Une vieille pratique à remettre au goût du jour ?

Julien Harton expérimente le semis du blé de printemps à la volée sur sol gelé

Ce champ de blé a été semé le 22 avril. Cette photo prise il y a à peine une semaine révèle à quel point le blé prend de l’avance.

L’an dernier, ce producteur de lait de Saint-Épiphane, une localité située près de Rivière-du-Loup, a semé 10 acres de blé en avril sur sol gelé. En guise de technique, il a utilisé un épandeur d’engrais chargé de blé de consommation animale et enchaîné avec un coup de déchaumeuse.

Le résultat l’a agréablement surpris. «Le contracteur qui est venu battre le champ m’a dit que c’était le plus beau qu’il ait vu durant la saison», raconte le copropriétaire de la Ferme Harlait, qui comprend un troupeau de 165 vaches en lactation sous traite robotisée et un millier d’acres en culture.

À vrai dire, le rendement n’avait rien d’impressionnant pour cette ferme et pour la région: à peine une tonne à l’acre. Mais il était malgré tout  exceptionnel. «Je n’aurais jamais eu ce rendement avec un semis conventionnel à cause de la sécheresse, croit-il. Surtout que c’était semé dans une parcelle sableuse.»

«L’an dernier, ajoute-t-il, la plupart des champs de blé de la région ont été échaudés par la sécheresse. En fait, ça fait quatre ans que le blé sèche debout.»

Les effets de la sécheresse, c’est justement ce que Julien Harton tente de contrer avec sa méthode de semis. En semant très tôt, il cherche en quelque sorte à prendre de vitesse le manque d’eau. Cela lui a d’ailleurs permis de battre son blé au même moment que son seigle d’automne!

Sur la photo ci-haut apparaît un champ de blé semé le 22 avril. Prise vendredi dernier, elle révèle à quel point le blé prend de l’avance. «Dans la région, le blé semé en conventionnel commence à peine à lever», indique le producteur.

Cette approche comporte un second mérite : celui de limiter les conséquences en cas d’échec. «Avec les sécheresses à répétition, explique-t-il, on doit maintenant s’attendre à manquer son coup avec certaines cultures. Je me donne toujours un plan B. En semant du blé non certifié avec un épandeur à engrais, mes coûts sont relativement bas et le risque financier aussi. Si jamais je manque mon coup et que le blé lève mal, ce ne sera pas catastrophique au plan financier et en plus, il sera encore temps de le remplacer par une fourragère.»

Il souligne un troisième avantage à cette approche : elle lui permet de compléter ses arrosages avant d’amorcer la première coupe. Parlant d’arrosage, le blé semé à la volée n’en requiert simplement pas. «On sauve 50 $ l’acre», note-t-il.

Cette année, Julien Harton en a semé ainsi 40 acres au taux de 220 livres à l’acre. Fait particulier : il n’a pas pu faire ce semis sur un sol gelé. «La neige a fondu rapidement et on n’a jamais eu les conditions voulues, dit-il. Ça prend une température de -6 ou -7 degrés  Celsius à 4 heures du matin pour ne pas jouer dans la bouette.»

Le producteur compte poursuivre ses essais au cours des prochaines années. «Pour l’instant, c’est expérimental, insiste-t-il. Je me donne cinq ans avant de partir en fou.»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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