Faire entrer le chaulage dans l’ère de la précision

On entreprend un projet de recherche ambitieux pour accroître la précision et la fiabilité des recommandations de chaulage

Les nouvelles technologies liées à l’agriculture de précision permettent de varier le taux de semis selon le potentiel du sol. Elles nous guident aussi pour ajuster la fertilisation selon les besoins du sol. Par contre, le chaulage n’est pas vraiment entré dans l’ère de la précision. C’est du moins l’avis du Dr. Lotfi Khiari, professeur-chercheur en gestion du sol à l’Université Laval.

En fait, celui-ci avance même que les applications de chaux qui se font actuellement au Québec sont pénalisées par le manque de précision des technologies et des méthodes employées. «Le système actuel de diagnostic de l’acidité des sols, de la qualité des amendements et de recommandation d’application des amendements calciques a fait l’objet de plusieurs critiques, rapporte-t-il. Plusieurs acteurs clés : producteurs, conseillers, industriels et réglementateurs, ont longuement réclamé des ajustements de ces trois composantes.»

Appelé à donner des exemples concrets, il pointe la technique utilisée pour mesurer l’acidité du sol, qui se fonde sur le pH tampon. «Des analyses ont démontré que le pH du sol à un endroit donné varie considérablement selon le moment de l’année où l’échantillon est pris, dit-il. Il existe d’autres approches qui pourraient procurer des résultats plus fiables.»

Le Dr. Khiari déplore aussi le fait que les recommandations de chaulage du Guide de fertilisation du CRAAQ sont les mêmes quelle que soit la nature de la chaux employée. «Ce n’est pas vrai que toutes les chaux se ressemblent, lance-t-il. Par exemple, une chaux crue et une chaux cuite n’ont pas la même vitesse de neutralisation et leur effet ne se fera pas sentir dans le même délai.»

Ce sont ces constats qui ont conduit le spécialiste, il y a quelque mois, à entreprendre un ambitieux programme de recherche. Devant s’étirer jusqu’en 2024, le projet porte le nom de DAQARA, un acronyme référant au diagnostic d’acidité, à la qualité des amendements et aux recommandations d’application.

Les ressources sur lesquelles s’appuie le programme sont à la mesure de son caractère ambitieux. Il dispose d’un financement important du Conseil national de recherche du Canada. De plus, des acteurs importants du secteur privé y sont impliqués, soit Graymont, Omya Canada et Rio Tinto.

Trop souvent oublié, le chaulage va de toute évidence faire parler de lui au cours des prochaines années.

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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