Après la collecte de données, l’analyse

Des outils pour analyser les données de la ferme pour la rendre encore plus performantes.

Système de traite, données de Lactanet, moniteurs d’activités, données économiques… Le nombre de données à la ferme est énorme. Entre la traite des vaches, la santé préventive, la récolte des fourrages et toutes les autres activités quotidiennes de la ferme, les producteurs laitiers n’ont pas souvent le temps de regarder chacun des rapports. C’est pourquoi les nouveaux outils développés pour les aider à analyser les données ont un grand potentiel sur les fermes et les fournisseurs de service le savent bien. Nous avons demandé à Purina, Shur-Gain et Sollio Agriculture de nous présenter ce qu’ils offrent comme outils pour les producteurs laitiers. 

Dairy Enteligen de Purina-Cargill
Amélie Mainville, directrice pour l’Amérique du Nord de la nutrition et des services techniques laitier chez Cargill, a fait partie de l’équipe du développement du Dairy Enteligen. Marc-Antoine Guesthier est responsable de l’innovation laitière, donc de l’outil. C’est au Canada où l’entreprise Cargill porte aussi le nom de Purina que l’outil a été lancé en premier. 

« Il y a vraiment deux niveaux au Dairy Enteligen», explique Amélie Mainville. L’application mobile s’installe sur le téléphone intelligent ou la tablette du conseiller dans le but de guider le client lors de ses visites à la ferme. Les données qu’on y trouve sont celles des équipements à la ferme, comme le système de traite et le système d’alimentation, mais aussi celles de Lactanet et aussi d’autres données, comme les résultats du test de taille des particules de l’ensilage de maïs, l’état de chair ou la locomotion. 

Le deuxième niveau, c’est le Dairy Enteligen Premium, un logiciel qui s’installe sur l’ordinateur de la ferme. Sans que le producteur n’ait à s’en occuper, le logiciel collecte des données de la ferme. Purina-Cargill s’en sert ensuite pour générer des rapports qui sont envoyés au producteur aux deux semaines ou aux mois. «Les conseillers vont suivre ces rapports-là aux semaines, ce qui leur permet de réagir plus rapidement », explique Marc-Antoine Guesthier. Dès qu’ils détectent un élément qui nécessiterait une intervention de la part du producteur, ils le contactent et discutent avec lui. « Nos clients aiment beaucoup l’historique à la ferme », ajoute Amélie Mainville. Ainsi, le producteur peut comparer ses résultats actuels avec ceux de l’an dernier et ceux d’il y a deux ans. 

Actuellement, Dairy Enteligen et le Dairy Enteligen Premium sont offerts gratuitement aux clients de Purina. Ils sont aussi offerts pour un essai gratuit de trois mois pour les producteurs qui ne sont pas clients. « On leur montre la plus value, dit Amélie Mainville. C’est rare que l’outil est désinstallé. » 

Les rapports peuvent être partagés entre le concessionnaire, le producteur et les autres intervenants de la ferme. Les données encryptées sont stockées dans un serveur sécurisé. Marc-Antoine Guesthier explique que les données restent la propriété du producteur. Dès qu’il cesse d’être client chez Purina ou qu’il décide de désinstaller le logiciel, les données sont tout simplement supprimées du système. « Chez Cargill, on croit que les données appartiennent au producteur », explique Marc- Antoine Guesthier. 

Aleop chez Shur-Gain 

Développé au Québec par le Centre d’expertise en gestion agricole (CEGA), Aleop est un assistant administratif sur le Web, comme nous l’expliquait Patrice Carle du CEGA lors de la production de l’article Quand la comptabilité devient un jeu d’enfant paru dans votre magazine de novembre dernier. C’est d’abord un outil comptable sauf lorsque le producteur est client chez Shur-Gain, il a accès à des indicateurs qui sont développés spécifiquement pour les clients, selon les explications de Richard Lizotte, directeur du groupe ruminant de l’Est du Canada chez Shur-Gain. 

Mais puisqu’Aleop n’appartient pas à Shur-Gain, c’est avec Aleop que le producteur prend entente. Il achète le scanner qui permet de lire les données sur les factures du client et qui les classe dans les bons fichiers informatiques. Il s’abonne aussi au service et installe le logiciel Siga Finance. Les factures de l’entreprise agricole sont entrées au fur et à mesure et des rapports sont générés en temps réel. « Ce sont les données du producteur. C’est en temps réel, robuste et incontestable. Il ne peut pas nous dire comme fournisseur : “T’as arrangé les chiffres !” », dit Richard Lizotte. 

Lorsqu’il est client Shur-Gain, l’utilisateur d’Aleop a accès à des indicateurs exclusifs.

Les données appartiennent toujours au producteur et sont entreposées dans les serveurs de Aleop qui sont au Québec. C’est le producteur qui décide si Shur-Gain a accès ou non aux données. En fait, en s’abonnant à Aleop, le producteur laitier informe Aleop qu’il est client Shur-Gain. Il a alors accès aux indicateurs Shur-Gain. Il a donc trois choix : garder les données pour lui, partager les indicateurs avec son conseiller Shur-Gain ou permettre à Shur-Gain d’avoir accès à certaines données brutes de production. Lorsqu’il autorise son conseiller à recevoir les indicateurs Shur-Gain, le conseiller peut alors les utiliser pour aider le producteur à prendre des décisions à la ferme. Si le producteur autorise Aleop à transmettre certaines don- nées brutes à Shur-Gain, ces données sont mises en commun avec les autres entreprises laitières pour générer des comparatifs de groupe. Cela permet au producteur de se comparer aux autres producteurs laitiers qui ont aussi permis le partage des données. Comparativement aux analyses de groupes habituelles qui sont souvent disponibles une fois par année, le producteur peut se comparer en temps réel. Richard Lizotte explique qu’il y a huit indicateurs. Les plus utilisés sont la production de gras par vache par jour, la marge alimentaire après coût d’alimentation, cette même marge, mais standardisée, et finalement, l’efficacité alimentaire, soit le lait produit avec l’alimentation de la ferme.

Ag Connection de Sollio Agriculture
Ag Connection est la grande plateforme de Sollio Agriculture. Elle offre plusieurs volets, pas seulement la production laitière. Les productions végétales sont le grand secteur de cette plateforme. C’est aussi une plateforme transactionnelle où l’on retrouve notamment les factures des coopératives, mais aussi d’autres informations, comme les résultats d’analyse de fourrages ou de sol.«Le premier module, c’est le portail », explique Chafki Saad, vice-président numérique, technologies de l’information et projets. « C’est comme Accès D de Desjardins, dit-il. Les gens se connectent avec leur nom d’utilisateur et leur mot de passe. » Le producteur peut alors consulter les derniers rapports ou utiliser l’ou- til de recherche pour retrouver, par exemple, toutes les factures concernant l’achat d’un produit spécifique. «Le producteur peut voir tout ce qu’il veut », dit Chafki Saad. Sa coopérative a accès au portail du client et peut voir, par exemple, si le membre a besoin de moulée. Elle lui envoie alors un texto qui lui demande s’il veut qu’on lui livre de la moulée. Le producteur n’a qu’à cliquer «oui» et la moulée sera livrée. La plateforme minimise beaucoup les contacts. « Dans la foulée des dernières semaines (mesures liées à la COVID-19), nous avons ajouté le bon de livraison en ligne sur son portail », explique Chafki Saad.

Le lactascan est le module dédié spécifiquement à la production laitière dans Ag Connection. On y retrouve des indicateurs de production.

Le deuxième module, c’est la ferme intelligente. C’est un outil pour les grandes cultures qui permet notamment d’avoir toutes les images satellites de la ferme. Puisqu’elles ont aussi des champs, les entreprises laitières utilisent aussi ce volet cultures. Les résultats d’analyse de sol sont envoyés par le laboratoire directement dans le portail du client grâce àdes ententes que Sollio Agriculture a conclues avec les principaux laboratoires de la province. Le troisième module, c’est le Lactascan. Il s’agit d’un outil d’analyse des données. Chaque mois, la
coopérative envoie un rapport d’analyse des données de l’entreprise dans le portail du producteur membre. Ce rapport est analysé par le conseiller du producteur. Avant même d’aller chez le producteur, le conseiller a des indicateurs de performances de l’entreprise,
comme la marge brute.Les décisions peuvent donc être prises en fonction de données précises et non pas uniquement sur des intuitions.

Des données de plus en plus convoitées
De plus en plus de joueurs de l’industrie agricole s’intéressent aux données de la ferme. « La collecte de données, ça devient le nerf de la guerre pour développer des outils technologiques », explique l’analyste  en valorisation des données chez Lactanet, René Lacroix. Les fermes laitières sont munies de systèmes de traite, de capteurs de température ou d’humidité, de caméras, de détecteurs d’activités et bien d’autres. Tous ces équipements ont un but : collecter le plus de données possibles. Et qui dit données, dit algorithmes de plus en plus sophistiqués. Pour mieux comprendre la situation, Lactanet et Les Producteurs de lait du Québec ont mandaté le groupe CIRANO de faire une étude sur les données disponibles à la ferme et les échanges entre organisations. Le rapport est attendu d’ici quelques semaines. Lactanet s’intéresse aussi à l’intelligence artificielle, des algorithmes qui apprennent de leurs erreurs. Un projet est même prévu. Une demande de subvention a été déposée, mais impossible d’en savoir plus tant que les subventions n’ont pas été confirmées. 

« Mais c’est clair qu’on doit s’en aller vers ça », dit René Lacroix qui a étudié en intelligence artificielle il y a 20 ans. « J’ai pu voir l’intérêt, puis la dégringolade de l’intérêt pour l’intelligence artificielle », dit-il. Mais le regain de popularité semble définitif.

 

Ce texte est un article publier dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs, juin 2020.

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à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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