Comment sauver votre saison de foin?

*La saison 2020 avait bien débuté avec des semis quasi parfaits mais depuis les problèmes s’accumulent, ainsi que les impacts sur le rendement. Le gel a affecté les luzernières au mois de mai, suivi d’une sécheresse qui a débuté dans le même mois.

Les plantes abris qui nous ont habitués à des rendements stables durant les dernières années se sont avérés un désastre par secteur en 2020. L’implantation et la croissance de l’avoine, du pois, du raygrass annuel et bisannuel utilisés en fourrage ont grandement été touchés. L’implantation des prairies ne fait pas exception. Voici quelques suggestions pour pallier le manque de volume des prairies existantes !

Les semis d’été et leur culture

Le mois de juillet est propice au semis de plantes dites « C4 ». En bon français, ces plantes tropicales de saison chaude tirent leur avantage en période de chaleur et de sécheresse. Elles ont l’habitude de pousser dans des zones semi-arides. L’herbe de soudan, le sorgho-soudan, le millet perlé fourrager et le millet japonais sont les principales utilisées. L’article précédent des Experts fourragers en discutait. Elles sont très sensibles au gel et semé avant le mois de juin, leur croissance risque d’être affectées au point de devoir détruire la culture. Elles sont adaptées à la croissance d’été mais évidemment, les semences nécessitent un minimum d’eau pour la germination.

Plus la plante devient mature, plus la qualité nutritive se détériore. Lorsque la période de croissance est limitée, une seule fauche à 60 jours est à prévoir. Si la période de croissance le permet, pour maintenir une meilleure qualité nutritive, 2 fauches à 45 jours pourraient être préférable.

Au niveau fertilisation, ces plantes requièrent les mêmes besoins en azote que le maïs. L’épandage de l’azote devrait être fractionné en deux soit la moitié au semis et l’autre après la première coupe.

Le sorgho a le meilleur potentiel de rendement mais contient de l’acide prussique. Une attention particulière devrait lui être porté.

  • La fauche ne devrait pas se faire avant 19-24 pouces de hauteur.
  • Après une gelée meurtrière, attendre 3 à 5 jours avant d’ensiler. Il faut aussi attendre la fermentation complète avant de donner aux animaux, soit 6 à 8 semaines.

Le choix de la plante se fait en fonction de diverses caractéristiques mais également en fonction de la disponibilité.

Le millet japonais et l’herbe de soudan ont des tiges plus fines et des plants plus feuillus. Le potentiel de rendement du sorgho soudan et du millet perlé sont meilleurs mais à maturité, ils sont plus fibreux.

Herbe de soudan, hauteur du plant à 42 jours de croissance

Millet perlé, hauteur du plant à 42 jours de croissance

Herbe de soudan, hauteur du plant à 42 jours de croissance

Millet japonais, hauteur du plant à 42 jours de croissance

Les couverts végétaux à la rescousse des fourrages

Une bonne pratique, que je travaille fort à promouvoir, est le semis de couverts végétaux. La période de récolte des céréales s’annonce hâtive et laisser le sol à nu est fortement déconseillé. Si le mois de juillet n’est pas la période optimale pour semer de l’avoine et du pois, surtout en région plus chaude, l’arrivée progressive de l’automne dès le mois d’août est le moment idéal.

L’association de ces deux plantes utilisées comme culture de couverture est également excellente pour nourrir le troupeau. D’autres espèces sont à étudier dans le futur, comme le tournesol et la phacélie. Je prends le temps de faire des tests et je vous en reparle !

La teneur en eau des brassicacées (anciennement crucifères) en font des espèces à éviter pour l’ensilage. En mélange avec des graminées, ces espèces sont toutefois très intéressantes pour les pâturages d’automne. Le navet, le chou fourrager en sont deux exemples. Le semis devrait être effectué au plus tard le 15 juillet. De 10 à 15 semaines de croissance sont nécessaires pour un rendement intéressant Il est toutefois important de s’informer au préalable afin de prendre les précautions nécessaires pour éviter certains problèmes chez les ruminants.

Bien que l’utilisation de ces couverts a pour objectif de pouvoir sauver la situation cette saison, certains bienfaits des couverts végétaux seront perdus au change. Lorsque la plante entière est enfouie, le recyclage des éléments nutritifs et le retour en matière organique ont des effets importants pour le sol. Une fois la plante entière récoltée et exportée du champ, ces objectifs ne sont plus remplis. Si la paille est en plus exportée du champ avant le semis des cultures de couverture, ces champs devraient être fortement privilégiés pour l’épandage du fumier.

Bien que les dégâts soient déjà faits dans plusieurs cultures, je nous souhaite de l’eau afin de ne pas aggraver la situation!

*Texte réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères. Les propos exprimés dans le texte relèvent toutefois de l’auteur et n’engagent pas le CQPF.

à propos de l'auteur

Commentaires