L’emploi, une question d’attitude

«Chacun son métier, les vaches seront bien gardées. » Ce proverbe provient d’une fable du XVIIIe siècle de Jean-Pierre Claris de Florian, Le vacher et le garde-chasse. Colin le vacher part à la chasse en remplacement du garde-chasse qui le relaye pour garder les vaches pendant son absence. Lorsque Colin revient, le garde-chasse s’est endormi et les vaches ont disparu. Conclusion : il vaut mieux faire le métier pour lequel on est qualifié.
Cela semble une évidence, mais lorsque vient le moment de sélectionner l’employé idéal, tout cela se complique. Celui-ci s’exprime bien, a de l’expérience, mais semble peu responsable. Celle-là a une bonne formation, semble responsable, mais elle est peu disposée à travailler en équipe. Comment s’y retrouver?

Professeur en psychologie à l’Université du Québec en Outaouais, André Durivage est aussi président de l’entreprise EPSI. Celle-ci offre des services d’évaluation et de consultation en gestion des ressources humaines. Cet hiver, il a offert des conférences dans le cadre des Soirées Techni-Porcs sur les attitudes recherchées pour de bonnes performances en production porcine. Ses recommandations peuvent très bien s’appliquer à toute personne qui travaille en production animale.
La personnalité se structure en cinq grands traits : extroversion, agréable, aspect consciencieux, stabilité émotionnelle et ouverture. Chacun de ces traits a ses caractéristiques. Toutes ont leur utilité, nul ne les possède toutes. Mais surtout, tous ces traits et toutes leurs caractéristiques n’ont pas la même importance selon la tâche à accomplir.

Observance

Pour le projet de doctorat de Manon Racicot de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal portant sur l’observance des directives de biosécurité dans les poulaillers, André Durivage a identifié certains traits et caractéristiques essentiels (voir Passeriez-vous l’examen de biosécurité ? paru dans Le Bulletin des agriculteurs d’octobre 2010).
Puisqu’une forte proportion des employés et des propriétaires de ferme ne respectait pas les règles de biosécurité, André Durivage a fait passer un test de personnalité à chaque participant. Ceux-ci ne savaient pas que ce test portait sur l’observance. « Il y a définitivement un lien entre certains traits de personnalité et l’observance », constate André Durivage. Ceux qui respectaient le mieux les règles sont des personnes complexes, qui sont orientées vers l’action et qui ont tendance à se conformer aux règles.

Sécurité
De façon générale, les animaux d’élevage ont besoin de se sentir en sécurité. Et par conséquent, le travailleur agricole doit avoir une bonne relation avec l’animal. André Durivage a étudié chacune des sept études scientifiques portant sur la relation entre comportement des éleveurs et production des animaux d’élevage. Sa conclusion est claire. « Un des éléments majeurs faisant en sorte que les animaux vont produire, c’est le niveau d’anxiété, explique-t-il. Si les gens créent un environnement dans lequel les animaux ne démontrent pas de stress, alors les animaux ont une bonne productivité. »
La personne qui procure ce sentiment de sécurité est chaleureuse avec les animaux, elle est consciencieuse et elle a une stabilité émotionnelle. « Plus les éleveurs vont avoir une relation positive, seront consciencieux et stables émotionnellement, plus le rendement sera élevé, explique André Durivage. L’exemple le plus éloquent est une étude qui a démontré une différence de production laitière de 19 % dans les fermes où les personnes ont interagi de façon positive avec les animaux, comparativement aux fermes dans lesquelles les personnes ont démontré une attitude négative. »
Une autre étude en production porcine a démontré que les truies donnaient 1,5 à 2 porcelets de plus par truie par année si l’attitude était positive. Pour une ferme de 300 truies, cela représente une différence de 14 400 à 18 000 $ par année.
« La relation travailleur-animaux, ce n’est pas très loin de la relation parent-enfant, explique André Durivage. Les parents doivent démontrer de l’autorité, mais ils sont aussi chaleureux avec leurs enfants. »

Bien choisir
Pour avoir un bon employé, l’employeur doit d’abord s’investir lors d’un moment bien précis : l’embauche. Le trait de personnalité se change très difficilement. « C’est plus facile d’apprendre les connaissances à une personne que de changer ses attitudes », soutient André Durivage. Il est possible de faire passer un test de personnalité à un candidat. Il en coûte environ 100 $, beaucoup moins cher que de recommencer un processus d’embauche. « La pénurie de candidats potentiels, on la vit dans tous les secteurs, explique André Durivage. Mais il faut quand même savoir à qui on a affaire et le mettre au bon endroit. »

*Article rédigé par Marie-Josée Parent.

*À noter que cet article n’est pas complet. La version intégrale est publiée dans Le Bulletin des agriculteurs, édition juin 2011.

à propos de l'auteur

Journaliste et rédactrice en chef adjointe

Marie-Claude Poulin est journaliste et rédactrice en chef adjointe au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires