Paître la luzerne ?

La luzerne est un des fourrages les plus populaires pour la récolte, mais les éleveurs la boudent quand il est question de faire paître leurs animaux. Les risques de météorisation, ou si vous préférez de développement de gaz dans l’estomac, en sont la cause principale.

Pourtant, s’il était possible de contourner ce problème, les éleveurs pourraient augmenter leurs gains aux champs. Jack Kyle, spécialiste des animaux de pâturage du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation de l’Ontario (MAAARO), explique sur le Bœuf virtuel du MAAARO que les gains peuvent atteindre trois livres par jour chez les animaux de boucherie gardés dans des champs de luzerne.

Toutefois, le risque de météorisation est bien réel et dangereux. Il peut même mener à la mort de l’animal.

Le spécialiste en élevage John Popp du ministère de Agriculture, de l’Alimentation et de la Ruralité du Manitoba a étudié les conditions qui favorisent la météorisation et par conséquent, les meilleures pratiques pour la limiter.

1. La plante

La luzerne est digérée beaucoup plus rapidement qu’une graminée. Elle est donc plus propice à développer des gaz chez les bovins, surtout dans le stade végétatif ou en début de floraison. Après la floraison, la plante renferme de plus en plus fibres, ce qui diminue les risques de météorisation. Le spécialiste recommande donc d’attendre après la floraison pour la faire paître aux animaux.

2. Heure du jour

Le niveau de protéines solubles est plus élevé le matin, ce qui accroît les risques. Il vaut donc mieux attendre en après-midi avant d’introduire les animaux à un pâturage de luzerne.

3. Sélection d’aliments

Un animal qui n’est pas habitué de manger de la luzerne fraîche va préférer les autres plantes. Il ne mangera la luzerne que lorsque les autres plantes auront été mangées. La grande quantité de luzerne consommée en peu de temps par la suite augmentera les risques de météorisation.

« La consommation uniforme et régulière est la clé de la gestion des animaux sur un pâturage de luzerne », soutien John Popp. Il recommande de s’assurer d’avoir une bonne densité animale sur le pâturage. La compétition entre les animaux fera en sorte que ceux-ci sélectionneront moins leurs aliments.

4. Satiété

Si les animaux sont affamés lorsqu’ils sont transférés dans un nouveau pâturage, ils vont manger une grande quantité de nourriture en peu de temps. Il vaut donc mieux ne pas attendre que la parcelle soit complètement rasée avant de transférer les animaux dans la nouvelle parcelle. Avec un estomac plein, ils vont y aller plus doucement sur la luzerne fraîche.

5. Observation

John Popp explique que les bovins mangent en trois à quatre périodes par jour. La météorisation survient environ une heure à une heure et demi après chaque période. C’est à ce moment qu’il faut prêter une plus grande attention aux animaux. L’observation permet de détecter les problèmes et d’adapter sa régie.

Dans les périodes de chaleur ou lorsqu’il y a plus de morsures d’insectes, il faut surveiller davantage les animaux puisqu’ils sont à plus haut risque. Parfois, une simple marche des animaux dans le pâturage peut faire passer la période de météorisation.

6. Produits

Jack Kyle recommande d’utiliser au besoin des produits comme le Bloat Guard et Alfasure. « Ces produits doivent être administrés seulement s’il y a un risque de météorisation », dit-il.

Toutes les mesures aux champs n’élimineront pas les risques de météorisation, mais une meilleure compréhension des réactions entre la plante et les animaux pourront permettre aux éleveurs de tirer les bienfaits de la paissance de la luzerne.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires