Des bonnes nouvelles et des défis pour le secteur du porc

En entrevue, le président des Éleveurs de porcs discute de bilan environnemental et de bien d’autres dossiers

Le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval.

Les Éleveurs de porcs du Québec se réjouissent de leurs performances environnementales. En fait, les bilans de consommation d’eau et de réduction des gaz à effets de serre du secteur porcin québécois se classe au sommet des cinq principaux pays exportateurs de porc. Les données ont été collectés par AGECO et compilées par la World Food LCA Database 3.5 (WFLDB, 2020).

La production porcine québécoise consomme 45% moins d’eau que la moyenne des cinq principaux exportateurs de porcs à travers le monde. Cela est dû au fait que les grains consommés dans les élevages porcins québécois proviennent principalement de la province, une région qui nécessite peu d’irrigation.

Au niveau des gaz à effets de serre (GES), le bilan québécois est de 25% meilleur que le bilan moyen des cinq principaux pays exportateurs de porcs. L’utilisation de l’hydroélectricité en est en grande partie responsable. Mais d’autres facteurs entre en jeu, soit les conditions climatiques, les mesures de biosécurité, l’optimisation de la ventilation et la rénovation des bâtiments qui améliore l’isolation.

Nous avons demandé au président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, de nous parler de ces performances, mais aussi d’autres sujets de l’heure, dont le vieillissement des bâtiments d’élevage, la grève chez Olymel à Valley-Jonction, la rentabilité des fermes et les défis de la main d’œuvre.

Eau et GES

David Duval parle de grande fierté lorsqu’il aborde le récent bilan eau et GES. « C’est une grande fierté pour les producteurs, mais c’est une grande fierté pour les citoyens qui comprennent bien notre secteur, pour les politiciens », dit-il. Il est en effet intéressant pour les politiciens de pouvoir dire que le Québec développe une agriculture durable qui vise la réduction du gaspillage d’eau ou à diminuer les gaz à effets de serre. « Donc, c’est une grande fierté, je crois, pour tous les Québécois », dit David Duval.

Pour bien faire comprendre les avantages de ces performances, les Éleveurs de porcs du Québec ont élaboré un plan de communication qui vise notamment à expliquer les méthodes d’élevage dans les municipalités où des porcheries seront construites. « Un grand défi, c’est toujours la vulgarisation de ces chiffres-là », explique David Duval. Bien sûr, la COVID a mis un frein à ces rencontres citoyennes, mais les Éleveurs de porcs souhaitent bien reprendre la route afin d’expliquer comment les nouvelles technologies utilisées sur les nouvelles fermes et les bâtiments rénovés permettront d’améliorer encore plus les bilans eau et gaz à effet de serre du secteur porcin.

Vieillissement des bâtiments

Mandaté par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, le Groupe AGÉCO a déposé un rapport daté de juillet 2020 démontant que les installations porcines québécoises vieillissent constamment. Entre 2007 et 2017, l’âge moyen des bâtiments porcins est passé de 13,4 à 18,6 ans.

Selon David Duval, il y a un lien entre ce rapport et les bilans eau et GES. « On a encore du travail à faire parce qu’une particularité du bilan gaz à effets de serre fait aussi partie du fait qu’il faut avoir des bâtiments avec une efficacité énergétique exemplaire, dit-il. Ça, ça prend des bâtiments qui sont rénovés. Ça prend aussi des bâtiments avec des systèmes d’abreuvement adéquats. Il y a encore de l’investissement à faire. »

David Duval explique ce peu d’investissement par de l’incertitude financière chez les producteurs de porcs dans les 10 dernières années. Il entrevoit toutefois des jours meilleurs qui inciteront les producteurs à investir dans leurs bâtiments.

« Je dirais que les années qui s’en viennent devraient être beaucoup meilleures parce qu’il y a une meilleure répartition au niveau de la richesse, il y a un gouvernement qui s’implique avec des programmes qui nous aident à améliorer nos bâtiments. Il y a une meilleure synergie au sein de la filière. » Et cela doit être fait de concert avec les citoyens. En date d’aujourd’hui, il y a environ 50% des maternités qui sont à jour au niveau bien-être animal. Du côté des engraissements, il y a aussi un besoin de rénovations.

La convention collective en vigueur favorise les investissements. Elle vient à échéance en février 2022. La reconduction des mêmes paramètres de la convention collective favoriserait un plus grand investissement dans les bâtiments d’élevages, selon David Duval.

Prix du porc

Le prix record du porc actuellement est un élément qui permettra aux producteurs de porcs d’investir. La semaine dernière, le prix moyen du porc a atteint 272,47$/100 kg. « Il s’agit d’un nouveau record, toutes semaines confondues », peut-on lire dans l’Écho-Porc du 21 juin 2021, l’hebdomadaire du Centre de développement du porc du Québec.

David Duval explique que malgré le prix des grains et la perspective d’une baisse du prix du porc, la production porcine vit une période rentable. Il faut toutefois regarder le tout sur une année complète avant de conclure.

Grève chez Olymel

Les 1050 employés de l’abattoir d’Olymel de Valley-Jonction sont en grève depuis le 28 avril dernier. Malgré cette mauvaise nouvelle, David Duval voit quand même des bons côtés. En effet, des abattoirs de l’extérieur du Québec ont accepté des porcs du Québec. Cela a permis de limiter l’augmentation du nombre de porcs en attente qui se situe autour de 100 000 porcs.

En comparaison avec la même période en 2020, alors que les abattoirs subissaient les contrecoups du ralentissement occasionné par la COVID, le poids des porcs était de 5 à 6 kg inférieur et le nombre de porcs en attente était de 80 000 de moins.

« Le nombre de porcs en attente, il va falloir que ça diminue parce que ça amène une contrainte de bien-être au niveau des cochons et ça, on ne veut absolument pas que les cochons aient à souffrir d’entassements. Donc, il faut absolument trouver un moyen de régler cette grève-là le plus rapidement possible », dit David Duval.

Depuis deux semaines, les producteurs de porcs trouvent la situation plus difficile. Nous ne sommes qu’en début d’été et ils stressent en se demandant quelle sera la météo de l’été. « Les périodes de canicules, c’est désastreux pour les animaux parce que dans les bâtiments, il n’y a pas d’air climatisé », dit-il. Les cochons sont sensibles à la chaleur. « Ça fait plus d’un an qu’on vit là-dedans et ça commence à peser sur les épaules des producteurs », dit-il.

Main d’œuvre

David Duval se préoccupe aussi de la problématique de main d’œuvre dans les abattoirs. Selon lui, il faudra régler ce problème qui va au-delà de la question salariale. C’est aussi un enjeu de gaspillage alimentaire parce que s’il manque d’employés, il y aura des parties de l’animal qui seront sous-valorisées. « Le gaspillage alimentaire passe par le manque de main d’œuvre, parce que si je ne suis pas capable de transformer tous les produits que je suis supposé faire avec une carcasse de porc, je fais du gaspillage alimentaire parce que je l’envoie directement à l’écarissage », dit-il.

Le secteur porcin vit donc plusieurs défis actuellement. Ils seront réglés un à la fois. « Mais c’est des défis qui ne sont pas insurmontables. C’est des défis qui sont réglables. Mais des fois, il y en a des plus tough que d’autres », dit-il.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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