisent 330 œufs par élevage par poule comparativement à 300 avant. « Le hic, c’est le coût d’investissement qu’on n’arrive pas à refiler au consommateur », explique Yohan Le Lannic. Alors que le producteur pouvait payer l’achat de cages en 10 ans avant les nouvelles normes. Il lui en faut maintenant 15. Certains producteurs ne feront pas le saut, en raison du coût d’investissement et du prix « catastrophique » des œufs payé aux producteurs, et du prix des grains qui monte en flèche.
Pour Jean-Claude Paradis et Daniel Martel, la situation était totalement différente. Leurs cages étaient désuètes et le système de gestion de l’offre contrôlait le prix payé au producteur. Cet été, Jean-Claude Paradis aménagera entièrement un autre poulailler avec les cages Meller partiellement aménagées. Pour sa part, Daniel Martel aimerait aménager ses cages enrichissables dans deux ou trois ans. Le Québec disposera donc bientôt des données sur ce nouveau type de logement.

*Article rédigé par Marie-Josée Parent.

*À noter que cet article n’est pas complet. La version intégrale est publiée dans Le Bulletin des agriculteurs, édition juin 2011.

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

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