Un microbe qu’on aime

La bactérie responsable de la nodulation du soya tolère mal le froid. Certains composés permettent de la mettre quand même au travail

Cela fait un peu bizarre de parler de microbes dans le contexte actuel. Pourtant, tous ne nous font pas la vie dure et certains s’avèrent même de précieux alliés. Comme Rhyzobium, dont le Dr Don Smith, de l’Université McGill, a traité lors du Rendez-vous végétal 2020.

On sait que si le soya ne requiert pas de fertilisation azotée, c’est grâce à une bactérie –Bradyrhizobium japonicum– qui vit en symbiose avec la plante et qui fixe l’azote atmosphérique. Le hic, c’est que cette bactérie n’apprécie pas le froid. Originaire de zones subtropicales et même tropicales, le soya a un métabolisme adapté à des températures relativement chaudes. La température optimale pour sa nodulation se situe entre 25 0C et 30 0C. À des températures plus basses, la nodulation ralentit ou retarde. D’où cette pâleur que le plant affiche parfois dans les semaines suivant sa levée.

Le Dr. Smith a cherché l’explication métabolique de ce ralentissement. Il a constaté que celui-ci est causé par une perturbation des signaux que la plante envoie à la bactérie à la première étape de la nodulation. Le chercheur a eu l’idée de fournir à l’inoculant bactérien le signal approprié. Il l’a traité avec la génistéine, un composé de la catégorie des isoflavonoïdes. Cela a eu pour effet d’activer les gènes de la bactérie impliqués dans la nodulation. La fixation de l’azote atmosphérique s’est amorcée quatre à cinq jours plus tôt et la quantité totale fixée a grimpé de 80 %. Au final, le rendement du soya s’est accru en moyenne de 10 % à 20 % avec une pointe à 40 %.

Bien que la technique développée par le Dr. Smith ait fait l’objet d’une commercialisation, elle comporte deux limitations sérieuses. D’une part, la génistéine est extrêmement coûteuse (jusqu’à 1000 $ par milligramme). D’autre part, sous certaines conditions, celle-ci peut endommager la cellule bactérienne.

Inspiré par les travaux d’une autre équipe de recherche, le chercheur de McGill s’est tourné vers une seconde molécule, l’acide jasmonique, qui offre l’avantage d’écarter ces deux obstacles. Les résultats se sont avérés aussi positifs, sinon plus. Les essais ont débouché sur une hausse moyenne de rendement de 15 %. L’acide jasmonique s’avère particulièrement efficace en sol lourd et lors d’un printemps froid.

Cette seconde technique est elle aussi déjà commercialisée. Désolé pour ceux qui auraient voulu sauter sur l’opportunité!

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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