Soya, la nouvelle entente États-Unis et Chine ne passe pas le test…

Les marchés ne digèrent tout simplement pas le manque de résultats de la nouvelle entente États-Unis et Chine.

Depuis la signature de cet accord qui offre bien peu pour le soya (voir, mon dernier billet : Entente États-Unis et Chine phase 1, c’est ça qui est ça…), à Chicago il a plongé de 40 cents, soit l’équivalent de près de 20$CAN la tonne ($CAN @ 0,7650). C’est pratiquement le recul que nous pouvons constater dans le marché du soya au Québec qui se transige maintenant autour de 430-440 $ selon les régions.

C’est très décevant sachant que ça faisait des mois qu’on espérait que cet accord revigore plutôt le marché du soya. Mais cette entente ne propose pas non plus encore un retrait par la Chine du tarif sur ses importations de soya américain. Peut-on alors blâmer vraiment les importateurs chinois de ne pas avoir acheté rapidement comme on l’espérait des volumes importants de soya américain?

Trump aura beau se bomber le torse qu’il sera venu à faire avaler (… de travers) l’achat d’un montant supplémentaire de 40 milliards de dollars d’achat chinois de produits agricoles américains par année sur deux ans, il faudra donc certainement être un peu plus patient que ça.

Sauf qu’en attendant, c’est certainement ce qui semble faire défaut aux marchés, la patience…

En Amérique du Sud, dans l’ensemble, la météo reste aussi très favorable. La récolte débute avec un peu de retard pour le soya hâtif au Brésil (autour de 1,5% de complétée). Mais les précipitations régulières ne posent pas vraiment problème pour la récolte pour le moment, et profitent toujours aux cultures.

En Argentine, on surveille du coin de l’œil des conditions peut-être bien un peu trop sèches, mais sans plus.

Bref, les achats chinois ne lèvent pas encore avec l’accord États-Unis et Chine, et tout indique toujours qu’une récolte record sera au rendez-vous au Brésil (122-124 millions de tonnes), et très bonne aussi en Argentine (53 millions de tonnes) cette année.

Personnellement, je ne baisse pas pour autant les bras. Je pense que nous pourrions avoir encore de bonnes surprises au cours des prochaines semaines/mois :

  • Une autre possible réduction de la dernière récolte américaine avec le nouveau sondage sur les superficies récoltées dans le nord du Midwest américain. Les résultats seront connus au printemps prochain.
  • Des ensemencements américains en hausse cette année, mais pas nécessairement à un niveau comparable aux sommets des dernières années autour de 89-90 millions d’acres.
  • La saison et les récoltes sont longues aussi en Amérique du Sud; jusqu’au mois de mai. Ceci laisse donc encore beaucoup de temps pour que d’autres inquiétudes météo aient lieu, et qu’elles fassent bondir les prix.

Les marchés ne sont certainement pas satisfaits de l’accord États-Unis et Chine comme en témoigne leur réaction depuis la semaine dernière. Sauf que l’encre de cette nouvelle entente n’est même pas encore sécher qu’on jette le bébé avec l’eau du bain.

Je pense qu’il faut plutôt donner la chance au coureur. Et si on ajoute à l’équation que la nouvelle récolte de soya sud-américain commencera sous peu à inonder le marché, il faudra peut-être bien patienter un peu plus, au printemps sinon à l’été, avant de voir les achats de soya américain par la Chine grimper de manière plus sérieuse.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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