Des inoculants pour toutes les cultures

Au Québec, les producteurs de grandes cultures ont rapidement adopté la technologie des traitements de semence. D’ici quelques années, ils seront probablement parmi les premiers à utiliser systématiquement des inoculants pour chacune de leurs cultures, une pratique qui tend déjà à se généraliser dans le soya.

Serge Gagné, directeur de la recherche et du développement chez Premier Tech

L’un des grands architectes de cette prochaine révolution verte pourrait être Premier Tech, une entreprise de Rivière-du-Loup d’abord spécialisée en production de tourbe pour le jardinage. Elle commercialise depuis peu MykePro, un champignon endomycorhizien qui colonise les racines de la plupart des cultures, à l’exception des crucifères comme le canola. Le produit s’applique au semis, sous forme granulaire, liquide ou en poudre, sur la semence.

« Ces champignons existent dans la nature, explique Serge Gagné, directeur de la recherche et du développement chez Premier Tech. En forêt, la plupart des plantes sont mycorhizées. Dans les sols agricoles, par contre, les quelques mycorhizes qui restent sont celles qui ont réussi à s’adapter aux produits chimiques et à survivre malgré le travail du sol. Elles ne sont pas très performantes d’un point de vue agronomique. »

Les mycorhizes se développent à la fois à l’intérieur de la racine et dans le sol. Elles forment un réseau qui puise l’eau et les éléments nutritifs non mobiles. En retour, la plante leur fournit certains sucres essentiels à leur croissance.

« C’est comme si on augmentait le système racinaire de la plante », illustre Serge Gagné. Vu autrement, l’utilisation d’inoculants est une façon d’optimiser la capacité nutritive du sol, suggère-t-il. Les mycorhizes partent à la recherche non seulement du phosphore, mais aussi de microéléments, comme le zinc et le fer, dans certains cas l’azote aussi.

Le travail du sol, combiné à l’absence d’une culture hôte pendant la moitié de l’année, perturbe les populations de mycorhizes, de sorte qu’il est préférable de stimuler leur croissance par une application chaque printemps. « Plus la mycorhization se fait tôt en saison, plus la plante en profitera et plus grand sera l’effet sur le rendement final. »

Dès l’année de l’application, les mycorhizes ont un effet positif sur le rendement, de l’ordre de 4 % à 10 %, selon le type de culture et les conditions du sol.

Dans le soya au Québec, MykePro a donné une augmentation moyenne de 4 % des rendements en 2011. La commercialisation n’a pas encore été lancée pour le maïs, mais les essais démontrent des augmentations de rendement de 4 % à 5 %. Pour la pomme de terre, la différence de rendement est encore plus grande.

D’après Serge Gagné, de façon générale, une augmentation de 1 % de rendement couvre les frais d’achat et d’application du produit. Premier Tech travaille à améliorer la facilité d’utilisation pour qu’un jour, les producteurs puissent acheter des semences « prémycorhisées ».

Il n’y aurait aucune incompatibilité avec les traitements de semence, mais le défi consiste à faire survivre les mycorhizes sur la semence pendant les semaines avant la livraison chez le producteur.

Premier Tech n’a pas encore réussi à analyser les effets bénéfiques à long terme de l’utilisation répétée d’inoculants endomycorhiziens dans le sol d’un même champ. On sait qu’une année de canola élimine les mycorhizes. Par contre, dans un sol en semis direct ou en travail réduit, il se pourrait qu’après plusieurs années, les mycorhizes se soient installées de façon durable.

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