Priorité : colostrum de haute qualité

À la Ferme Carol Maheu de Sainte-Marie de Beauce, on accorde une grande importance au colostrum : chaque veau reçoit ses deux litres de colostrum de qualité deux heures après la naissance.
Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de janvier 2011

par Alain Fournier, agronome, M.Sc.

Pour Nancy Dion, de la Ferme Carol Maheu de Sainte-Marie de Beauce, les premières heures de vie du veau sont cruciales pour sa survie. C’est pourquoi Nancy et son conjoint Carol Maheu n’hésitent pas à investir du temps pour assurer au jeune animal un bon départ. Un colostrum de haute qualité, mesuré au colostromètre, est servi  rapidement au veau naissant.

Le colostromètre est un outil utilisé pour mesurer la concentration en anticorps du premier lait de la vache. Bien qu’un peu plus de 40 % des éleveurs laitiers du Québec disent servir un premier repas de colostrum dans les deux premières heures de vie du veau, très peu prennent le temps d’en mesurer la qualité. Il est pourtant reconnu que le colostrum est la seule source d’anticorps disponibles à la naissance du veau pour l’aider à combattre les microbes et virus qui menacent sa santé. La rapidité de la buvée après le vêlage lui garantit une bonne immunité, si le colostrum contient une bonne quantité d’anticorps.

C’est en 2008 que l’aventure a vraiment commencé. Dany Pellerin, conseiller chez Valacta, propose aux propriétaires de la Ferme Carol Maheu de participer à une étude de l’Université Laval réalisée dans le cadre du Programme du réseau de fermes pilotes. L’objectif du projet est la mise au point d’un outil d’évaluation de la régie

des veaux et génisses de remplacement. Les 28 éleveurs de l’expérience s’engageaient, entre autres, à prélever cinq échantillons de colostrum et cinq prélèvements sanguins
chez les veaux âgés d’une à deux journées, afin de mesurer la teneur en immunoglobulines du colostrum et du sang de l’animal. Les éleveurs recevaient une trousse incluant un colostromètre et un mode d’emploi, puis devaient l’utiliser pour mesurer la qualité des colostrums des prochains vêlages. Nancy a pris le projet au sérieux. Elle fait d’ailleurs toujours partie du quart des 28 éleveurs qui ont continué à mesurer la qualité du colostrum deux ans après la fin de l’étude.

Présence lors des vêlages

Pour Nancy et Carol, la naissance d’un veau est une opération prioritaire. La surveillance des vêlages revêt une importance cruciale, pour s’assurer d’intervenir  rapidement lors des vêlages problématiques, mais également pour servir rapidement un colostrum de haute qualité au veau. C’est à Carol que revient la tâche de récolter le
précieux liquide. Il effectue l’opération avec une chaudière d’une propreté exemplaire prévue à cet effet. Le lavage des trayons est effectué avant la traite pour ne pas contaminer le colostrum. Pour sa part, Nancy effectue la vérification de la qualité du colostrum et elle donne uniquement le colostrum d’excellente qualité pour alimenter le veau, le reste est jeté. Une buvée de deux litres est servie au jeune animal dans les deux heures suivant la naissance et deux autres litres de colostrum conservés au réfrigérateur sont servis de quatre à six heures plus tard.

Le colostrum qui n’est pas utilisé après le deuxième repas est congelé dans des sacs de plastique « ziploc freezer » de taille moyenne en format d’un litre. Contrairement à la croyance, les vaches de premier vêlage ne sont pas nécessairement celles ayant le moins bon colostrum, selon les dires de Nancy. Si on ne mesure pas la qualité du colostrum, il est impossible de le savoir. Quand le colostrum n’est pas d’excellente qualité, Nancy procède à la décongélation de deux sacs de colostrum dans de l’eau chaude.
Elle s’assure de pouvoir laisser sa main dans l’eau sans se brûler, avant d’y mettre ses sacs pour ne pas dénaturer les précieuses protéines et supprimer leur efficacité. Le colostrum des vaches ayant la leucose ou une mammite clinique n’est pas servi au veau. Cette pratique, en plus de l’utilisation d’une aiguille par animal lors des injections,
leur ont permis de pratiquement éliminer la leucose du troupeau.

Des efforts qui portent fruit
Les propriétaires de la Ferme Carol Maheu sont des adeptes de la médecine préventive et ils vérifient le sexe des veaux par échographie entre 60 et 90 jours de la saillie. Cette pratique permet d’identifier les jumeaux. Ils peuvent ainsi commencer la distribution de la ration de préparation au vêlage à l’avance pour ces vaches qui vêlent quelques jours plus tôt. De plus, l’identification des génisses par échographie leur permet aussi de planifier leur sélection selon la qualité génétique de la mère.

L’énergie investie chez les veaux s’est répercutée sur l’élevage des génisses dans son ensemble. En 2006, les taures vêlaient entre 28 et 30 mois, tout comme la moyenne des éleveurs du Québec. Aujourd’hui, les génisses sont saillies entre 14 et 15 mois et vêlent en moyenne à 24 mois, à un poids de plus de 600 kg. Annick Chabot, conseillère à la Coopérative agricole de Saint-Bernard et amie de Nancy, a participé activement à la réussite de l’entreprise. Elle mesure mensuellement les génisses et accompagne Nancy et Carol dans leur élevage par ses recommandations judicieuses en alimentation. Cette collaboration semble bien fonctionner, puisque les vaches à leur premier vêlage produisent annuellement entre 9000 et 9500 kg de lait.

Encadré : Un outil utile
Il est possible de se procurer l’outil d’évaluation de la régie des veaux et génisses de remplacement sur le site Agri-Réseau bovins laitiers en tapant dans l’outil de recherche :  évaluer vos pratiques d’élevage. Les éleveurs désireux d’acheter un colostromètre peuvent se procurer l’instrument à leur coopérative locale au coût d’environ 50 $. www.agrireseau.qc.ca/bovinslaitiers

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Un colostrum de haute qualité, mesuré au colostromètre, est servi rapidement au veau naissant.
2. À la Ferme Carol Maheu, la naissance d’un veau est une opération prioritaire.
3. La récolte du colostrum est effectuée par Carol dans une chaudière d’une propreté exemplaire prévue à cet effet.
4. Annick Chabot, qui est conseillère à la Coopérative agricole de Saint-Bernard et amie de Nancy, mesure mensuellement les génisses de Nancy et Carol.
5. Tout comme plusieurs éleveurs de cette région, l’entreprise est très diversifiée. Outre la production laitière, on y engraisse annuellement 7000 porcs. L’entreprise possède  aussi, avec le beau-frère de Carol, 285 truies en stock. Carol et Nancy sont également producteurs de grandes cultures avec 300 acres en maïs, soya et avoine.

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