Semer le seigle avant la récolte de maïs?

Implanter le seigle au début du dessèchement du maïs semble être avantageux

Implanter le seigle au début du dessèchement plutôt qu’en post-récolte du maïs augmente ses chances de survie à l’hiver. Ces deux photos ont été prises le 22 novembre 2020. La photo de gauche montre du seigle implanté au début du dessèchement, alors que le seigle de la photo de droite a été semé avec rouleau après la récolte du maïs.

Le seigle d’automne connaît un essor impressionnant comme plante de couverture. Un essor qui s’explique par ses multiples qualités. Il se démarque par sa croissance rapide. Il possède la capacité de capter l’azote résiduel. Il dispose d’une solide rusticité qui lui permet de traverser l’hiver et de continuer à produire des bénéfices au printemps. 

Le défi, c’est d’arriver à le semer assez tôt pour qu’il ait le temps de bien s’implanter avant l’hiver. «Idéalement, on veut qu’il ait le temps de développer au moins deux feuilles ou de commencer à taller, indique l’agronome Geneviève Giard tout en rappelant que d’autres facteurs influencent sa survie à l’hiver, comme les conditions hivernales, l’égouttement du sol et la présence de résidus.» En Montérégie, cette conseillère du club agroenvironnemental Agri Conseils Maska situe la période optimale de semis entre la mi-septembre et le début d’octobre. «Au-delà du 20-22 octobre, ajoute- t-elle, le risque d’échec est plus élevé selon la saison. » 

Le problème, c’est évidemment qu’à cette période, la récolte de maïs-grain commence à peine. Lorsque dame Nature se montre maussade, le semis du seigle en post-récolte peut se voir repoussé bien au-delà de cette date. Il ne reste alors qu’à espérer bénéficier de temps doux tard en automne. 

Bref, cela fait beaucoup d’incertitudes. Il ne viendrait à l’idée de personne de pratiquer une culture commerciale avec une telle épée au-dessus de la tête. Veut-on raisonner autrement pour une culture de couverture? Pas nécessairement. C’est pourquoi plusieurs se demandent si l’on ne pourrait pas implanter le seigle en intercalaire dans le maïs-grain plutôt qu’en post-récolte. Arriverait-il à se développer ? Nuirait-il au développement du maïs ? 

Agri Conseils Maska a amorcé en 2018 un projet d’essais pour trouver les réponses. Ce projet en est actuellement à sa troisième et dernière année. Les deux premières années, on a implanté le seigle à différents moments de la saison : au semis, au stade V3-V4 (5-6 feuilles), au stade V7-V8 (9-10 feuilles), à la sortie des croix, au stade début dessèchement et en post-récolte. Tous les semis ont été effectués à la volée sauf en post-récolte où dans certaines parcelles, on a utilisé un semoir. 

Les essais ont eu lieu sur huit sites de la Montérégie en 2018 et en 2019 et sur six sites en 2020. 

Des pistes intéressantes 

Le projet a fait la démonstration, si cela était nécessaire, des aléas météorologiques sur l’implantation du seigle en post-récolte du maïs. «Les récoltes de maïs de 2018 et de 2019 ont été ralenties par des conditions défavorables comme le gel ou même la neige, raconte Geneviève Giard. Les semis de seigle en post-récolte se sont faits tardivement, ce qui a nui à la survie de la plante à l’hiver. Dans certains cas, il a même été impossible de semer le seigle. » 

«Les implantations qui ont eu le plus de succès et qui ont pu développer une biomasse considérable jusqu’aux premières gelées, indique-t-elle, sont celles faites à la sortie des croix et en début de dessèchement. » 

De leur côté, les implantations réalisées en début de saison ont connu moins de succès. «On a observé le développement d’une belle biomasse en été, décrit la conseillère. Mais en septembre, la sénescence des plants de seigle s’est amorcée. À la fin de l’automne, la quasi-totalité des plants étaient morts. » Soit dit en passant, l’implantation du seigle en début de saison n’a généralement pas affecté le rendement du maïs. 

«Les étés 2018 et 2019 ont été particulièrement secs, ce qui a pu nuire à la survie des plants, formule l’agronome. Cependant, le manque d’accès à la lumière dû au couvert végétal dense formé par le maïs semé aux 30 po sur des sites avec de bons rendements semble l’explication la plus plausible. » 

L’implantation du seigle en intercalaire en pré-récolte du maïs semble être une régie très intéressante. Elle soulève évidemment un défi technique puisqu’une telle implantation doit se faire à la volée avec une machine de type « floater » (Terragator, Tyler Titan, etc.), laquelle possède une rampe pouvant s’élever au-dessus du maïs. 

Geneviève Giard rappelle qu’un projet d’implantation de seigle d’automne doit inclure un plan de destruction. «Il est important de surveiller le seigle au printemps, dit-elle. Il ne suffit pas d’avoir un plan de destruction basé sur le stade du seigle et celui de la culture principale. Il faut aussi tenir compte des conditions climatiques du printemps et, au besoin, devancer la destruction du seigle afin de ne pas nuire à la culture principale. » 

Cahier Cultures de couvertures
Cet article est tiré du cahier Cultures de couverture publié dans l’édition de juillet du Bulletin des agriculteurs. Cliquez-ici pour en apprendre plus sur l’implantation des cultures de couvertures.

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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