À quoi ressemblera l’agriculture du futur?

Une paire de bottes, une pelle, de l’observation, du diagnostic, de la patience et un peu de matière grise active sont la solution.

Je suis tombé sur une publication qui nous proposait une certaine vision de l’agriculture du futur. Tellement impressionnant de voir de la belle grosse machinerie toute neuve sans conducteur. On doit réaliser qu’on est de moins en moins d’agriculteurs et qu’avec le manque de main-d’œuvre déjà présent, on se permet de rêver à l’automatisation de certaines opérations.

Par contre, j’ai de la difficulté à imaginer comment on pourra avoir des permis pour faire rouler des mastodontes de plusieurs tonnes tout autour de mon petit village, alors qu’on ne peut même pas faire voler un drone d’un kilo. Les fabricants semblent prendre plaisir à vraiment éliminer tout l’habitacle de l’opérateur, laissant croire à plusieurs que l’opérateur est carrément inutile. Pourtant, il y a tellement de détails qui dépendent de ce qui se passe entre le siège et le volant. Je crois qu’on saute plusieurs étapes. Nos fabricants nous font encore essayer de nouvelles moissonneuses de plusieurs milliers de dollars avec des capteurs de rendement non calibrés. On me propose d’investir sur un semoir à taux variable, alors qu’on ne prend même pas le temps de changer nos populations d’un champ ou d’une variété à l’autre. Quand je réalise qu’on gagne le concours de précision de semis contre des agriculteurs qui ont le supposé « gros kit », ça donne encore plus de crédit à l’agriculteur qui prend la peine d’opérer la machine et de descendre régulièrement faire les ajustements nécessaires. Qu’est-ce qui est le moins difficile? Se trouver un opérateur compétent ou attendre quelques jours pour avoir un service de technicien pour déboguer le tableau de bord? Donc c’est loin d’être un succès automatique.

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J’ai plutôt l’impression que l’agriculture du futur exigera qu’on soit de plus en plus dans le champ. Hey! Une paire de bottes, une pelle, de l’observation, du diagnostic, de la patience et un peu de matière grise active sont la solution. Investir sous nos bottines et entre nos deux oreilles. Comprendre notre sol, apprendre à le connaître dans ses moindres recoins et agir de façon chirurgicale. Je regarde la photo et je repense notre système de culture. Notre grand pourcentage de sol en semis direct nous permet déjà de couper de plus de 50% les temps d’opérations aux champs. Quelque 400 tonnes de sols sont bouleversées quotidiennement sans aucun effort et sans émission de GES. Pas de permis de travail ni de frais de déplacement à payer. Seulement s’assurer de donner un toit et de la bouffe à manger à tous nos microorganismes du sol. La solution est sous nos yeux et carrément sous nos grosses bottines. Il m’arrive de dire : pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt? Soyons positifs, il n’est jamais trop tard pour s’y mettre. Après tout, c’est ça notre profession : agriculteur!

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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