Coup de frein sur les pesticides

Au Québec depuis mars 2019, il est obligatoire de tenir un registre d’utilisation de  pesticides

Plusieurs équipes ont travaillé dans les dernières années à réduire l’utilisation des pesticides dans le contexte des grandes cultures. Elles ont fait part de leurs résultats lors d’un webinaire organisé par le MAPAQ le 10 décembre.

Avant même l’entrée en vigueur des nouvelles restrictions concernant l’application et l’ordonnance des pesticides, plusieurs groupes se sont penchés sur les moyens de réduire leur niveau dans les champs, à la fois dans un souci de l’impact sur l’environnement, mais aussi celui de la santé.

Durant trois ans, Yvan Faucher, Ann-Gabrielle Jutras et Stéphanie Mathieu, agronomes au MAPAQ, ont travaillé de 2017 à 2019 sur un projet pilote sur la réduction des indices de risques des pesticides (grandes cultures). Ils ont appliqué l’indicateur de risque des pesticides du Québec, aussi connu sous l’acronyme « IRPeQ », pour aider un échantillon de 121 producteurs à réduire leur utilisation de différents produits. L’IRPeQ est un outil de diagnostic et d’aide à la décision conçu pour optimiser la gestion des pesticides. Il comprend un volet santé (IRPeQ-santé) et un volet environnement (IRPeQ-environnement).

Après trois ans, la diminution sur les traitements de semence insecticide dans le soya était de 28%, tandis que ce taux avait reculé de 20% dans le cas du maïs. L’utilisation des diamides est en hausse et la plupart des entreprises qui traitent 100% de leurs superficies avec des insecticides de semence y ont recours. Sur les 121 entreprises, 7% avaient utilisé de l’atrazine en 2019, contre 80% deux ans plus tôt. L’utilisation du glyphosate est demeurée inchangé.

Les agronomes ont conclu que la mobilisation et l’emphase autour de la phytoprotection donnent des résultats, tandis que les indices de risques ont avantage à être intégrés dans les recommandations. Selon eux, l’IRPeQ permet de comparer les outils (risque et efficacité), de choisir des produits moins à risque et de calculer le risque sur la santé et l’environnement selon la réalité de chaque producteur.

Deux producteurs, Paul Caplette de Céréles Bellevue et Jordy Pirson de Porcheries Ardennes, ont offert un aperçu de leur expérience dans le projet-pilote. Si la réduction est plus facile dans la première année, elle devient plus ardue par la suite et demande un suivi plus serré au champ. Une machinerie adaptée ou un changement de culture peut aider mais les aléas de la météo viennent parfois contrecarrer les stratégies mises en place.

Dans le cadre de ce même projet pilote, les résultats de 29 producteurs provenant de trois groupes conseils en Montérégie ont été comparés à ceux de 17 producteurs, provenant principalement de Agri Conseils Maska. Le projet mené durant trois ans visait à réduire l’impact des pesticides dans le bassin versant de la Rivière des Hurons Nord. Patricia Leduc, agronome, conseillère à Agri Conseils Maska, a expliqué que le projet tentait d’évaluer la gestion des pesticides et son lien avec la santé du cours d’eau en utilisant l’IRPeQ. La combinaison de deux programmes, dont Prime-vert, a assuré le volet financier du projet qui a permis de mettre sur pied un plan d’action adapté à chacun (avec le support du MAPAQ). Durant le projet qui visait l’amélioration du volet phyto-protection, plusieurs producteurs ont amélioré leurs connaissances sur la santé des sols (historique des champs, etc.), le calibrage de leur machinerie, ainsi que le dépistage. Le bilan sur deux ans indique une diminution notable des différentes matières actives dans l’eau et une amélioration de l’IRPeQ.

Patricia Leduc note que la réceptivité a été bonne chez les producteurs de plus en plus sensibilisés par le volet santé. Le projet a également eu un effet de rayonnement et a encouragé les participants à poursuivre leurs efforts, en plus de permettre aux conseillers d’échanger entre eux. La démarche demande, par contre, un suivi et un soutien, surtout lors des années difficiles comme 2020.

Sylvie Thibaudeau, agronome, M. Sc., conseillère, Club agroenvironnemental du bassin La Guerre, a pour sa part présenté les résultats de ses observations quant aux effets bénéfiques des cultures de couverture pour la santé des sols et le rendement. Bien que les aspects chimiques et physiologiques des sols soient bien connus, il faut aussi, selon elle, prendre en compte une troisième composante, soit l’aspect biologique qui regroupe les microorganismes, la matière organique, les vers de terres et les racines.

Les cultures de couverture ont prouvé leur efficacité puisqu’il a été démontré que l’activité biologique est concentrée autour des racines. Dans un essai fait au champ, des intercalaires de trèfle et d’orge ont amélioré l’infiltration d’eau dans un sol argileux. Dans un autre cas, l’efficacité de la moutarde et du pois fourrager comme engrais vert a été comparé dans la culture d’un champ de maïs. L’utilisation de l’azote a été nettement moins nécessaire pour arriver à des rendements supérieurs qu’en utilisant une dose de 240 kg par hectare d’azote durant toute la saison. Un sol avec une moins bonne structure de sol répondra d’ailleurs mieux à l’ajout d’azote, tout en étant moins économique.

L’effet des cultures de couverture a également fait ses preuves vis-à-vis les maladies et les mauvaises herbes. Dans le premier cas, les populations d’organismes utiles augmentent et permettent de combattre les maladies en produisant des substances qui détruisent les pathogènes du sol. La couverture végétale va, quant à elle, compétitionner avec les mauvaises herbes, augmenter l’activité microbienne et produire des substances allélopathiques qui affectent la germination et la croissance des indésirables. Plus l’activité microbienne dans un champ est élevée, moins la biomasse des mauvaises herbes est importante, note Sylvie Thibaudeau. Elle préconise une manière simple, mais efficace pour vérifier l’activité dans les champs, soit l’enfouissement de caleçons en coton.

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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