Hausse des prix des engrais

Le prix des intrants sera à considérer avec attention en 2019

Le prix des engrais a grimpé depuis un an et la pression sera à la hausse à mesure que le printemps sera à nos portes. Si la tendance est normale en raison de la demande plus forte, d’autres facteurs sont en jeu cette fois-ci.

La Chine qui était un exportateur mondial d’azote est devenue en un an un importateur, pour des raisons environnementales. Le brusque changement de ce joueur important crée des vagues qui prendront du temps à s’estomper, explique Stéphan Laliberté, Directeur approvisionnement fertilisants & protection/santé des cultures chez Synagri. « La Chine a décidé de freiner sa production d’urée et de ferme des usines pour des questions de gestion environnementale, ce qui a créé une pression importante sur les tiers et qui s’est répercutée sur tous les produits azotés (…) L’augmentation de la production prendra du temps. Il faudra augmenter la capacité par de nouvelles usines. Cela prendra plusieurs années avant de revenir au même niveau, si la Chine ne revient pas sur sa décision. »

Pour l’instant, le manque à gagner au niveau de l’offre s’est traduit par des hausses de 100$ la tonne pour l’urée, et de 50$ la tonne pour l’azote liquide, rapporte Farmtario.

Les prix du phosphore ont pris la même tangente, suivi de la potasse, même si dans ce dernier cas il n’est pas question de pénurie mais davantage de suivre la tendance. Dans le cas de la potasse, les besoins de la Chine sont également importants mais de nouvelles unités de production dans l’Ouest canadien et en Russie devraient pouvoir subvenir à la demande.

Signe des temps, la géopolitique se mêle à l’histoire. Les mesures commerciales américaines qui pénalisent les pays tiers transigeant avec l’Iran accentuent la faiblesse de l’offre, puisque l’Iran est un producteur de fertilisant. À ce chapitre, l’incertitude des négociations entre la Chine et les États-Unis pour régler leurs différends commerciaux a également un impact sur le marché des fertilisants.

Financement agricole Canada (FAC) a de son côté également traité de la question des intrants dans ses perspectives pour 2019. L’organisme note que le prix de la potasse a augmenté d’environ 5% et celui des herbicides 5% dans les douze derniers mois. « Cette tendance à la hausse du prix des intrants risque de se répéter cette année, de concert avec l’augmentation prévue des coûts de main-d’œuvre, et d’emprunt et d’autres perturbations commerciales. » L’offre mondiale prendra du temps à s’ajuster, selon FAC, autant pour la potasse que l’azote, surtout que l’Inde devrait aussi ralentir sa production pour des raisons environnementales.

« Il est toujours possible que la Chine décide de changer d’idée si les prix sont intéressants et de repartir les usines », note toutefois M.Laliberté.

Entretemps, le gestionnaire recommande aux producteurs de répartir les risques le plus possible en étalant les achats. « Ce n’est surtout pas le temps de faire de la spéculation », avertit M.Laliberté. Il faut selon lui être pro-actif. « Les prix ne devraient pas affecter la rentabilité des céréales ». L’agronome note que les développements dans les céréales, dont l’orge, ont modifié les besoins en azote, un aspect à étudier dans le contexte actuel.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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