Les meilleurs troupeaux sont au Québec

Jean Brisson, expert en production laitière, Valacta.

Le tout dernier classement des meilleurs troupeaux laitiers au Canada montre que les 10 premiers sont du Québec et que sur les 25 troupeaux de tête, 16 sont québécois. La qualité générale des troupeaux et leur production s’améliorent sans cesse. Le Bulletin a voulu en discuter avec l’un des experts en production laitière chez Valacta, Jean Brisson.

Le classement des meilleurs troupeaux laitiers est pancanadien, n’est-ce pas?

Oui. Pour les Maritimes et le Québec, c’est Valacta qui recueille les données. Pour l’Ontario et l’Ouest, c’est CanWest DHI. On apprend dans ce classement que le Québec fait belle figure. Au-delà des troupeaux qui se classent en tête, il y a cependant, sur la moyenne, encore des choses à améliorer. La moyenne canadienne pour les cellules somatiques est de 225,000. Au Québec, on était en moyenne pour les 10 premiers mois de 2017 à 209,800. On est cependant encore loin de la Colombie-Britannique qui est à 170,138 (moyenne 2017). Il faut donc continuer de travailler sur la santé du pis.

Est-ce que le contrôle laitier est toujours un outil utile et stimulant pour les producteurs?

Absolument. Il y a l’aspect concours comme tel : quel troupeau se classe le premier, etc. Mais il y a surtout le grand nombre de données que cela fournit aux producteurs, même ceux qui utilisent des robots de traite. Le robot confirme la production de lait par vache, mais il manque bien d’autres éléments que le contrôle laitier peut fournir et à partir desquels on peut améliorer la performance du troupeau.

La performance passe par tout un cocktail d’éléments, non?

Ah oui ! On dit souvent qu’on ne peut pas être bon seulement à l’étable ou seulement dans le champ. Il faut être bon partout. Un excellent troupeau ne performera pas si ce qu’on lui donne à manger n’est pas de haute qualité. Et, en contrepartie, de l’excellent fourrage ne donnera pas les résultats escomptés avec un troupeau où la régie d’alimentation et l’équilibre de la ration font défaut. Mais on s’améliore constamment. En décembre 2017, le taux de matière grasse du lait livré au Québec atteignait 4,22 kg l’hectolitre, un nouveau sommet. Les quotas laitiers sont exprimés en kilos de matière grasse. Et cela est d’une grande logique, entre autres parce que le lait est payé aux producteurs sur la base de ses composants qui sont le gras, le lactose, la protéine et autres solides. Alors, dans le contrôle laitier, plutôt que de parler de kilos de lait par vache, on va parler de plus en plus de kilos de matière grasse. Sur ce paramètre précis, en 2017, la moyenne générale donnait 1,25 kg de matière grasse par vache en lait, par jour. En 2012, la productivité moyenne était de 1,09 kg. On avait donc, à l’évidence, un très bon potentiel génétique, il restait à permettre aux vaches de mieux l’exprimer. Pour ce qui est des fourrages, après des années difficiles en 2008 et 2009, l’année 2010 a marqué un tournant. On a soustrait d’un coup 2 % sur la teneur moyenne en ADF des fourrages. Les producteurs sont maintenant plus conscients de l’énorme potentiel de meilleurs fourrages. Aussi ils font montre d’une grande efficacité pour battre la météo capricieuse et faire de bonne récolte.

Il y a aussi les moulées, les concentrés qui jouent un rôle, n’est-ce pas?

Oui, la bonne génétique et de bons fourrages permettent de réduire sensiblement les rations de concentrés. Il y a quelques années, il fallait un kilo de moulée pour 2,5 ou 2,7 kilos de lait. Aujourd’hui, le même kilo de moulée soutient une production de lait de 3,2 à 3,3 kilos.

À votre avis, quel sera le facteur déterminant d’augmentation de la productivité laitière au cours des prochaines années?

Le bien-être animal. Ce n’est plus de la fabulation. Il est, au contraire, de plus en plus clairement démontré que les animaux qui sont bien, qui ne sont pas soumis à des stress et qui sont logés dans des emplacements confortables sont plus productifs. Au-delà des pressions de la société en faveur de meilleurs traitements pour les animaux, il y a là une réalité toute simple et de mieux en mieux documentée : bien traiter les animaux est rentable. Les gouvernements ont commencé à offrir des programmes de soutien à l’amélioration des bâtiments en rapport avec le bien-être. Et moi, je suis convaincu que ces investissements vont donner de nouveaux gains de productivité dans le secteur laitier. Une vache qui ne se couche pas montre qu’elle n’est pas bien. Si on lui fournit de bonnes conditions, elle va se coucher. Et, on a pu déterminer qu’une vache couchée 11 heures par jour plutôt que 10 heures va donner 1,7 kilo de lait de plus. Il faut parfois des réaménagements importants pour assurer le bien-être des animaux, mais souvent ce sont de petits détails qui font la différence. Il faut observer les animaux, voir leur comportement et chercher pourquoi ils sont stressés. Répondre à ces questions résoudra bien des problèmes et se traduira, encore une fois, par des gains en santé du troupeau et en productivité.

Propos recueillis par Lionel Levac et publié dans l’édition de mars 2018 du Bulletin des agriculteurs. Vous n’êtes pas abonnés? Faites-le en cliquant ici.

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