L’imagerie satellite au service des plantes fourragères

L’imagerie satellite pour l’évaluation des rendements des plantes fourragères… à quand pour le Québec?

La culture des plantes fourragères est l’une des plus importantes au Canada en termes de superficie, mais comparée à d’autres productions comme le maïs ou le blé, elle est probablement celle pour laquelle on retrouve le moins d’outils d’aide à la décision et de données sur les rendements et le coût de production.

La connaissance des rendements et la performance d’une production sont un facteur névralgique pour la régie et la rentabilité des entreprises agricoles. Ces informations sont aussi importantes pour le gouvernement dans leurs programmes d’assurance récolte et d’occupation du territoire, ou pour l’évaluation de leurs différents programmes mis en place.

Dans le secteur des plantes fourragères, les moyens pour arriver à mesurer les rendements sont des mesures soit indirectes (évaluation des rendements à partir de modèles et de stations météo), soit dispendieuses (capteur de rendements sur des fourragères automotrices) ou encore peu précises et non conviviales (calcul du nombre de balles ou de boîtes d’ensilages). Voyons ce qui a été fait dans d’autres pays pour résoudre ce problème.

L’imagerie satellite au service des plantes fourragères

Au début des années 2000, l’Australie a lancé la plateforme Pasture from Space et maintenant Pasture.io qui permettent, à partir d’imagerie satellite, de mesurer les rendements des prairies à coût abordable et à grande échelle. La plateforme utilise l’imagerie satellite pour prédire les volumes de biomasse (tonne de matière sèche/hectare) pour les prairies des producteurs australiens et ainsi faciliter la gestion de leur pâturage. Plus près de nous, la Canadian Cattlemen’s Association a obtenu du financement du gouvernement canadien pour financer un projet utilisant les images du réseau de satellites MODIS, afin d’évaluer la biomasse des prairies albertaines, permettant ainsi de connaître les rendements des praires de façon individuelle à chaque ferme. Avec ces informations, les producteurs albertains souhaitent améliorer la précision et l’efficacité de leur programme d’assurance récolte en fourrages.

Un outil à la portée de l’agriculture québécoise

Avec l’accès à l’imagerie satellite gratuite, ou encore avec l’utilisation de l’imagerie captée par les nouvelles constellations de satellites récemment lancées (plus précises, mais pas gratuites), il est possible de s’imaginer que l’utilisation de l’imagerie satellite pour évaluer les rendements des prairies du Québec est à notre portée. Par contre, pour obtenir ce type de service, il sera nécessaire d’investir pour développer des modèles de prédiction spécifiques au Québec à partir de l’imagerie satellite et de la prise de mesures aux champs des rendements et de la qualité des fourrages (ce qui représente plusieurs milliers d’observations à travers le Québec et sur l’ensemble de la saison de croissance). Le potentiel de l’utilisation de l’imagerie satellite pour la culture des plantes fourragères va même au-delà de la mesure du rendement pour des fins d’assurance récolte ou de régie des entreprises. Elle pourrait permettre d’évaluer la maturité des plantes fourragères, de calculer des crédits de carbone ou encore de suivre l’effet des changements climatiques sur l’agriculture québécoise. Alors, qu’attendons-nous pour mettre en place ce type d’initiative structurante pour le Québec?

à propos de l'auteur

Collaborateur

Maxime Leduc - Ph.D. et agr.

Ayant complété son doctorat en sciences animales et étant copropriétaire de la ferme sur laquelle il a grandi, Maxime Leduc est pleinement conscient de la réalité des agriculteurs, en particulier des difficultés qu'ils rencontrent. Il souhaite fournir aux producteurs des outils adaptés et efficaces qui favoriseront la croissance de leur entreprise.

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